‹ Le succèsChapitre 17 sur 48 · Franc-Nohain · texte numérisé non relu

Franc-Nohain

(le toutes pièces la réalisation technique. Je l'indique seulement comme confirmation du succès littéraire de l'humour.

Ainsi, romancier, vaudevilliste, poète, dessinateur, rhumoriste est bien l'artiste le plus « modern-style » que nous possédions aujourd'hui. De notre vie multiple, rapide et bigarrée, rien ne lui échappe. Et comme il ne met pas de prétention à la peindre, comme il ne fait point de façons et comme il a enfin le sourire le plus obligeant, le geste le plus facile, comme il est une manière de journaliste qui aurait de Tesprit et un semblant de philosophie, celle qu'on aime après le dîner, il n'est rien de plus nécessaire que son succès qui pourrait durer, parce qu'il est un signe des temps intellectuels.

La littérature française n'a jamais été une littérature populaire. Successivement enrichie et développée par la culture antique, au xvi^ siècle, par l'idéal cartésien et monarchique au x\if, par la pratique des sciences et d'une philosophie encyclopédique au xvni% par le sentimentalisme des femmes à peu près dans toutes les époques, elle n'a guère traduit autre chose que les aspirations, les tendances de la classe dirigeante, qui seule fut toujours de loisir, ornée, et se complaisait dans sa propre image. Louis XIV écoulant Bossuet, Camille Desmoulins annotant Rousseau, Emile Combes préfacé par Anatole France, tel est chez nous Tunique et perpétuel symbole, où se résument les rapports historiques de public et d'auteur.

Or la forme littéraire où se délecta particulièrement la bourgeoisie, la dernière venue à la suprématie, fut, en outre du théâtre qu'elle modifia seulement, le roman, qu'elle créa à peu près de toutes pièces. (Le premier succès dans le vrai genre fut celui de Rousseau, avec la Nouvelle Hêloïse.) La destinée de l'un semble exactement parallèle à celle de Tautre. Ils s'élèvent ou s'abaissent ensemble, et la décadence de l'un signifie bien la déchéance de l'autre. Est-ce le roman qui a démoralisé la bourgeoisie, sa cliente? Est-ce la bourgeoisie démoralisée qui a retenu du roman ce qui lui convenait et qui, en l'achetant, l'a déterminé ? Seule importe la connexité de ces deux faits, le déclin du roman, la ruine bourgeoise.

Est-il possible, selon notre méthode, et par l'observa-

tion de quelques cas littéraires saillants, de pénétrer plus avant dans la psychologie du lecteur français, de démêler les causes profondes de ce désordre intérieur, qui a fait, dans le roman, à toutes les expressions du nihilisme, une fortune si décourageante ?

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