LE THEATRE
naïvement formulée par le plus actualiste de nos auteurs dramatiques, M. Alfred Capus. El comme Tactualité devient de plus en plus hâtive et trépidante, les formules théâtrales sont de plus en plus précaires. Un genre qui avait tant réussi, la Revue, est mort de cela. Elle était l'actualité même, l'actualité de quinzaine; mais aujourd'hui l'actualité marche trop vite pour elle. 11 faudrait, comme un journal, qu'elle fut quotidienne. Sans quoi les événements sont ouhliés avant de parvenir à la rampe. L'auteur dramatique aura donc d'ahord- et principalement ce souci de Tactualité. Déjà Dumas l'avait, et c'est une des raisons, mal aperçues, pour lesquelles il a vieilli si vite. Cette obligation, notamment, a engendré la « pièce » d'aujourd'hui, genre demeuré indéfini à cause de sa mobilité, et surtout ce dialogue contemporain, dont le ton change tous les deux ans, et « l'esprit )>, qui dure un hiver.
II. Si les foules ne sont curieuses que de Factuel, elles ne sont pourtant émues que de l'humain. Elles ne sont accessibles qu'à des sentiments très simples, nullement intellectualisés, gardant le seul rythme du geste, de l'éloquence, ou du cri. Tous ces bourgeois assemblés, fracs et diamants, sont des cœurs ingénus et, dès qu'ils consentent, parce qu'ils sont réunis, à s'attendrir, versent des larmes d'enfants. Cette magnifique créature de la décadence, au décolletage insolent, et qui a dans sa loge son mari et ses amants, n'appréciera, de neuf à onze, que l'amour éternel. De là un effort constant du dramaturge sérieux pour retrouver dans ses personnages ces éléments éternels, pour saisir l'instinctif, le primitif, le sauvage. Cette tendance inverse de la première, d'autant plus impérieuse que l'autre devient plus urgente, a pour effet de rajeunir et de faire rentrer en faveur, à côté de la pièce amorphe, la forme ancienne de la tragédie, accommodée plus ou moins au goût contemporain.
Si ces considérations sont exactes, nous devons trouver des représentants de ces deux genres bien distincts, la pièce dCactualité, la tragédie bourgeoise.