‹ Le succès; questions de l'année 1866Chapitre 120 sur 205 · LA ROUTINE DE LA PAIX ARMÉE · texte numérisé non relu

LA ROUTINE DE LA PAIX ARMÉE

permanente ni système militaire régulier. On attendait la guerre pour lever les troupes.

De 1600 à 1609, les troupes de Henri lY n'excédaient pad le chiffre de 6,700 honmies. La plus nombreuse garnison, G^ lais, avait 400 honmies. Les dépenses de la guerre étaient de 6 millions de francs.

En 1789, TAssemblée constituante avait fixé Teffectif de l'armée, en temps de paix, à 150,000 hommes.

En 1792, la France avait : effectifs 160,232 hommes; 50m« les ormes^ 139,500 hommes.

En 1818, sous la Restauration, Teffectif était de 240,000 hommes et le montant de la levée annuelle de 40,000 hommes.

En 1823, seulement, lors de Vintervention en Espagne, l'effectif était porté à 360,000 hommes, et le montant de la levée annuelle à 60,000 honmies.

Après 1830, l'effectif était porté à 560,000 hommes, et le montant de la levée à 80,000 hommes.

Ce n'est que depuis 1852 que l'effectif a été porté à 700,000 hommes, et le montant de la levée annuelle à 100,000 hommes.

Maintenant que l'effectif a atteint ce chiffre arrondi, le journal de la paix armée ne saurait comprendre que, avec un chiffre moindre, la France fût en égale sécurité.

Qui donc est venu attaquer la France alors qu'elle n'avait que six contingents de 40,000 honmies chacun, soit 240,000 hommes, et que sa loi de recrutement avait pour base l'enrôlement volontaire? La France, pour toute force publique, n'aurait eu que des gendarmes, que sa sûreté eût été la même. La force d'une nation est par-dessus tout dans sa cohésion et dans l'esprit qui l'anime.

La paix armée est une routine ; la paix armée est une ornière au bord d'un gouffre. « L'Europe se perdra par les gens de guerre, )> a dit Montesquieu, s'exprimant ainsi dans le chapitre xvn du livre XIII de V Esprit des lois :

« Une maladie nouvelle s'est répandue en Europe; elle a saisi nos princes et leur fait entretenir un nombre désordonné de troupes. Elle a ses redoublements et elle devient nécessairement contagieuse : car sitôt qu'un État augmente ce qu'il appelle ses troupes, les autres soudain augmentent les leurs ; de façon qu'on ne gagne rien par là que la niine commune ; chaque monarque tient sur pied toutes les armées qu'il pourrait avoir si ses peuples étaient en danger d'être exterminés;

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et ON NOMME PAIX CET ÉTAT d'eFFOUT DE TOUS CONTRE TOUS ! AuSSi TEu-

rope est-elle si ruinée, que les particuliers qui seraient dans la situation OÙ sont les trois puissances de cette partie du monde les plus opulentes n'auraient pas de quoi vivre. Nous sommes pauvres avec les richesses et le commerce de tout l'univers^ et bientôt^ à force d'avoir des soldats, nous n'aurons plus que des soldats et nous serons comme des Tartares.

y> La suite d'une telle situation est l'augmentation perpétuelle des tributs; et^ ce qui prévient tous les remèdes à venir^ on ne compte plus sur les revenus^ mais on fait la guerre avec son capital. »

Montesquieu aurait pu dire : VEurope fait la guerre à son capital. C'est effectivement ce qu'elle fait! Et le résultat, c'est Véreintement que Montesquieu constate en ces termes dans une note :

« Il est vrai que c'est cet état d'effort qui maintient principalement réquilibre^ parce qu*il ébeinte les grandes puissances. »

Glorificateurs de I'entre-deux, qui avez emprunté à Pascal une définition fort étonnée de l'usage que vous en avez fait, que pensez-vous de la citation de Montesquieu? Donnerezvous à l'auteur de V Esprit des lois le surnom de « routinier de l'absolu » ?

Or qu'avons-nous fait, si ce n'est soutenir en i866 l'opinion qu'il exprimait en 1748, il y a plus de cent ans, alors que les armées permanentes ne coûtaient pas le quart de ce qu'elles coûtent maintenant et ne prenaient pas la fleur des générations?

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