L'OCCASION
30 août 1866.
VÉpoque intervient en ces termes dans le débat que la Liberté soutient contre la France :
< La paix^ indispensable aujourd'hui, peut devenir fâcheuse demain. Inopportunité est la reine du moment^ et le patriotisme consiste quelquefois à attendre.
» La France, YÉpoque et quelques autres journaux subissent la cottséquence de cet état de choses. En ce qui nous concerne, nous sommes prudents^ mais nous ne sommes pas indécis. Notre devoir jusqu'à présent est d'indiquer le danger^ c'est à d'autres qu'il appartient de le conjurer. Il n'y a de coupables, répétons-le, que ceux qui nient le danger pour avoir le droit de le fuir, et pour que Ton ne les accuse pas de nous l'avoir attiré. Le moyen que propose M. Emile de Girardin pour le combattre nous parait impraticable. Quant à la France, elle ressemble un peu au médecin qui attend toujours que la maladie se déclare, et qui laisse mourir son malade sans le soigner. En cette occurrence, la pou- TiQCE de YÉpoque nous parait plus nette^ et nous la résumons d'un mot : SAISIR UNE OCCASION. »
Si ce n'est que roccasion que vous attendez, quelle plus belle occasion aurez-vous jamais que celle que vient de vous offrir la Prusse s'allongeant, s'élargissant, s'arrondissant, se l'ectiflant, se redressant des i»eds à la tête, subjuguant la Saxe, s'in^orporant le Hanovre, le Nassau, la Hesse-Électorale,
le Sleswig, le Holstein, le Lauenbourg, se donnant sur la mer les ports qui lui manquaient et foulant aux pieds tous les traités sur lesquels est apposée la signature de la France?
Attendez-vous que vos menaces à long terme, menaces inconsidérées, menaces allant contre leur but, menaces surexcitant le patriotisme germanique, aient si bien aidé le comte de Bismark dans sa tâche d'unification de toute l'Allemagne, qu'il n'ait plus qu'à faire acclamer le roi de Prusse empereur des Allemands par trente-sept millions de sujets, unanimes et prêts à se lever comme un seul homme au premier signal qui serait donné à un régiment français de franchir la frontière en se dirigeant vers le Rhin?
Si c'est là l'occasion que V Époque attend, que ce journal nous permette de lui dire que ce qu'il appelle une « politique NETTE )) mérite un tout autre nom. C'est la pire de toutes les politiques ; c'est la politique qui menace sans frapper, c'est la politique fanfaronne, c'est la politique de la paix troublée aansêtre la guerre déclarée I Ce n'est même pas cela, et la qualifier ainsi, c'est lui faire encore trop d'honneur. Le vrai nom de cette politique enfantine, c'est celui-ci : Politique de Groquemitaine.
EstHse qu'en 1854 et en 1859 la France a attendu l'occasion?
La Russie, en 1854, avec ses 70 millions d'habitants, et l'Autriche, en 1859, avec ses 37 millions de sujets, étaientelles donc moins à craindre que la Prusse, en 1866, avec ses 19 millions d'âmes?
Disons-le hautement, afin qu'on se le répète dans toute l'Allemagne : si les Français depuis deux mois n'occupent pas Cologne, n'occupent qas Mayence, et n'ont pas reculé leur frontière jusqu'au Rhin, c'est que l'empereur Napoléon III n'a pas v^ulu donner de démenti à sa déclaration du 10 avril 1859, conçue en ces termes : i
« Quand on ne veut que la justice, on ne craint pas la lumière. Le gouvernement français n'a rien à cacher, parce qu'il est sûr de n'avoir rien à désavouer. L'attitude qu'il a prise dans la question italienne, loin d'autoriser les défiances de l'esprit germanique, doit au oontnire lui inspirer la plus grande sécurilé, La France ne saurait allHifiMr an AHemagae ce qu'elle voudrait sauvegarder en Italia. Sa politiquty ^ désavoua toutes (e& anabitionti de conquêtai i^e poursuit que les $ati^
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factions et les garanties réclamées pur le druit des gens^ le bonheur des peuples et Fintérêt de l'Europe. En Allemagne comme en Italie^ elle veut que les nationalités reconnues par les traités puissent se maintenir et même se fortifier, parce qu'elle les considère comme une des bases essentielles de l'ordre européen.
» Représenter la France comme hostile à la nationalité allemande n'est donc pas seulement une erreur, c'est un contre^sens.
T> La politique de la France ne saurait avoir deux poids et deux mesures; elle pèse avec la même équité les intérêts de tous les peuples. Ce qu'elle veut faire respecter en Italie, elle saura le respecter ellemême en Allemagne. Ce n'est pas nous qui serions menacés par l'exemple d'une Allemagne nationale qui concilierait son organisation fédérative avec les fendantes unitaires dont le principe a été {msé déjà dans la grande union commerciale du Zollverein ! Tout ce qui développe dans les pays voisins les relations <^éées par le commerce, par Findustrie^ par le progrès, profite à la civilisation, et tout ce qui agr^ndit la civilisation élève la France. »
La France n'a qu'à rester fidèle à oette politique, et la France pourra sans crainte et sans péril licencier son armée et abolir le recrutement militaire obligatoire, abolition qui serait saluée dans toutes les communes du cri unanime et retentissant de Vive Napoléon III î
Cette politique-là vaut mieux que celle empruntée par le journal V Epoque au proverbe : « L'occafion fait le Icurron. »
!•' septembre 1«6S.
Troublée dans son sommeil par l'Unité de TAllema^e qui s'accomplit, V Époque doûne pour titre solennel à son article belliqueux : L'UNITÉ FRANÇAISE.
Revendiquer l'unité française par opposition à l'unité germanique, ce n'est pas assez : il faut que V Époque définisse exactement ce qu'elle entend par TUnité de la France.
De 1794 à 1800, le nombre des départements nationalisés français avait été porté de 86 à 105, et, en 1811, de 105 à 132; augmentation successive et totale, 46. Au nombre de ces 46 départements étaient les suivants :
tsee
BELGIOHE
Les Deux-Nèthes>
chef-4ieu
: Anvers.
La Dyle,
Bruxelles.
La Lys,
Bruges.
L'Escaut,
Gand.
Jemmapes,
Mons.
Sarobre-et-Meuse,
Namur.
L'Ourthe,
Liège.
Les Forêts,
Luxembourg.
La Meuse-Inférieure,
Maestricht.
Les Bouches-de-rEscaut
Middelbourg.
Les Bouches-du-Ehin,