BUDGETS DU HINISTÈRE DE LA GUERRE
' 8i les douze miUtards trois cent quatre^ngMreize ndUims qu'a Goûté à la France depuis 1830 la paix armée, la paix stérile, avaient été consacrés, — moins les dépenses de gendarmeriei — à la paix glorifiée, à la paix féconde, croit-on qu'aujourd'hui la France, infiniment plus riche, ne serait pas incomparablement plus forte?
Au lieu de trente-sept millions d'habitants, la population stationnaire de la France dépasserait certainement le chiffre de quarante millions.
Il n'y aurait plus au-dessous de trente ans un seul Français qui ne sût pas lire, écrire et compter, à moins qu'il ne fût un idiot..
Il n'y aurait plus depuis longtemps une seule lacune dans le réseau de nos chemins de fer.
Il n*y aurait plus une seule commune qui ne possédât depuis de longues années chemins vicinaux, bureaux de poste et de télégraphe, écoles de garçons et écoles de filles, etc., etc.
Il n'y aurait plus une seule ville de département qui, tonte proportion gardée, ne pût soutenir la comparaiaon avec PariB, ce qui est le seul moyen pour la province de lutter contre la puissance d'attraction que Paris exerce.
LE PAVÉ m L'OURS. 335
Quels immenses progrès eussent faits notre agriculture,
notre industrie, notre commerce I
Dégrevés de tous droits, les canaux, ces routes d'eau, par la concurrence qu'ils eussent faite aux chemins de fer, auraient contraint ces derniers de réduire radicalement leurs tarife, beaucoup trop coûteux : ce qui, loin de diminuer leurs recettes et leurs dividendes, les edi, au contraire, considérablement augmentés.
L'excédant du budget des recettes sur le budget des dépenses, judicieusement capitalisé, eût permis, au moyen de l'emprunt, de transformer l'impôt multiple et forcé en impôt unique et volontaire, et d'aborder sans crainte comme sans imprudence la solution d'une multitude de problèmes économiques et financiers : ce qui eût fait de la France la grande nation expérimentale, la grande nation modèle, servant de point de mire, servant d'objet de comparaison et de sujet d'étude à toute l'Europe.
Si nous remontons plus haut que 1830, si nous remontons jusqu'en 1815, — nous le demandons au journal de la paix armée, quel avantage la grandeur et la prospérité de la France ont-elles retiré de l'expédition de 1823 en Espagne, de la bataille de Navarin en 1829, et de la prise d'Alger l'année suivante? Après 1830, quel avantage la grandeur et la prospérité de la France ont-elles retiré du siège d'Anvers, de l'occupation d'Ancône, du bombardement de Saint-Jean-d'Ulloa et de Tanger? Après 1848, quel avantage la grandeur et la prospérité de la France ont-elles retiré du bonabardement et de l'occupation de Rome, en 1849, du siège et de la prise de Sébastopol, — la France alliée, en 1854, de la Turquie contre la Russie, après avoir été, en 1829, l'alliée de la Russie contre la Turquie, — des victoires remportées en 1859 à Magenta et à Solferino sur l'Autriche, — victoires sans lesquelles la Prusse n'eût jamais livré, conséquemment pas gagné la bataille de la Sadowa, — enfin, de la guerre et de l'occupation du Mexique? Si la guerre d'Italie nous a rapporté les trois départements des Alpes-Maritimes, de la Savoie et de là Haute- Savoie, ces trois départements valaient-ils les 6 milliards que nous a eoûté depuis 1848 la paix armée ?
Ayons la bonne foi de le reconnaître! la paix armée ne sert
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qu'à égarer la politique, qu'à lui faire défaire ce qu'eUe a fait et refaire ce qu'elle a défait.
La première nation qui aura le courage de s'afEranchir de ce tribut ruineux payé à la politique impuissante autant qu'inconséquente sera la grande nation.
Croire et prétendre que cette nation serait attaquée parce qu'elle aurait désarmé est une absurdité qui serait bouffonne, si elle ne coûtait pas tant de pleurs et tant de sacrifices à tant de familles, si elle n'absorbait pas tant de milliards en pure perte et ne faisait pas verser tant' de flots de sang.
Qui donc, nous vous défions de le dire, qui donc viendrait attaquer la France, uniquement occupée d'élever à leur plus haute dignité et à leur plus haute puissance ses trente-sept millions d'habitants?
Se trouvât-il un gouvernement assez envieux, assez bas pour concevoir la pensée d'arrêter la France dans l'accomplissement d'une si grande et si laborieuse tâche, qu'il ne se trouverait pas un peuple pour servir de complice à ce gouvernement I La conscience de l'Europe tout entière se soulèverait en faveur de la France contre ce malfaiteur.
Non, non, ce qui protège efficacement un État, ce n'est pas la force de son armée, c'est la sagesse de sa politique.
Si les États n'avaient pour garantir leur inviolabilité que leur armée, il n'y aurait plus depuis longtemps en Europe de petits États, il n'y aurait même plus de. grands États ; il n'y aurait plus qu'un seul État ! L'Europe ne formerait plus qu'un seul empire de deux cent cinquante millions d'habitants gouvernés par un soldat heureux.
Sérieusement, est-ce que ce sont les quatre-vingt-quinze mille soldats belges qui empêchent la France de s'emparer de la Belgique?
Pourquoi la France ne s'en empare-t-elle pas?
Le journal de la paix année justifie en ces termes la nécessité des armées permanentes, lesquelles n'existent en Europe que depuis le commencement du dix-septième siècle :
« Un petit État ne vit que -par le respect du droit. Il peut donc se borner à faire la police chez lui, dans Timpuissance où il est d'avoir jamais une force capable de sauvegarder sa liberté. Mais les grands États, qui vivent de leur propre vie et qui ne comptent que sur eux-mêmes,