‹ Le succès; questions de l'année 1866Chapitre 171 sur 205 · LA FRANCE INATTAQUABLE · texte numérisé non relu

LA FRANCE INATTAQUABLE

ceux qui sont pauvres, ne vaudrait-il pas mieux conclure une quadruple alliance entre TAUemagne, T Autriche, la France et ritalie, représentant, réunies, cxnt vingt-cinq millions d'habitants?

Alors, Tunification de l'Allemagne sériait justifiée par la facilité qu'elle aurait donnée à la conclusion de cette alliance pivotale qui mettrait l'Europe en équilibre sur elle-même.

L'un des premiers articles de ce traité d'alliance pourrait et devrait être l'abolition du servage militaire et maritime par la substitution, à l'état de transition, de Tenrôlement volontaire au recrutement obligatoire.

Ne serait-ce pas là un grand et véritable progrès social, qui suffirait à lui seul pour populariser et immortaliser la quadruple alliance découlant de notre hypothèse, hypothèse que nous ne voulons pas étendre plus loin et prolonger plus longtemps?

Résumons donc notre réponse :

Que faut-il pour que la France soit inattaquable, et, dans le cas où elle serait attaquée, pour qu'elle fût invincible? Ce qu'il lui faut, ce n'est pas une armée qui soit la paralysie de la paix ; ce qu'il lui faut, c'est la liberté rangeant de notre côté tous les peuples.

Arfk)ib->»MaiKi^B-^>i^K-M>^— >^A«*M*tek«**«i«ll*>^MIta*M>.iifcrt«M«M>»dM>i^H-*i

30 octobre 1866.

A qui l'Aagleterre devra^WUe d'avoif échappé en 1848 à une révolution sociale^ cûntre^coup de la révolutiûn française du 24 février? — A Robert Peel.

A qui ritalie devra-t-elle son indépendance et son unité?— Au comte de Cavour.

A qui TAllemagne devra-t-elle son unification? — Au comte de Bismark.

Ne sera-ce pas une gloire pour le règne de la reine Victoria d'avoir eu un ministre tel que Robert Peel?

Ne sera-ce pas une gloire pour le règne du roi Victor- Emmanuel d'avoir eu un ministre tel que le comte de Cavour?

Ne sera-ce pas une gloire pour le règne du roi Guillaume d'avoir eu un ministre tel que le comte de Bismark?

Comment se fait-il que la France, ce pays qui a donné la naissance à Sully, à Richelieu, à Mazariu, à Colbert, à Turgot, à Casimir Perier, n'ait pas eu, depuis vingt ans, un ministre qu'elle puisse opposer avec un légitime orgueil aux trois ministres dont s'enorgueillissent l'Angleterre, l'Italie et la Prusse?

A quelle cause cette défaillance nationale doit-elle être imputée?

Est-ce à la forme de nos inttitationB?

Eftfc^e à la pénarie de grands hommes?

Non, ce n'est pas à la pénurie de grands hommes : les grands hommes n'ont jamais manqué à la France; ils ne lui manqueront jamais, toutes les fois qu'elle saura exactement ce qu'elle eiige et attend d'eux.

Mais ce que la France devrait savoir, elle l'ignore. Les deux révolutions de 4830 et de 1848 attestent qu'elle ne sait pas ce qu'elle veut. Elle n'a pas d'idée commune ; elle n'a pas de but immuable. Elle va, revient, retourne dans tous les sens les plus opposés. Elle n'a pas de principes fixes. Elle flotte, incertaine, au gré de tous les événements; ils la mènent, elle ne les dirige pas. Elle n'a plus la foi et elle n'a pas encore la science.

Par cette ignorance et cette inconséquence, que nous déplorons, s'explique l'indigence que nous constatons.

La force ascensionnelle pour s'élever à la hauteur des grands ministres dont l'histoire a immortalisé les noms fait défaut à nos tuteurs, même aux plus habiles.

Pourquoi cette force ascensionnelle leur manque^t^elle? Serait-ce parce que ceux qui ont la supériorité d'esprit n'ont pas la fermeté de caractère, et que ceux qui ont la seconde de ces puissances n'ont pas la première? Serait-ce manque d'équilibre 7

Il ne suffit pas de savoir, il faut vouloir; il ne suffit pas de vouloir, il faut savoir. Ce qu'il faut surtout, c'est être inspiré et non pas intimidé par les grandes tâches. Ce sont les grandes tâches qui font les grands ministres.

