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LA VERSIFICATION : FERNAND GREGH

tout de suite brillant, parce qu'il n'hésite pas à l'être, et dans le privé, il est incontinent intime, parce qu'il ne balance point à vous prendre pour son meilleur ami. Il vous traite avec toute la considération qu'on lui doit, et je crois bien qu'il y a tout de même dans sa réputation une grande part de séduction personnelle. 11 était déjà très connu avant d'être notoire, et il faut le compter lui-même dans son succès.

Mais il faut aussi compter les autres. Mallarmé avait dit exquisement : « Les Parnassiens, eux, prennent la chose entièrement et la montrent; par là, ils manquent de mystère... Cest le }mrfait usage de ce ynystère qui constitue le symbole. » Jean Moréas avouait aussi : « ... la poésie symbolique cherche à vêtir l'idée d'une forme sensible qui néanmoins ne serait pas son but à elle-même. L'idée à son tour ne doit point se laisser voir privée des analogies extérieures; car le caractère essentiel de lart symbolique consiste à ne jamais aller jusquà la conception de l'idée en soi. » Si je rappelle ces textes célèbres, c'est qu'ils sont décisifs, et qu'ils suffisent à expliquer, non seulement la destinée du symbolisme, mais la fortune de tout ce qui l'a suivi. Mallarmé et Moréas, — détail heureux, — avaient été tous deux professeurs d'anglais. Ils avaient enseigné à de jeunes élèves cet art de jouer avec les mots, qui est la traduction, et ils avaient fini par se convaincre, à force de faire ainsi changer le sens des mots d'une langue à l'autre, que les mots manquaient de sérieux, ne signifiaient rien par eux-mêmes. C'étaient des sons, de simples sons, qu'il fallait traiter comme des sons. On avait tenté de rapprocher la poésie de la peinture ou de la sculpture : quelle erreur! C'était la musique qu'il fallait choisir comme analogie. Trop longtemps on s'était embarrassé du souci de comprendre, là où sentir suffisait. La marque historique de cette tentative aura été de dépouiller la poésie française de son génie propre, la clarté. En conséquence de quoi, il lui arriva simplement de n'être pas comprise ! Et, tout en protestant de

ma respectueuse admiration pour ses maîtres les plus purs, je dois à mon rôle d'historien de relever que le symbolisme n'a jamais conquis, aux plus belles heures, qu'une gloire do petites revues.

Je n'irais donc pas chercher plus loin la nouveauté

de la jeune poésie d'aujourd'hui. Parmi tant de mérites

divers et de qualités personnelles qui les garantiront de

jamais se constituer en École^ des poètes comme M""^ de

Noailles, André Rivoire, Charles Guérin, Henri Barbusse,

M""® de Régnier et tant d'autres ont pourtant en commun

d'écrire pour être lus. Peut-être ne sont-ils plus assez

« mystérieux »;mais ils sont accessibles. Ils sont faciles

et familiers. Ils sont tout proches de nous. Leur talent

est de plain-pied avec notre cœur; ils reposent, et on

leur sait gré, non seulement de ce qu'ils sont, mais de ce

qu'ils ne sont plus. C'est un ravissement. Ils ont môme

fini par influencer leurs aînés, qui, pour les plus grands,

reviennent si magnifiquement à résipiscence.

Or Fernand Gregh est un de ces jeunes gens pleins de limpidité. Et je me souviens encore de Theureuse surprise qui accueillit La Maison de V enfance^ — cette chère Maison de l'enfance que je préférerai toujours, comme on préfère son rêve à sa vie. Fernand Gregh avait vingt-trois ans et le livre dix-huit! Cela était fluide, gracieux, mélancolique et gai, fervent, ingénieux, presque spirituel; cela était jeune et surtout rajeuni, plus renouvelé que neuf, à peine original et si frais ! Cela chantait, cela souriait, cela vivait, cela allait vivre! Rythmes et rimes, musique et verbe, sentiments et images, soirs, heures, automnes, éveils d'amour, mélancolies, espoirs, pressentiments, parcs, statues, jets d'eau, tout cela flattait Foreille, le cœur, la mémoire. On n'était pas surpris.

La Maison de l'enfance au lointain du passé Se dresse et me sourit blanche parmi les arbres, Et je revois au parc, dès le seuil dépassé, L'allée où nous rêvions le soir, couple enlacé, Sous le geste immobile et pâle des grands arbres.

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