I. — L'optimisme d'Alfred Gapus
J'ai déjà fait allusion au cynisme ingénu avec lequel Alfred Capus a formulé lui-même la théorie de l'actualité théâtrale. Il proclame volontiers dans les journaux, et il montre dans ses dernières pièces, qu'il n'y a d'autre habileté dramatique que de savoir accommoder en plat du jour quelque vieille anecdote du répertoire. Pour qui veut réussir comme l'a voulu Alfred Gapus, la première démarche est donc de faire à fond la psychologie du spectateur. La voici au bref et pour l'avenir :
Il (le spectateur) se contente de juger les faits et les personnages à mesure qu'ils défilent devant lui. 11 est un peu dans le ca^ du voyageur qui, à travers la vitre du wagon, regarde les plaines succéder aux collines et les fleuves aux forêts. Il ne leur prête attention qu'à mesure que ces différents paysages tombent dans le cadre de la portière et il ne cherche jamais à deviner ce qu'il verra tout à l'heure. Il ne sait qu'une chose, c'est qu'au bout de cela, il y a une gare oii il descendra, de même que le spectateur sait qu'au bout de toutes les péripéties de la pièce, il y a un dénouement qui lui permettra d'aller se coucher. Et l'un et l'autre sont satisfaits pourvu qu'ils arrivent à bon port au terme du voyage.
C'est-à-dire, — pour parler sans métaphore, — qu'il n'y a pas eu de plus grosse erreur que celle du théâtre soi-disant réaliste, amer ou rosse, et qu'il ne peut exister rien de plus périlleux que le « théâtre d'idées », l'un parce qu'il offense la sensibilité du spectateur, et l'autre parce qu'il surmène son intelligence. L'un désoblige et l'autre ennuie. Tout cela sort du