L'Angleterre avait une grande tâche : c'était de donner le pain à bon marché à tous les ouvriers qui font sa richesse au dedans, sa puissance au dehors.

L'Italie avait une grande tâche : c'était de délivrer le sol italien de la domination autrichienne.

La Prusse avait une grande tâche : c'était de réaliser le vœu de l'Allemagne aspirant à Tunité, mais s'agitant dans le vide.

La France avait le choix entre deux grandes tâches : soit, au risque d'une guerre européenne et d'une nouvelle coalition, de déchirer les traités de 1815, de n'en rien laisser Éubsister, rien, rien; d'ouvrir résolument l'ère^ non de la oon-

quête, mais de la revendication de ses anciennes frontiëres; — soit d'ouvrir non moins résolument l'ère de la prescription, cette légitimité du temps ayant pour condition racceptation sans réserve des faits accomplis; pour principe, la reconnaissance sans exception de tous les États de fait et de tous les gouvernements de fait;. pour règle, le respect sans rancune de tous les traités existants ; pour but suprême, la paix virile, la paix féconde, la paix désormais inviolable.

Il va sans dire que la première de ces deux tâcbes, la revendication^ n'eût pas été celle que nous eussions conseillée ni louée; mais le continuateur de Charlemagne, vengeur de Napoléon le Grand, s'il eût été vainqueur, eût eu assez d'applaudissements pour ne pas compter ceux qui lui eussent manqué, et d'ailleurs il ne lui en eût manqué aucun si la victoire de la France eût été le désarmement de l'Europe, et la gloire de nos armes le retour de nos libertés. Cela eût pu être; et, cela étant, l'histoire eût certainement mis le règne sous lequel se fût accomplie cette tâche périlleuse au nombre des grands règnes.

La tâche que nous eussions voulu voir entreprendre et réussir, la tâche laborieuse à laquelle nous eussions été heureux de dévouer notre plume et de nous associer de toutes nos forces, c'eût été la seconde, celle qui se résume dans ce seul mot, lequel renferme tout un ordre nouveau : ia prescription, cette amnistie du passé, cet effacement des crimes delà guerre par les progrès de la paix, des excès de la barbarie p£u* les bienfaits de la civilisation, des douleurs de l'oppression par les douceurs de la liberté.

Cette tâche, sans périls, mais non sans efforts, n'était pas au-dessus de la vaste intelligence du ministre dont le nom, en i860, a été le plus étroitement attaché, en France, au triomphe de la liberté du commerce.

Pour que le nom de M. Rouher acquît une gloire aussi grande et aussi durable que celle qui a rendu impérissables les noms de Robert Peel, du comte* de Cavour et du comte de Bismark, et pour que cette gloire du ministre devînt la gloire du souverain, que fallait-il?

Il fallait que la liberté et la paixiussent la grande et l'unique tâche du règne de l'empereur Napoléon III.

Il fallait élever si haut l'indépendance de la France, que

les agitations et les querelles des autres États entre eux ne pussent jamais monter jusqu'à elle, troubler sa sérénité et la détourner de son œuvre.

Il fallait se dévouer à l'application de toutes les vérités économiques actuellement démontrées et à la recherche de toutes celles dont la démonstration reste à faire.

Il fallait donner à cet esprit nouveau une si vigoureuse impulsion, qu'elle vainquît toutes les résistances, décomposât tous les partis et fU vivre la France d'une vie nouvelle.

Tout ce qui est jeune et studieux se fût mis à l'œuvre, afin de rendre au ministre la tâche plus facile et moins longue.

On eût jmoins souvent parlé du Sleswig, du Holstein et du Lauenbourg, de la Prusse et du Mexique ; on se fût moins occupé de ce que diront au Corps législatif MM. Tbiers, Jules Favre et' Emile OUivier ; mais que de taxes nuisibles à la consommation, conséquemment à la production^ eussent déjà disparu ! Que d'utiles et de fécondes réformes porteraient maintenant des fruits abondants I Que d'importantes questions, laissées insoucieusement à l'écart, auraient fait place à des solutions graduelles, chacune étant un échelon de l'échelle sociale, au sommet de laquelle on aperçoit, mais trop haut encore pour y atteindre, l'instruction, la moralisation et le bien-être de tous !

