L'EFFACEMENT DE LA FBANCE
Lorsqu'on a le talent d'écrivains que personne ne conteste aux rédacteurs du journal la France^ il y a de vieux clichés dont on devrait avoir le dédain et que Ton ferait bien d'aJbandonner exclusivement aux pauvres d'idées.
M. Cohen a trop d'esprit et de savoir pour penser un mot de ce qu'il dit sur le prétendu « effacement de la frange ».
Comment ! ce serait l'effacement de la France, parce que la France renoncerait à faire ce qu'elle a fait en 1823, lorsqu'elle est allée prendre en Espagne le parti de Ferdinand VII contre la Constitution, contre les Certes et contre la liberté de conscience !
Comment I ce serait l'effacement de la France, parce que la France renoncerait à faire ce qu'elle a fait en 1827, lorsqu'elle a érigé la Grèce en royaume si chétif qu'il est toujours au moment de cesser de vivre I
Comment I ce serait l'effacement de la France, parce que la France renoncerait à faire ce qu'elle a fait en 1831, lorsqu'elle s'est exposée au risque d'une nouvelle invasion pour la gloire et la satisfaction de créer la Belgique aux dépens de la Hollande, et de faire d'un État déjà très-petit deux États microscopiques : l'un, les Pays-Bas, ayant une population de 3,600,000 habitants ; l'autre, la Belgique, ayant une population de 4,900,000 habitants I
L'EFFACEMENT DEÎ LA FRANCE m
Ccrtnmént! ce serait l'effacement de la France, parce que la France renoncerait à faire ce qu'elle a fttit en 1840, lorsque^ pour assurer an rice-roi d'Egypte le dtetrîct d'Adana, elle à dû s'armer en toiitel hâte et fortifier Paris, menacé de noureau par l'Angleterre, TAutriche, la Prusse et la Russie, qui déjà avaient signé à Londres le ^meux traité du 15 juillet !
Comment! ce serait reffafeement de la France, parce que la France renoncerait à faire ce' qu'elle a' fait en i84T, lorsqu'elle a considéré qu'il était de son honneur, de sa sécurité, de son avenir, que la reiiié d*E}spagne épousât son cousiil don, François d'Assise, et n'épousât pas un prince de Saxe-Cobouiig, la France attachant à cette quôfiftion matrimotiiale une ïmpçifvtBnce si grande, que M. Guizot, alors président du conseil et ministre des affaires étrangères, n'hésHa pas à y sacrifier le maintien de la célèbre entente cordiale avec la Grande- Bretagne !
Gomment ! ce serait l'effacement de la France, parce que la France renoncerait à faire ce qu'elle a fait en 1849, lorsque, république française, violant et foulant aux pieds sa propre Constitution, elle est allée bombarder Rome, renverser la république rwnaîne, rétablir par la force des armes la souveraineté temporelle du pape ; et tout cela pour aboutir à la convention du 15 septembre 1864, laquelle va s'exécuter le 11 décembre 18661
Gomment! ce serait l'effacement de la France, parce que la France renoncerait à faire ce qu'elle a fait en 1854, lorsque,' contredisant sa politique de 1823 et de 1840, elle est allée, au prix de la vie de ceht mille Français et de 2 milliards d'emprunts, prendre la défense de la Turquie contre la Russie, sans réussir, à ce qu'il paraît, à sauver l'empire ottoman, puisque voilà qu'on disserte plus que jamais sur Tinextricablè question d'Orient!
Gomment! ce serait l'effacement de la France, parce que la' France renoncerait à faire ce qu'elle a fait en 1859, lorsque, souhaitant Rabaissement de TAutriche et voulant l'établissement d'une Confédération italienne présidée par le pape, le gouvernement français a tracé à cette époque la voie que lé gouvôPAéiûcni jJrussiett n*a fait que suivre en 1866!
Gommenî! ce serait Feffacement de la France, parce que la France renoncerait à des etpédilàôns lointaines, telles que
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celles aboutissant à Toccupatipa et à révacuatioA du .Mtraciqtse !
Coinmeat 1 ce aérait reïïacement da la France, parqeque la Fraace renoncerait à de3 ingér^oes telles que c^Ue qiii a abouti, en 1863, aux réponses du prince GortschakoS et à b dernière des inoorporations de la Pologne !
Gomment I ce serait Teffacement de la France., parce que la France renoncerait à une politique extérieure qui a suceessiyement « ntamé T Autriche,, mécontenté l'Angleterre, laquelle ne nous a pas encore pardonné Tannexion de Nic^ et de la Savpie, bles3é à deux reprises la» Russie, et qui a failli nous brouiller avec la Prvisse^ sans parler du pape et de l'enaperear du Meqûque, lesquels ae nous pardonneront pas leur aba^donl
Comment ! ce aérait reffacemient de la France, parée que la France renoncerait à une politique qui senable lui evoôr &it perdre tout ce qu'elle a fait gagner à la Prusse l
Comment! ce serait l'effacement de la France, pa^œ que la France renoncerarait à une politique qui lui a oeûtâ tant d'honmaes et tant d'argent, et qui l'a arrêtée dan».la voie de prospérité qui avait fait monter le 3 pour iOO au eowset baisser l'intérêt de l'argent au taux où l'année 1852 tes a vus!
Comment l ce serait l'effacement de la Fraac^^ parce que la France, ayant répudié la politique d'immixtion» la politique de cQïxmèrej s'adonnerait exclusivement à la politique de travail, à la politique d*échange !
Comment! ce serait l'effacement de la France, parce que la France, dédaigneuse de tout le vain bruit qui sa ferait autour d'elle, s'occuperait uniquement désormais d'achever ses chemins de terre, ses chemin? d'eau,, ses chemins de far; d'agrandir ses ports, d'assainir ses villes; de détruire iQ^B les obstacles contre lesquels ont encore à lutter son agrieulture, «oa industrie, son commerce, sa marine marchande*,, de réduire, sinon de supprimer, la dépense de son armée; de r^ormer, de transformer ses. impôts contre la consommation, consé- (juemment contre la production; de répandre à pleines maias et à tous les degrés l'instruction publique ; de semer le bienêtre et de récolter l'épargne, et avec l'épargne l'ordre matériel affermi par l'ordre moral î
Comment ! enfîn« ce serait l'effacement de la France, parée la France laisserai " aux autres États moins judicieux qu'elle la politique d'appauvnssement et d'affaiblissement I
L'EFFACEMENT DE LÀ tlUMIE 403
Vous imaginez-vous la France donnant à l'Europe Texemple du pays le mieux cultivé, le plus actif, le plus instruit, le plus calme, le plus libre, le plus riche, ayant le crédit le plus grand et le plus solide, et possédant d'innombrables vaisseaux sur toutes les mers, vaisseaux portanjb son nom et ses produits h toutes les extrémités du liiODdéJS'il en était ainsi, — et il serait facile qu'il en fût ainsi, — serait-il donc vrai que ce fût l'effacement de la France?
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