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Vers Ispahan

80 LA BOURGEOISir: ANARCHISTE ET LE ROMAN NIHILISTE

consente au danger des clievauchées par les sentiers mauvais où les bêtes tombent, et à la promiscuité des caravansérails oii Ton dort entassés dans une niche de terre battue, parmi les mouches et la vermine.

... Qui veut me suivre, se résigne à beaucoup de jours passés dans les solitudes, dans la monotonie et les mirages.

Vers Ispahan, — œuvre entre toutes significative de cette dernière manière par sa nudité sensuelle, — c'est la Perse, rien que la Perse, traversée de part en part, sur une route de quatre cents lieues!

Tout là-bas, tout là-haut, éblouissante et morte, brûlée par le soleil et glacée par le vent « des altitudes extrêmes », aves ses steppes et ses oasis, elle se dresse sur le monde comme une muraille géante que l'on aperçoit à la fois de tous les points de la terre et de tous les siècles du temps. Elle a été « le berceau des humanités )), elle n'est plus qu'une solitude immense et rase dont les villes mêmes, ensevelies sous les fleurs, accusent la désolation :

Je me dis àmoi-même : « Je suis à Ghira », et il y aun charme à répéter cela ; — un charme et aussi une petite angoisse, car enfin cette ville, en même temps qu'elle reste un débris intact des vieux âges, elle est bien aussi au nombre des groupements humains les moins accessibles et les plus séparés ; on y éprouve encore cet eflroi du dépaysement suprême qui devait être familier aux voyageurs de jadis. Comment s'en aller d'ici, par où fuir si l'on était pris d'une soudaine nostalgie... Gomment s'en aller? A travers les contrées solitaires du Nord, pour rejoindre Téhéran et la mer Caspienne après vingt ou trente jours de caravane? Ou bien reprendre le chemin par où l'on est venu, redescendre échelon par échelon les effroyables escaliers de l'Iran, se replonger au fond de tous les gouffres où l'on ne peut cheminer que la nuit, dans la chaleur toujours croissante, jusqu'à l'étuve d'en bas qui est le golfe Persique, et puis retraverser les sables brûlants pour atteindre Bender Bouchir, la ville d'exil et de fièvre, d'où quelque paquebot vous ramènerait aux Indes ? Les deux routes sont pénibles et longues. Vraiment on se sent perdu dans cette Ghiraz, qui est perchée plus haut que les cimes de nos Pyrénées, — et qu'enveloppe à cette heure une nuit limpide, mais une nuit tellement silencieuse et froide...

De telles évocations sont impressionnantes, et il faut

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