Égaler M. Gladstone et le dépasser n'eût pas été une difficulté, le suffrage universel offrant en France au levier économique un point d'appui infiniment plus résistant qu'en Angleterre le cens électoral.

Ce qui a détourné M. Rouher de cette tâche que 1860 avait fait briller à ses yeux et qui assurément n'était pas au-dessus de ses forces, c'est cette politique à deux lins qui a été l'ennemie mortelle de la Monarchie de 1830 et de la République de 1848, et qui est l'erreur conmiune de toute la presse française»

Pour abandonner sans retour cette politique sans ciiterîutn, que faut-il donc de plus que les embarras de toute nature qu'elle nous a suscités, que toutes les susceptibilités qu'elle a éveillées et blessées?

Qu'est-ce qu'on attend?

Qu'est-ce qui peut survenir?

Avec la vaste mtelligence doat nous avcms dit que M* Rou* her était doué, il n'aura tenu qu'à lui» il n^ tiendrait encore qu'à lui d'être le quatrième grand ministre qui se 8era illustré en Europe depuis vinç^ ans.

Ce qui lui aura manqué, ce ne sera pas la grandeur de U tâche.

« Nous le savons, les vérités que nous disons blessent. On veut dormir au bord de Tabime. Après tant de révolutions^ on regarde comme dos ennemis ceux qui avertissent des nouvMux dangers. La voix qui nous réveille est importune; et il est reconnu que des hommes passionnés ou trompés dans leurs ambitions trouvent que tout va mal. »

CHATEAUBRIAND

2 novembre 1866*

VÉtendardj se qualifiant : a l'indépendance loyale » , qua^ lifie la Liberté : « ls i>6»iGR£iisifT ststématique )> ,

Ëst-il vrai que la Liberté métiie cette qualification?

La Liberté n'est pas le journal d'un parti ; elle n*est pas même le journal d'une opinion : car la liberté, dont elle porte le nom glorieux et dont elle défend la sainte cause, est une loi, la loi de notre temps, la loi des lois, loi plus forte que toutes les résistances, loi plus élevée que toutes les barrières.

La Liberté est l'oîUTre d'hommes qui professent et qui pratiquent l'indifférence en matière de gouyernements. De préférence, ils sont partout pour le gouvernement qui est,

sous la seule réserve qu'il légitime son origine par ses œuvres et qu'il fasse ce qui est nécessaire pour durer.

Dans la pensée de ces hommes, liberté et stabiuté sont deux termes inséparables. Instruits par l'expérience autant que par l'étude, ils ont appris qu'aussitôt que la couche de l'ignorance populaire était réduite à une certaine épaisseur, la stabilité n'était plus possible sans la liberté.

La tâche ingrate autant que périlleuse qu'ils se sont donnée, c'est, au lieu de la faire monter, de faire descendre la révolution. La révolution par en haut, la révolution qui descend, c'est le fleuve qui coule, c'est la navigation, c'est le bienfait; la révolution par en bas, la révolution qui monte, c'est le torrent qui s'amasse, c'est l'inondation, c'est le désastre.

Les partisans de la révolution par en bas ont derrière eux, à côté d'eux, avec eux, tous les partis mécontents, toutes les opinions militantes, toutes les rancunes implacables, toutes les passions tumultueuses, toutes les convoitises insatiables, toutes les ignorances présomptueuses : aussi peuvent-ils compter sur la masse des sympathies et des acclamations.

Au contraire, les partisans de la révolution par en haut n'ont derrière eux, à côté d'eux, avec eux, absolument personne ; contre eux ils ont à la fois le pouvoir, qui les accuse de le dénigrer, de le miner, et les oppositions, qui leur reprochent de l'éclairer, de le consolider. Ainsi le péril est le même pour eux, soit que le pouvoir l'emporte sur les oppositions ou que les oppositions l'emportent sur le pouvoir, soit que le pouvoir s'affermisse ou soit qu'il s'écroule.

