‹ Le succèsChapitre 23 sur 48 · M"» DE NO AILLES ET LA SENSUALITÉ MYSTIQUE · texte numérisé non relu

M"» DE NO AILLES ET LA SENSUALITÉ MYSTIQUE

Ni envioe, ni admirée, ni déconsidérée, elle est une femme tout à fait comme les autres, exerçant le métier de faire des romans, comme les autres en pratiquent un autre, la grande couture ou le professorat. Elle est classée, elle appartient à une corporation et, dans cette corporation, jeunes filles, jeunes femmes, veuves et divorcées, de seize à soixante ans, combien de milliers sont-elles? — Voilà, au juste, la nouveauté : l'ouvrière des lettres, la « première » de chez Calmann-Lévy !

Si donc tant de femmes écrivent, c'est que d'écrire rapporte aujourd'hui aux femmes ! Je ne parle pas seulement des femmes qui écrivent comme et mieux que des hommes, telle que celte Marcelle Tinayre qui a tout de suite séduit par une exceptionnelle virilité. Cet écrivain a un talent très vigoureux, simplement. Sa Maison du Péché est un très beau livre, qui tranche sur la médiocrité générale, et rien de plus. Ce n'est pas un document.

S'il y a une question ici, c'est de savoir ce que le public contemporain pense des livres de femmes, que les femmes ont faits avec leur féminité. Gomment s'est-il laissé séduire ? Par la beauté, par la fougue d'un désir, par l'élan passionné d'une réclame merveilleuse, par politesse, par bonne manière, par galanterie nationale, par habitude ? Autant de petites causes qui n'ont sans doute pas manqué de produire un effet, mais qui ne suffisent pas à expliquer le succès de cette variété inattendue, la femme de lettres.

il/""' de Nouilles et la sensualité mystique.

Tout est écrit, depuis sept ans qu'il y a M"''' de Noailles et qu'elle imprime. Même ceux qui ne l'ont jamais vue se font d'elle une image précise. Ils l'ont admirée dans les revues illustrées où tant de jeunes filles depuis se sont ridiculisées. Grecque par sa mère, comme André Ghénier et par là demi-sŒ;ur de M. Jean 'Moréas, Roumaine par son père et par là demi-sœur de Carmen

dô4 LA BOURGEOISIE ANARCHISTE ET LE ROMAN NIHILISTE

Sylva, princesse d'un jeune pays, comtesse de la vieille France, silhouette étrange et mince, elle a tous les titres, tous les dons qui frappent l'imagination. Bien qu'élevée à Paris, en plein centre de la haute bourgeoisie, nous savons que, dans un âge très tendre, elle fit à Constantinople un voyage ébloui, qui lui révéla à elle-même tout cet Orient qui était dans son génie, et notre curiosité, ainsi stimulée, s'est efforcée de deviner dans ses livres le secret môme de son âme ardente, inquiète, enchantée, douloureuse et qui venait de làbas ; les journaux nous y ont aidé. Presque quotidiennement, ils nous ont informé de son genre de vie, de ses mœurs, de son travail, de ses succès, de son état de santé, de ses ambitions, de ses amitiés, des ministres qui dînaient chez elle. Les plus beaux noms ont signé en son honneur les plus vives louanges. Quand elle n'est pas un grand poète, elle est une dame du grand monde, et quand, d'aventure, son nom ne figure pas dans les feuilles, aux échos littéraires, c'est qu'il se trouve aux échos de Paris. Elle a enivré son entourage, et son entourage a été tumultueux dans son ivresse. Les peintres eux-mêmes se sont disputés ses attitudes, comme les jeunes poètes ses autographes, les reporters ses confidences. Une telle publicité aurait pu lui nuire, à la longue, dans l'estime publique. Il n'en est rien encore. Il semble qu'elle ait eu le talent de supporter sa hâtive renommée, et le bon public de France, aux instincts toujours nobiliaires, n'a éprouvé que de la surprise et de l'admiration à retrouver si souvent un si grand nom dans les vitrines des libraires, puisqu'aussi bien il est extraordinaire qu'une seule femme ait écrit en quelques années La Nouvelle Espérance, Le Visage émerveillé et La Domination^,

Dans La Nouvelle Espé?'ance, toute la vie palpitait. A chaque page, la composition, le style, se brisaient

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