‹ Le stylet cristallin des lamellibranchesChapitre 5 sur 26 · A0 ES · texte numérisé non relu

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de la flèche tricuspide auraient pour fonction de modérer l’afflux de la bile, ainsi que le disait Por.

L'étude des Naïades fournit à vox SieBoLp des résultats intéressants, car, en dehors de cette masse irrégulière signalée par Boyanus dans l'estomac de l’Anodonte et assimilée par lui au stylet cristallin (1), le savant anatomiste semble avoir observé une véritable tige cristalline cylindrique : « Chez les Naïades, où le cæœcum manque, et où ce singulier organe s'étend de l'estomac dans l'intestin, j'y ai toujours distingué deux substances, l’une corticale, l’autre médullaire. « La première, formée d’une sorte de tubes, est homogène, transparente et composée de couches concentriques de la consistance du blanc d'œuf cuit. La substance médullaire est également transparente et homogène, mais de nature plutôt gélatineuse, et elle contient une quantité plus ou moins grande de petits granules /Unio) ou de bâtonnets {/Anodonta) qui sont insolubles dans les acides et donnent à la tige cristalline, dans les points où ils sont rassemblés en grand nombre, une couleur blanchâtre quand on examine cette tige à la lumière réfléchie » (2).

Avec DESHAYES (3), on voit encore s’augmenter la liste des formes dont le tube digestif recèle un style cristallin : Pholas, Mactra stultorum, Lutraria elliptica, Solecurtus, Corbula inæquivalvis, Mesodesma, Trigonella (Scrobicularia) piperata, Tellina nitida, Psammobia, Donar, Teredo (4) etc. L'auteur donne d'excellentes figures de la flèche tricuspide de Trigonella piperata (5) et de Tellina nitida (6); il attribue à ces pièces une importante fonction dans la mastication des aliments.

Dans son mémoire sur le genre Taret, M. DE QUATREFAGES déclare

(1) Nous verrons plus loin qu'il faut voir dans ce corps l'homologue de la flèche tricuspide.

(2) C. Tu. von SieBoLp : Lehrbuch der vergleichenden Anatomie der wirbellosen Thiere, Berlin 1848 (Trad. française, L. II, 2e partie, p. 265, Paris 1850).

(3) Desnayes : Exploration scientifique de l'Algérie, Mollusques t. 1, Paris 1848.

(4) DesnaYes décrit le cœcum, qui est très grand, comme uïn second estomac, dans lequel il n’a pas rencontré de stylet, mais qui parait quelquefois oceupé par les malières alimentaires (?) : il s'agit sans doute de la tige entrée en diffluence.

(5) Desxayes : Loc. cit., pl. LV, fig. 4 et pl. LIX, fig. 4.

Dans la figure 5 de cette dernière planche, l’auteur figure un fragment fortement grossi de cette flèche tricuspide, dans lequel on peut constater la présence d’un grand nombre de granulations rappelant celles que von SiEBoLp a signalées chez les Naïades.

(6) Desuayes : Loc. cit., pl. LXXIIL, fig. 3.

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avoir rencontré, chez les deux espèces qu’il a étudiées, un stylet énorme proportionnellement aux viscères, entouré d’une gaine fibreuse

assez résistante, et formé en entier d’une substance tellement homo-

gène et transparente que les plus fortes lentilles de son microscope ne lui ont rien montré quant à sa structure : « L’effet, dit-il, était exactement le même que si j’eusse soumis à mon instrument un morceau du plus pur cristal (1). »

Pour Baunox, le cristallin des Naïades, de forme obtusément quadrilatère, demi-membraneux, mou et translucide, adhère par un point d’atiache extrêmement ténu à l’épithélium stomacal. On ne Île trouve pas à toutes les époques, et c’est principalement au printemps que l’auteur la rencontré dans l’estomac des Anodontes de tout âge (2).

Signalons également les passages relatifs au stylet cristallin dans les travaux de M. pe Lacaze-DurTuiers sur l’Anomie (3), de Moquin- Tanpon sur les Naïades (4), de E. BLancaarp sur les Pholades (5), et la compilation de J.-V. Carus (6) qui ne fait que rééditer des figures empruntées à GARNER

H. Mrexe-Epwarps le premier, je crois, émit l’idée que le stylet présente quelque analogie avec une production épithéliale : Qil paraît être le résultat d’une sécrétion épithélique, car il se compose de couches concentriques (7). » Quant à son usage, le savant zoologiste pense qu'il est destiné à remuer les matières alimentaires pendant qu’elles sont soumises à l’action des sucs gastriques.