Ce péril explique comment, entre nos mains, la Liberté est le seul journal qui se tienne à égale distance de l'hostilité et de la servilité, de l'optimisme et du pessimisme, ne marchant dans son indépendance à la suite ni du pouvoir ni de l'opposition, les ayant parfois tous les deux irrités contre lui. Assurément, c'est là une duperie : mais il ne dépend pas du publiciste qui ne cherche que le vrai de se refaire à l'image du journaliste qui ne consulte que son intérêt ou ses passions; non, il ne dépend point de lui de n'être pas ce qu'il est et de ne pas penser ce qu'il pense.

Ce qui devrait nous donner l'avantage sur d'autres journaux est précisément ce qui nous l'ôte. Nous avons un critérium, nous savons exactement ce que nous voulons; nous

n'avons qu'une balance : la même pour l'opposition que pour le pouvoir, la même pour nos ennemis que pour nos amis ; nous savons que c'est se consumer en efforts inutiles que de vouloir améliorer directement l'homme par l'homme ; que ce qu'il faut, c'est améliorer indirectement les hommes par les choses. Donc l'œuvre d'un gouvernement, se proposant de rendre moins imparfait le milieu social dans lequel un peuple se meut, doit être de s'occuper des choses infiniment plus que des hommes.

Le moyen de rendre le pouvoir plus fort, ce n'est pas d'imposer silence à la critique ; non : c'est de le rendre plus simple, c'est d'en perfectionner sans relâche et sans fin le mécanisme, afin d'en diminuer les frottements et tous les risques de fracture ou d'explosion.

Le moyen de rendre la liberté plus calme, ce n'est pas — véritable communisme légal — de faire porter la peine de ceux qui en abusent à ceux qui n'en abusent pas ; non : c'est de chercher et de trouver dans la liberté même la pondération qui est en elle; pondération qui cesse d'exister dès que la liberté ne se compose pas du faisceau de toutes les libertés, sans qu'une seule y manque.

Le moyen de rendre le suffrage universel aussi inaccessible à l'action abusive des partis qu'à la pression compromettante du gouvernement, ce n'est pas de constituer l'antagonisme des candidatures ; non : c'est de se demander s'il n'y aurait pas un moyen de placer si haut l'urne électorale que toutes les influences condamnables, exercées en sens opposé, ne pussent pas monter jusqu'à elle et fausser le scrutin.

Le moyen de rendre le risque de guerre plus rare et plus faible, ce n'est pas de grossir le chiffre des armées permanentes ; non : c'est d'étudier le risque dans la profondeur de ses causes et de se rendre exactement compte de ce qu'il pèse réellement, de ce qui concourt à le perpétuer, de ce qui pourrait le diminuer et enfin l'anéantir.

La possession d'un critérium n'a pas pour conséquence nécessaire le dénigrement, mais il a pour conséquence inévitable la comparaison.

Impossible de savoir sans étudier ; impossible d'apprendre sans comparer.

Jamais il ne nous vient à la pensée de chercher comment

oQusi poumons renverser le gouvernement et par quel pré» tondant noua ppumoua le remplacer ; maia, en toute circonatanae où le pouvoir a un çarti à prendre, une oeuvre à itQGomplir, il nous est imposaible, nou3 TavonouB, de ne pas nous poser cette question : Est-ce là ee que uous ferions? Ëst-oe là ee qu'il y a de mieu^ à faire?

Il va sans dire qu'il convient de tenir jpompte de la diffcijreuce des poiuts de vue, v

Celui qui exécute n'a jamais une liberté égale à celle de

celui qui oonçpit ou qui conseille sans être contraint d'e¥écuter.

Ayant à combattre et à vaincre des résiatancesi des babitudep, des erreurs, des abus, des intérêts, des inerties, eufin

des difficultés de toute nature, matérielles et personnelles,

toujours le pouvoir est, dans une certaine mesure, Timpuisaancef Pour qu'il produise un résultat égal à 10, le plus souvent il lui faut un effort égal à iOO, Aussi a-t-pn bien tort de craindre qu'un réformateur appelé à réaliser sa réforme fasse trop ; ce qui est plus probable, c'est qu'il ne fera pas as^e?, si ferme et si consciencieux que soit son caractère. Lorsqu'une réforme est judicieuse et suffisamment étudiéCi les moindres ûbutacles qu'elle rencontre sont ceux qui dérivent de la nature des «Uoses ; les plus grands sont ceu;^ qu'un Allemand app§l' lerait objectifs, par opposition à màf^cttfi^

Tout louer ou tout tlâmer est facile ; ce qui ne Test pas, p'ôst de ne louer que ce qui e@t bien et de ne blâmer que ce qui est mal.

