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QUESTIONS DE HON TEHPS

LA POLITIQUEÎÉTRANGÊRE

4 mars 1866.

La France, que disons-nous ! TEurope n'a plus de politique étrangère.

Nulle part il n'y a plus, il ne peut plu» y a^oir de politique extérieure, car l'ère des conquérants et des conquêtes est fermée. Le comte de Bismark est un anachronisme. Aussi s'agite-t-U dans l'impuissance et échoue-t-il contre la force d'inertie qu'il suffit à l'Autriche de lui opposer. Et cependant il avait en main une grande et belle cause : celle du droit a la. MER ! Cette grande cause, qui eût relié à elle, autour de lui, toute l'Allemagne, il l'a rapetissée aux proportions d'une motte de terre ! il a déglorifié la conquête, il l'a exposée à ce qu'en l'assimilant au vol à l'américaine on la flétrisse en disant d'elle : a le vol à la prussienne I n II a ôté à la guerre son casque pour le remplacer par un masque : le masque de l'hypocrisie.

La Confédération germanique était l'embryon de la Confédération européenne, contre-poids nécessaire de la Confédération américaine, qui ne tardera pas à se développer, qui ne tardera pas à se compléter, car les Américains vont aussi vite

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en besogne que les Européens sont lents dans leur marche. On voit et l'on sent que nous traînons après nous le poids des siècles, et le poids plus pesant encore d'une foule d'erreurs accumulées qui ont la prétention d'être des vérités consacrées par l'expérience.

Qu'avez-vous fait de la Confédération germanique, monsieur le comte de Bismark ?

Après l'avoir lancée perfidement en avant, vous l'avez dédaigneusement écartée; vous ne vous êtes pas arrêté là, vous Tavez outrageusement foulée aux pieds ! La Confédération germanique n'est plus un puissant faisceau^ ce n'est plus qu'un écriteau menteur. La Confédération germanique, ayant à sa tête l'Autriche et la Prusse, aspirait à posséder une flotte qui protégeât efficacement son commerce stimulé par l'extension et la multiplication des chemins de fer. Rien n'était plusljuste, et rien n'était plus simple. Le véritable progrès consistait à remplacer, en y mettant le temps nécessaire, l'armée fédérale qui existe par la flotte fédérale qui est à créer.

La politique territoriale est à la politique maritime ce que la navigation à voiles est à la navigation à vapeur, ce que la diligence est au chemin de fer, ce que le télégraphe des frères Chappe est au télégraphe électrique, qui met presque instantanément en communication entre elles toutes les capitales et toutes les villes de l'Europe. La politique territoriale sans la conquête est une politique qui n'a plus de raison de subsister ; elle est caduque, elle se meurt, elle est morte.

En veut-on une preuve convaincante, indéniable? Il n*y a qu'à ouvrir le Moniteur universel y où se trouve le compte rendu de la séance du Corps législatif,

M. Jules Pavre a la parole pour développer l'amendement additionnel au paragraphe premier, proposé par lui et par plusieurs de ses collègues.

Cet amendement est conçu en ces termes :

« Mais, pour être durable, cette paix doit reposer sur le respect du droit. Nous ne pouvons le voir violer en Allemagne sans manifester hautement notre désapprobation.

» La France,, qui se glorifie d'avoir rétabli le dogme de la souveraineté populaire, se doit à elle-même de protester contre des conventions dans lesquelles la force dispose des peuples, n

M. Joies Favre déyeloppe cet amendement avec son talent

accoutumé.

III est combattu par M. Émîle Ollivîer, qui vote contre. Nous eussions fait comme lui, mais par une raison souveraine qui écarte toutes les considérations secondaires, comme la lumière dissipe l'ombre.

Cette raison souveraine, c'est que la France doit avoir pour règle de sa politique européenne Tabstention absolue de toute ingérence dans les affaires des autres nations, qu'il s'agisse de peuple à gouvernement ou d'État à État.

Lorsqu'on substitue les considérations aux principes, qu'arrive-l^il? Il arrive qu'on subordonne les principes aux considérations, et qu'on tombe dans les contradictions les plus fâcheases.

Exemple :

Après an débat confus et une grande hésitation, l'amendement de M. Jules Favre, repoussé par le gouvernement, repoussé par M. Emile OUivier, mais appuyé par M. Thiers, est... non pas voté... mais renvoyé à la commission.

A cet amendement contre la Prusse succède cet amendement contre la Russie proposé par MM. Carnot, Garnier- Pagès, Jules Simon, Eugène Pelletan, Hénon, Havin, Adolphe Guéroult :

« Des actes d'une barbarie sans exemple sont exercés par le gouvernement moscovite à Tégard de la Pologne : les principes sur lesquels reposent les sociétés modernes, le respect de la personne et celui de la propriété sont outrageusement violés...

» Si la France ne faisait pas entendre une solennelle protestation, elle manquerait à la fois aux devoirs de sa vieille amitié pour la Pologne et à ceux qui lui sont imposés par le rang qu'elle occupe dans le monde civilisé. »

M.'Carnot a la parole pour développer cet amendement.

Moins heureux que son aîné, cet amendement n'est pas renvoyé à la commission, il est rejeté après la déclaration suivante de M. Alfred Le Roux, membre de la commission de

l'adresse :

« La commission n'a pas cru devoir accepter l'amendement qui lui a été soumis, par ce principe général qui a fait sa règle et que^ je l'es-

père, la Chambre approuvera, de ne pas introduire dans le projet d'adresse, inutilement et stérilement, des questions qui peuvent avoir des inconvénients graves et des ramifications étendues dans la politique européenne.

» C'est par cette raison seule, sur laquelle je n'ai pas à m'étendre, que, quels que puissent être en France , aussi bien dans la commission qu'ailleurs, les sentiments de sympathie pour la Pologne, la commission n'a pas cru devoir admettre l'amendement. »

Partisan déclaré de Tunion indissoluble entre la paix et la liberté, nous applaudissons des deux mains aux paroles fermes et sensées de M. Alfred Le Roux; mais si l'on devait rejeter Tamendement contre la Russie en faveur de la Pologne, pourquoi avoir admis le renvoi à la commission de l'amendement contre la Prusse en faveur du Sleswig-Holstein? Pourquoi deux poids, deux mesures, deux balances? La bonne politique est celle qui n'a qu'une seule mesure, qu'un seul poids, qu'une seule balance.

Ou il fallait renvoyer à la commission les deux amendements, ou il fallait les rejeter tous les deux.

Égalité devant la logique, qui est la justice éternelle, la justice inflexible 1 ■

Après cette contradiction flagrante, hommes d'État, ditesnous donc ce qu'il faut penser de ce que vous appelez si pompeusement (( la politique étrangère » ?

L'ARTICLE ADDÏTÏONiNEL AU PARAGRAPHE PREMIER

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