L'ABSENCE DE PRINCIPES
tâche analogue à celle de Tunification italienne; cette tâche, runifîcation germanique, ne sera ni moins laborieuse, ni moins longue, ni moins exclusive.
L'Espagne est vouée à Timpuissance au dehors par son impuissance au dedans ; l'Autriche, qui, pour régler avec certitude le cours de sa politique extérieure et intérieure, n'aurait qu'à regarder couler le Danube et qu'à en suivre le cours, l'Autriche oscille de la Centralisation par la compression ^la Confédération par l'expansion; laissonB dono en arrière l'Au^ triche et l'Espagne, et ne nous occupons plus que de la France! Demandons-lui quelle politique elle a? demandonslui quelle politique elle doit avoir?
La France, dans toutes les circonstances graves avec lesquelles elle a été aux prises depuis quinze ans, a solennellement renié la politique de conquête, la politique d'agrandissement territorial. Nul n'aurait donc le droit de mettre en doute la sincérité de sa parole si, en 1860, la France n'eût pas cédé à la tentation d'ajouter aux quatre-vingt-six départements qui la composaient trois départements nouveaux. A notre grand regret, nous sommes obligé d'avouer que l'annexion des Alpes-Maritimes, de la Savoie et de la Haute-Savoie autorise, dans une certaine mesure, la pensée que, tôt ou tard, ne voulant pas être moins bien partagée que l'Italie, laquelle va s'étendre des Alpes à l'Adriatique, la France, à son tour, voudra s'étendre des Alpes au Rhin, dans toute la longueur du trajet de ce fleuve.
Si, en effet, telle est la pensée de la France, il vaudrait mieux la dire hautement que la nier timidement : car, en politique, ce qu'il y a de plus fâcheux, c'est de paraître n'avoir aucune direction, c'est de paraître flotter au gré de tous les incidents, de toutes les inconséquences; c'est de blesser la logique populaire, laquelle est inexorable.
Si, au contraire, telle n'est pas la pensée de la France, alors à quoi bon augmenter la force numérique de son armée? Pour quel objet et dans quel but?
C'est ce que nous demandons à connaître.
Que la France nous dise franchement quels sont ses prin-» cipes, ou quels sont ses intérêts I