LA P0L1TIQUI-: D1-: PAUL BOURGET
pèce, n'en fut jamais un. Enfin !.) De celte enquête Paul Bourget a donc jugé utile de tirer finalement une conclusion, « à savoir que, pour les individus, comme pour la société le christianisme est à l'heure présente la condition unique et nécessaire de santé ou de guérison. » — Soit !
Seulement, qu'est-il arrivé ? Devenu propagandiste, Paul Bourget, malgré sa haute intelligence et sa sûre méthode, a dû subir la loi de toute propagande ; il a mis la charrue avant les bœufs, ou pour parler sa langue, Téthique avant la psychologie. S'étant imposé de soutenir une politique, il a ployé la vie à ses principes. Or, il n'est point de psychologie qui résiste au choc des partis, et c'est ainsi qu'on a vu dans l'Étape ce courtois académicien accumuler naïvement, — c'est bien naïvement qu'il faut dire, — tous les vices chez ses adversaires, toutes les vertus chez ses amis.
lien éprouva bien vite quelque confusion et il a juré, mais à temps, qu'on ne l'y reprendrait plus. Dès lors, il ne semble avoir eu d'autre préoccupation que de faire belle la part à ses ennemis, et, dans im Divorce, nous le voyons traiter son libre penseur avec une complaisance non moins ingénue et périlleuse que sa première injustice. Il s'est jeté d'un excès dans l'autre et cette fois, c'est par trop de bonne grâce qu'il a péché.
Ah ! ce combiste de Darras, est-il assez généreux, assez tendre, assez paternel ! De quelle douce autorité il entoure sa femme, de quel dévouement son beaulils î 11 a, comme M. Brisson, la religion de la conscience. 11 est tolérant jusqu'au scrupule, jusqu'à la faiblesse, jusqu'à l'incohérence : libre penseur résoly, il laisse élever sa fille, sa vraie fille dans la religion qu'il réprouve. Pourquoi? C'est une inconséquence, ditesvous. — Non pas, c'est une perfection. Il convient que les libres penseurs de Paul Bourget aient aujourd'hui toutes les grandeurs d'âmes, et c'est ici, pour de bon, que la probité immodérée de l'auteur nuit à sa logique. 11 i^eml)le qu'il ait perdu de vue sa thèse, par considéra-
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don pour ses adversaires, comme précédemment il les avait méconnus, par excès de faveur pour ses propres idées. Et c'est pourquoi, en vérité, il nous sera si pénible <3e voir que sa femme veut soudain bouleverser la vie d'un radical aussi excellent que celui-ci. Quoi donc? Ils sont mariés depuis douze ans. Ils ont vécu en communauté de croyances et d'opinions. Ils ont été heureux. Ils ont eu l'amour et l'estime d'eux-mêmes, et il faudrait que tout cela, soudain, fût anéanti, compté pour rien, avili ! « Nous ne sommes pas mariés î s'écrie l'épouse inopinément reconvertie. — Qu'est-ce qui te prend? répond justement l'époux, qui n'a pas changé. Et je ne puis résister au plaisir de citer ces belles paroles d'une impartialité si touchante :
— N'insiste pas davantage, répondit-il d'une voix plus impatiente encore, c'est inutile. Si je t'avais épousée jeune 1111e, j'aurais accepté cette condition du mariage à l'église que tes parents auraient exigée. Je ne l'aurais pas fait sans une grande lutte intérieure. A cette époque, je ne croyais pas plus que je ne crois à présent, et ces concessions de conscience sont toujours funestes. C'est par elles que sont nées ces hypocrisies de mœurs qui prolongent indéfiniment les pires mensonges sociaux. Mais à ce moment-là ce mariage n'eût signifié qu'un préjugé de^ ta famille et que ma complaisance. Il n'aurait pas constitué un outrage à tout un passé d'honneur et de loyauté. Voilà ce qu'il serait aujourd'hui, la condamnation publique et solennelle de notre vie commune, le désaveu de notre ménage actuel. Je ne tne ferai pas, même pour te plaire, le renégat de cette vie dont je garde, moi, la fierté, si tu m'empêches d'en garder la joie. Es-tu ma maîtresse ? Suis-je ton amant, pour que nous ayons à nous marier, après avoir vécu ensemble? Tu es ma femme. Non, je ne suis pas ton amant. Je suis ton mari. Jamais, jamais, je ne nous infligerai, à toi et à moi, cette flétrissure. Jamais je n'insulterai à notre foyer.
Voilà donc un homme que nous ne comprenons pas toujours, mais que nous admirons sans cesse. Il est le personnage sympatJiiqiie du roman, et ainsi se trouve expliquée notre gêne, — celle de l'auteur au fond, celle du sujet, celle de la thèse, celle, peut-être, de toute littérature tendancieuse et plaidoyante. Nous