‹ Le succès; questions de l'année 1866Chapitre 161 sur 205 · LA VRAIE POLITIQUE · texte numérisé non relu

LA VRAIE POLITIQUE

15 octobre 1866.

Les États-Unis viennent de donner an grand et bel exemple, que devraient imiter, en toutes circonstances semblables, tous les gouvernements civilisés.

Un corsaire, la Florida^ émule de VAlabama^ avait été saisi dans les eaux du port de Bahia (Brésil) par un officier de la marine fédérale, pendant la dernière guerre entre les États du Sud et les États du Nord de TAmérigue. Ayant reconnu que cette capture avait eu lieu au mépris des règles du droit maritime international, et que les réclamations du cabinet de Rio-Janeiro étaient fondées, le cabinet de Washington n'a pas marchandé la réparation. Elle a été complète et solennelle. Le 21 juillet 1866, le steamer Nipsie^ de la marine des États-Unis, a jeté l'ancre devant Bahia, et son commandant a fait aussitôt connsdtre en ces termes au président de la province de ce nom l'objet de sa visite :

« Je viens exécuter les instructioas du gouvernement des États-Unis^ saluer le pavillon brésilien de vingt et uu coups de canon^ et faire ainsi amende honorable pour l'offense commise par un ofQcier de la marine des États-Unis^ et qui a rencontré la désapprobation de ce gouvernement... En remplissant ce devoir, qu'il me soit permis d'expiimer l'espoir qu'avec le dernier coup de canon s'évanouira toute trace de ressentiment qui peut encore exister au Brésil par suite de l'événement qui

a donné lieu à la présente formalité. »

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Le 23 juillet 1866, à midi, le pavillon brésilien a été hissé au grand mât du navire américain, et les vingt et un coups de canon ont été tirés en son honneur.

Si tous les gouvernements, mettant le droit des gens et l'esprit de réciprocité, qui e^t essentiellement Tesprit d'équité, au-dessus de toutes les considérations secondaires et de toutes les susceptibilités mesquines, savaient ainsi réparer un tort par Téclat d'un aveu, la fausse politique ne tarderait pas à faire place à la vraie politique, et la guerre intermittente à la paix permanente.

Est-ce que la France, à son tour, ne donnerait pas, elle aussi, un grand et bel exemple qui l'ennoblirait, si elle reconnaissait qu'en désavouant la convention de la Soledad, conclue le 19 février 1862, et portant la signature de l'amiral Jurien de la Gravière au-dessus de la signature de Benito Juarez, président de la république, elle a outre -passé la mesure dans la réparation qui lui était due et qui ne lui était pas refusée?

Si la France a eu tort de vouloir faire à Mexico en 4862 ce qu'elle avait fait à Rome en 1849; si la France a eu tort de vouloir renverser le gouvernement établi pour en mettre un autre à sa place ; si la France a eu tort de vouloir remplacer la république mexicaine par Tempire mexicain, comme elle arait remplacé la république romaine par le gouvernement papal, pourquoi la France ne le reconnaîtrait-elle pas?

Loin de la diminuer, cet aveu, quoique tardif, la grandirait, car pour elle, comme pour les État»-Unis, ce serait sortir de rimpasse de la politique fausse par la grande porte de la politique vraie.

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