Nous qui somme» accusé de nous laisser emporter par l'esprit de dénigrements avons-nous jamais, sous aucun gouvernement, blâmé un acte qui fût louable? Avons-^nous jamais loué un aote qui fût blâmable? Si l'on en peut citer un seul, qu'on le cite et qu'on nous condamne à ITiumiUation de l'avouer et de nous rétracter 1

Cela est vrai, nous avons OU moins souvent à louer qu*à blânaer ; nmis est-ce donc notre faute?

Toutes les fois que nous avons eu un écueil à signaler, avons^

nous jamais manqué à nos devoirs de pilote? Peut-Onnous

accuser de n'avoir pas eu de vigilance? Peut-on nous reprocher d'avoir été avare de nos veilles et de nos peines? Peut-ûU

prétendre que pour avertir nous ayons atten(Iu qu'il fût trop

LE DËNIGREMBI^T SYSTÉMATIQUE 451

toni? La vérité, m Tavonmoq» pas dite avec la même sincérité, la même loyauté, Ia même fermeté, aux trois gouvernements guQ nous avons tus ge succéder ; la Royauté, la Hëpublique et T^UupirQ? En 1847, I9. Royauté nous traduisait devant 1|L OQui* des pairs apug la pjréveuUou de déuigrement ; cette rigueur imméritée a-t-elle retardé la chute de la Royauté» à laquelle nous Criions qu'elle allaita Tabîme? £a ^848, la RépubliquQ aQua apfarmait h la Conciergerie $oua la prévention aussi d^ dénigrement; cette rigueur, non moins imméritée , a-t-elle empêçbé la RépnliUQve da glisser et de périr mî^ârabl^m^nt dans Tornièra où nous eussions voulu que les rép^blioains w tombassent pas?

Si l'orgnoii était jamais pannifli h qui le serait^il plus qu'à AOtti» dont toutos las prévisions, fruit du travail le plus opi-^ niAtrei ont toujours été vériAéas?

No ramoutons pas plus haut qu'à l'époque à laquelle la liberté a passé das mains da son fondateur dans les nOtr^ ; no romontons pas pins baut qu'au i'' mars 1866,

La 31 inar9 18@0, le CtmtiMifiimil puUio cotto déclaratiou,

signée Paulin Limayrac :

« DIEU seul peut ssvoir si is crise aotuaUa que tff^verss VAllems^n^i sars trsYu^éQ psr la iiuaira ou trouvera sa solution à?m dos moyens paoiGquQs, s

Que faisona-nou^ ?

Immédiatement, nous protestons contre cette déclaration

trop commode; no wf ^outeuons qu'il n'y a pas de sacrilège {dus grand (^ua celui qui, blessant la raison autant que la foi, fait intervenir sans cesse, à tout bout de champ, à tout bout d'article , à tout bout de discours i à tort et i travers , la <i Providence divine » dans les choses humaines \ nous ajou^ tons qu'il est impossible logiquement d'admettre l'ingérence d'un Dieu touV-puisisant dans las affaires des peuples sans détruire le libre arbitre, sans nier la prévoyance humaine et aaus proelamer l'ordre parfait,,. Cette déclaration imprimée et publiée, comptant plus sur la prévoyance que sur la Providence, nous nous mettons, le jour même, sans perdre une bewro, à la recherche du parti le meilleur que devra prendre la yrauco, si en effet la guerre éclate entre l'Autriche et la

Prusse, celle-ci s'étant indissolublement attachée lltalie par un traité d'alliance offensive et défensive dont la Liberté à éié la première à faire connaître l'existence et à Tafifirmer, Le premier conseil que nous donnons est celui-ci : La France veut-elle empêcher la guerre d'éclater? Elle le peut.

— Conmient?

— Par une simple signification à l'Autriche et à la Prusse, que la première de ces deux puissances qui déclarera la guerre à l'autre aura la France contre elle.

Si l'Autriche et la Prusse eussent reçu cette ferme significalion, la Prusse se fût-elle hasardée à attaquer l'Autriche? On sait aujourd'hui, à n'en pouvoir plus douter, que la Prusse ne se fût pas exposée à jouer témérairement son existence contre l'Autriche et la France formant comme un étau. Nous avions donc pleinement raison contre M. le vicomte de la Guéronnière et ses collaborateurs, nous raillant dans leur journal, où ils prétendaient que ce serait changer une guerre incertaine en une guerre certaine, et se jeter à Teau de peur d'être mouillé.

