LA TROISIEME POLITIQUE
A bout de phrases, même des plus vagues, et n'ayant pas pu citer depuis cinquante ans un acte, un seul, qui la justifiât, la TROISIÈME POLITIQUE, en plein désarroi, rend les armes en ces termes :
a En matière de politique, comme en toute chose humaine^ le meilleur système c'est de n'en point avoir. »
Ainsi, n'avoir aucun système, aucune tradition; ne savoir d'où Ton vient, ignorer où Ton va; répandre à tort et à travers, tantôt pour les Turcs et tantôt contre eux, tantôt contre les Romains et tantôt pour eux, le sang le plus pur d'un grand peuple ; gaspiller les ressources les plus précieuses d'un grand Ëtat; n'être ni la guerre avec ses conquêtes, ni la paix avec ses progrès ; n'être ni la gloire ni la prospérité, n'être ni la liberté ni la stabilité : voilà ce qui caractérise la troisième politique I
Où cette politique a conduit la France sous la Royauté de 1815, sous la Monarchie de 1830 et sous la République de 1848, on le sait. Trois fois, cette politique a conduit la France à recueil et au naufrage.
Si cette triple expérience ne sufQt pas aux rédacteurs de la France, elle suffit pleinement aux rédacteurs de la Liberté, L'évidence n'a besoin d'y rien ajouter pour nous convaincre.
La TROISIÈME POLITIQUE, c*est Celle de M. Thîers jouant, en 1840, contre l'Europe tout entière la destinée de la France sur la carte du vice-roi d'Egypte, et, en 1849, s'associant avec ardeur à M. Drouyn de Lhuys pour faire tomber la république romaine sous la mitraille de la. république française, au mépris des termes les plus formels d'une Constitution qui avait été votée par une Assemblée constituante issue du suffrage univei'Sel. Cette politique, condamnée par la prévoyance, condamnée par l'expérience, condamnée par la raison, condamnéq parl'Mfetoirè; eétte polîtîqiie impuissante autant qu'inconséquente, cette politique attardée nous a toujours vu*au premier rang de ses plus opiniâtres adversaires. Ce qui nous étonne, c'est qu'elle ait pour ardent défenseur M. Cohen; comment a-t-il pu la préférer à celle qui a illustré les noms de Turgot, de Franklin, de Washington, de Richard Cobden et de Robert Peel? Nous n'avons pas de politique qui nous appartienne : la nôtre, c'est la leur.