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LA POLITIQUE DE PAUL BOURGET

M'"*^ Gabrielle Darras, ex-M"'" de Ghambault, est divorcée, remariée, et, comme de juste, remariée à la mairie seulement ; ayant perdu momentanément sa foi chrétienne, elle a pu se contenter d'abord de la cérémonie laïque ; mais voici que, retrouvant celte foi de son enfance avec la première communion de sa petite fille, elle aspire derechef au sacrement. Son second mari, l'ingénieur Darras, est anticlérical, mais respectueux des lois de l'Etat, et il tient aussi énergiquement pour le mariage civil que sa femme, quand Tidée lui en est revenue, pour le mariage religieux. Enfin, Lucien de Ghambault , fils du premier mari, élevé par le second, est anticlérical comme son beau-père, mais plus jeune, et par suite impatient de toute contrainte, même laïque. S'étant épris d'une étudiante en médecine, autrefois mise à mal par un socialiste, il tient pour l'amour libre. Ainsi, un personnage central formant moyen-terme entre deux extrêmes, ayant à sa droite un groupe pieux, et à sa gauche un groupe émancipé, — voilà pour l'ordonnance des personnages et des caractères ; puis un conflit individuel entre les époux à propos du prêtre, un conflit entre les deux époux réunis contre les deux amants ensemble à propos du maire, — voilà pour l'intrigue et le mouvement de l'action; enfin planant sur tout cela, symbolisée dans la personne d'un moine proscrit, le père Euvrard, cette idée fondamentale que la cause unique des événements matériels et des désordres moiaux dans cette famille a été le remariage de M"*^ Darras, et que tous, à commencer par elle, subissent simplement les conséquences nécessaires et indéfinies de la faute qui lui a fait violer la loi de l'Eglise, — voilà pour la composition.

Il n'y a donc pas à louer ici une construction que tout le monde admire. Gar la maîtrise artistique de Paul Bourget touche, aujourd'hui, au merveilleux, et c'est à craindre qu'il ne s'arrête jamais de faire des progrès ! Un Divorce est un ouvrage d'architecture qui

étonne même après rÉtapc. Les figures des personnages s'y groupent comme des statues et les péripéties s'y superposent comme des étages. C'est une manière qui se perd.

Je discerne un intérêt plus général et plus haut, dépassant l'œuvre elle-même, à rechercher pourquoi aussi tous ceux qui ont lu ce plaidoyer social de Paul Bourget n'ont pu se défendre, après leur premier éblouissement, d'une gêne secrète. Certes, le droit à la thèse est impresciiptible pour l'écrivain. Il est juge de ce qu'il veut démontrer; nous ne sommes juges que de sa démonstration. Qu'il aille oii il veut par les chemins de la vie î Je ne prétends l'obliger qu'à l'humaine vérité de l'observation ; et si je me risque à insister sur une œuvre comme celle-ci, c'est parce que dans toute la littérature, je n'en trouve pas de plus consciente ni de plus concertée, ni qui réponde mieux à mon dessein, puisque chez Paul Bourget, par l'elTet d'un parti pris, la connaissance de la vie intérieure, autrefois si précise et si sûre, semble devenir, d'œuvre en œuvre, plus hasardeuse et plus tâtonnante.

En septembre 1899, écrivant une nouvelle préface pour son œuvre maîtresse, les Essais de Psychologie, Paul Bourget constatait lui-môme « la position d'analyste sans doctrine où il s'était placé volontairement au cours de ces études ». Et il ajoutait avec une juste emphase : « La psychologie est à l'éthique ce que l'anatomie est à la thérapeutique. » Mais il en était bientôt venu à ne voir dans cette heureuse altitude, qui fit sa réputation, qu'un analogue du doute méthodique de Descartes (en quoi, d'ailleurs, il s'est plaisamment trompé, car il n'y a aucune ressemblance entre une science qui constate des faits et qui, comme telle, connaît ces faits avec certitude, et une forme quelconque du doute, surtout s'il s'agit de celui de Descartes, qui, dans l'es-

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