Ce premier conseil n'étant pas suivi, voici le second que nous donnons, en l'intitulant un contre trois :

Une guerre entre l'Autriche et la Prusse offrant à la France une occasion propice de reculer sa frontière jusqu'au Rhin, que doit faire la France?

Elle a le choix entre ces deux langages et ces deux conduites :

Ou de dire à l'Autriche : Rendez tout de suite la Vénétie à l'Italie, et, si la Prusse continue à vous provoquer, marchez droit sur Berlin, sans aucune crainte; car si vous êtes battue, nous volerons à votre secours. Conditions : Vous aurez le droit de reprendre la Silésie qui vous a été enlevée par la Prusse ; nous aurons le droit de reprendre, nous, les provinces rhénanes, que les traités de 1814 nous avaient laissées, mais dont les traités de 1815 nous ont dépouillés;

Ou, si l'Autriche refuse de rendre la Vénétie à Tltalie, de constater publiquement ce refus de l'Autriche, et de dire, la tête haute devant l'Europe, à la Prusse : Vous voulez rectifier vos frontières ; aucune objection de notre part, à la condition que de la vôtre il n'y en aura aucune à la rectification des

nôtres: prenant, donnant; mais si vous voulez prendre sans donner, vous nous trouverez avec TAutriche contre vous. Telles senties conditions de la France.

Les refuser eût été impossible à la Prusse, à moins qu'elle ne renonçât à s'agrandir, à s'allonger, à s'arrondir et à devenir l'empire d'Allemagne. Alors la guerre avortait en germe; l'occasion apparue subsistait; elle n'était pas manguée, elle n'était qu'ajournée.

Nous le demandons hautement, ces conseils, qui n'ont pas été écoutés, étaient-ils dictés par un sentiment hostile? Si on les|eût écoutés, n'eût-on pas sagement fait? Et quand il se mêlerait quelques gouttes d'amertume au regret que nous devons éprouver qu'ils soient restés infructueux, serions-nous donc inexcusable et mériterions-nous la qualification infligée à la Liberté par V Étendard ?

Les Prussiens gagnent la victoire de la Sadowa; les Autrichiens sont battus : c'est plus qu'une défaite, c'est une déroute. Éperdu, et ne sachant plus quel sort l'attend, l'empereur d'Autriche écrit le 5 juillet 1866 à l'empereur des Français la dépêche par laquelle il lui abandonne la Yénétie.

La Liberté voit le coup et le dénonce. Ce soir-là, selon nous, que devait faire la France?

Elle devait se borner à répondre par le télégraphe ces deux

mots : TROP TARD I

En marche sur Vienne, les Prussiens eussent assiégé, pris et occupé Vienne.

Les Prussiens à Vienne, c'étaient, sans avoir brûlé une cartouche, les Français à Cologne, y dictant à l'Autriche et à la Prusse les conditions de la paix.

L'illumination de Paris dans la soirée du 5 juillet 1866 a-t-elle été ce qu'il y avait de mieux à faire? Nous le demandons à nos lecteurs.

Cette illumination ayant eu lieu, et la France s'étant interposée pour arrêter la guerre dans son cours qui, naturellement et sans risque, lui apportait les frontières du Rhin, que prescrivait la logique?

Elle prescrivait, avant que l'envie et les susceptibilités françaises eussent eu le temps de s'éveiller, elle prescrivait de conclure en toute hâte un traité de triple alliance entre la France, l'Italie et la Prusse; traité qui eût donné au réta-

484 liHéê

blissemént et au maîfitîéû de là psit ôttl*6péeflae des gage» d*une solidité incontestable, traité qui eût permis aux tfoift États de réduire considérablement là dépense de leuM armées.

Au lieu de conclure ôê traité, qui était la eousëquènôè des faits accomplis, c*est le Contraire que nous faisons... Nôua changeons en toute hâte nos fusils Contre les fusllS ChasSêpôt, et nous annonçons que nous allons réorganiser notre ârnlêe, afin de mettre « nos forces nationales en situation d'assurer

la défense du territoire » !