Au sujet de l’origine du stylet cristallin, von HesszinG est du

(1) DE Quarreraces : Mémoire sur le genre Taret (Annales des sciences nat., 3e sér., t. IX, p. 40 et suiv., 1849).

@) Drouer : Etudes sur les Anodontes de l'Aube (Revue et magasin de zoologie, année 1853, no 6, p. 6 à 8, pl. IL, fig. 2). La partie anatomique de ce travail est due à BAUDON.

(3) De Lacaze-Durniers : Sur l'organisation de l'Anomie (Ann. des science. nat., ke sér., t. II, p. 13-14, pl. I, fig. 3, 1854.

(4) Moquix-Tanpox : Histoire naturelle des Mollusques terrestres el fluviatiles de France, t. 1, p. 48-49, pl. XLIIL, fig. 11, Paris, 1855.

(5) Em. BzancuarD : Organisation du règne animal, Mollusques acéphales, pl. IT, fig. 4 et G.

(6) J.-V. Carus : Icones zootomicae, pl. XIX, fig. 2, 3, 4 et 16, Leipzig, 1857.

(7) H. Mizne-Enwarps : Lecons Sur la Physiologie et l'Anatomie comparée de l'homme el des animaux, t. V, p. 362, Paris, 1859.

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même avis que Mrixe-Epwanps (1): il estime que c’est une production cuticulaire qui, chez l'Unio margarilifera, présente tous les caractères que VON SIEBOLD à assignés d’une façon générale au stylet cristallin des Naïades.

Chez les diverses Tridacnes qu'il a étudiées, L. VAILLANT à rencontré un énorme stylet, long de 6 à 8 centimètres, logé dans un cœæcum spécial (2). Cet organe manquait au contraire, ou tout au moins semblait manquer, chez deux autres Lamellibranches de la famille des Malleacés {Vulsella linquatula et Crenatula phasianoptera) dont le même auteur à donné une anatomie soignée (3).

Le lecteur se rappelle que von Heine et Por avaient tout d’abord été enclins à considérer le stylet comme jouant quelque rôle dans l’acte de la génération ; à près de deux cents ans de distance, cette théorie abandonnée par ses auteurs eux-mêmes comme absurde, au sens scientifique du mot, trouva cependant encore un partisan dans la personne de CarzLraup. Le directeur du musée de Nantes admettait que les Pholades étaient hermaphrodites (le contraire à été démontré depuis), et que la tige cristalline était en relation avec le phénomène de la fécondation (4). Cette opinion n’était guère soutenable, d'autant plus que le stylet se rencontre chez nombre de Lamellibranches à sexes séparés, autres que les Pholades, et que la liste des espèces chez lesquelles existe ce singulier organe, allait toujours s’'augmentant Quelques années plus tard en effet, SELENKA Ssignalail sa présence dans le court cœcum de la Trigonia margaritacea (5).

Les ressources de l’anatomie pure étaient impuissantes à donner la solution du problème, et les esprits étaient toujours aussi flottants au sujet de l’origine et de l'usage du stylet cristallin, lorsque SABATIER

(4) Vox HessuinG : Die Perlmuschelin und ihre Perlen,p. 267 et 270-271, Leipzig, 1859.

L'auteur admet que le stylet est plus commun «uw printemps que dans les autres saisons : il ne dit malheureusement pas si cette opinion résulte d'observations personnelles,

(2) L. Varccanr : Recherches sur la famille des Tridacnidés (Ann. des science. nat., de série, t. IV, p. 76-77, 1865.

(3) Vaizzanr : Mémoires sur l'anatomie de deux Mollusques de la famille des Malleacés : la Vulsella linguatula Lux. et la Crenatula phasianoptera Lux. (Ann. des scienc. nat., 5e sér., t. IX, 1868).

(4) Cité, sans autre indication bibliographique, par Gwyx Jerrreys : British Conchology, t. I, p. 95, 1865.

(5) SELENKA : Zur Analomie von Trigoniu margaritacea (Malacologische Blätter, Bd. XV, p. 66-72, pl. IT, fig. 2, 1868).

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