LE DEMEMBREMENT DE U TURQUIE
26 septembre 1866.
Il y a des hommes se croyant des hommes politiques, des journalistes se croyant des publicistes, qui, en 1866, prennent encore au sérieux ce nom : la Politique^ et s'imaginent que sous ce nom il y a une chose 1
Si la Politique existe, où donc est-elle? Qu'on nous la montre I que nous contemplions son visage ! Si elle est une science, que nous voyions ses progrès I Si elle est un art, que nous voyions ses œuvres!
Nous connaissons la Force, nous connaissons rinconsô» quence ; mais c'est eu vain que nous cherchons la Politique, aussi bien dans le cabinet des journalistes que dans le cabinet des ministres*
Ne sachant plus que dire, ne sachant plus que rabâcher depuis que la Pologne a exhalé son dernier soupir et que l'Autriche a cessé de subjuguer l'Italie , la Politique aux abois vient de mettre à l'ordre du jour de toutes les conversations et de toutes les discussions* .. la. question d'oribnt, dont on avait cessé depuis 1856 de nous rebattre les oreilles.
Déjà V Opinion nationale^ cette vestale saint-simonienne qui, apparemment, se croirait déshonorée, perdue, condamnée, ente]p:'ée vivante, si elle n'attisait pas constamment le feu de la guerre, si elle le laissait s'éteindre, déjà VOpinion nationale a publié deux immenses articles sous ce titre exhumé :
392 tsee
En voici la conclusion laborieusement déduite :
« Démembrement partiel de la Turquie au profit de la Grèce, telle doit être aujourd'hui la formule de notre politiqde en Orient. Elle se rattache à de nombreux précédents ; Grèce, Egypte, Servie, Roumanie; elle ne dépasse pas la limite de ce qui est aujourd'hui possible. Elle est le seul moyen de mettre un terme à Tébranlement qu'on signale dans toute la Turquie, et dont le contre-coup pourrait facilement devenir menaçant pour la paix générale de l'Europe. »
Si le démembrement partiel de la Turquie doit être aujourd'hui la formule de notre politique en Orient^ que signifiaient donc, en 1840 et en 1854, tous les discours, tous les articles, toutes les dépêches, toutes les notes en faveur de TiNTÉGRiTé DE l'empire ottoman? Pourquoi donc, eu 1854, sommes-nous allés verser à torrents le sang français à la bataille de TÂlma et au siège de Sébastopol? Pourquoi donc nous sommes-nous imposé, coup sur coup, la charge de quatre emprunts s'élevant à 2 milliards (1) ? Pourquoi donc, à cette époque, avonsnous détourné, arrêté, tari le cours de notre profonde, large et rapide prospérité, attestée par le taux de notre 3 pour 100, qui, après s'être élevé à 86 francs, est tombé à 61 francs : différence, 25 francs? Pourquoi donc avons-nous ajourné tant de travaux si urgents, tant de problèmes sociaux si attardés, tant de réformes économiques si nécessaires?
Si la Politique n'a aucune fixité, aucun principe, aucun fondement; si elle flotte au gré de tous les vents; si elle change au gré de tous les incidents, si elle varie au gré de tous les commis, qu'elle ait du moins la bonne foi d'en convenir, et qu'elle cesse de prendre pour dupes l'ignorance publique et l'opinion superficielle. Alors on saura que la Politique n'a ni foi ni loi, ni scrupules ni remords ÎJAlors on saura qu'il ne lui en coûte rien, et que c'est plutôt une volupté
(1) Emprunt du H mars 1854 250.000.000 de francs.
— 31 décembre 1854 500.000.000 —
— 11 juillet 1855 750.000.000 —
— 2 mai 1856 500.000.000 —
ENSEMBLE 2. 000 . 000 . 000 de francs.