Qui nous menace?

Qui mfenaçons-nôus?

Est-ôe que prévoir et interroger, c'est dénigrer?

4 ftOTtiAbN i86dfl

Ancien rédacteur du Pamphlet et du P&umif^ ayant quitté le Ctmstitutumneî pour prendre la rédaction en chef de Tfi'r^-

dard, M. Auguste Vitu appartient depuis dix-ftult ans fttt

moins à la presse militante. SI, depuis comme avant lM8,

nous avons jamais blâmé un acte gouvernemental qui fût

louable, il ne doit pas lui être difficile de retrouver lA trace

de ce blâme injuste et de nous l'opposer. Qu'il prenne la

peine de la chercher ! Au besoin, qu'il consulte ses amis du CoriMiiHùnnet et du Pttyj/ Qn'il invoque leur aide et mette à contribution leur mémoire I Lut fkut-il pôur cette recherche

uhe semaine, uh mois, un an? Nous les lui ttoeordobs pleinement et volontiers.

Ne remontons pas plus haut qu'à l'époque à laqutUe UCUS âvôtts connu M. Auguste Vitu.

Le H at)M id48, lorsque nous convoquions et rtuntesitins dans les salons Lemardelay tous les journalistes pour profu^ter

contre la suppression de la Gazette de fVûmcé^ avîôns*ttoU«

tort, et tè signature de M. Aûgtistë Vittt au bas de notre protestation ne nous a^t^Ue pas donné raison t

En 1818, cela est vraî, nous avons été très^pposéà la «an* didaluye du général Gavaîgîiao, alors ch^f du pouvotf wtêcu-

LE DÉNIGREMENT SVSTÉBIATIQUE iÔS

tîf ; mais M, Auguste Vitu trouvôra-t-ïl que notis avôflâ eu iort, et l'élection du 10 décembre 1848 ne nous â-t-elle pas donné raison?

En 1849, cela est vrai, cinq mois après l'élection du 10 décembre 1848, nous avons été très-oppôsè à l'êxpédîliôtt et au bombardement de Rome ; maU avions-hoûs tort, et lu. Convention du 15 septembre 1864, qui va s'exécuter le H dé* cembre 1866) ne nous a-t-elle pas donné raiâôil?

En 1850, cela est vrai, nous avons été tirès-oppoâé à la présentation de la loi du 31 mai, laquelle loi allait sûppriîûêl^ quatre millions d'électeurs sur dix millionâ ; mais, qiloIqUe la Presse ait été poursuivie à ce éujèt, a^ionô-noûs tort, et lô premier acte du â décembre 1851 h'a-i4l {)bft été de hous donner raison?

En 1861, cela est vrai, lioûà âvOûS été tfès-Oppôâé à Texpédition du Mexique et à la rupture de là cônVehtio'n de là Sdledad ; mais avions-nous iort, et le i^etôur de nos troupes après une occupation de trois années, qiiî aura coûté sî chef à la France en botnmes et en argent, ne houâ donhe^t^il pëtâ raison?

En 1862, cela est vrai, nous âVoflâ êtê tfès-ôppôâé à Pintferventiôn diplomatique de la Fraiicè dûiiS i*ihsurt*eôtiôn de la Pologne contre la Russie; mas ôettê intervention déplôi^ablë n'ayant abouti qu'à rendre l'extermination des malheureux Polonais plus impitoyable et la ruine de la pauvre ^olo^e plus complète, avîons-noUs tort, et Pimpuîssance finale deô innombrables dépêches de M. Drouyn de Lhays ne nous a-t-elle pas donné raiSoîi?

En 1866, cela est vrai, nous avons été irês-ôpposê à l'absence de toute politique arrêtée qui nous paratt avoir caractérisé la conduite de la France, lorsque la guerre, ayaùt éclaté entre l'Autriche et la Prusscj nous offrait Toccasion de jouer une si belle carte et de gagner â coup sûr une si grosse partie; mais avions-hous tort, et l^iniiâense agrandissement de la Prusse, malgré la lettre impériale du 11 julil) adressée par l'empereur des Français à M. Drouyn de Lnuys, ministre des affaires étrangères, lettre lue au Corps législatif par M. Rouhef, ministre d'Etat, ne nous a-t-il pas ddnné raison?

Fallait-il donc que notre plume louât ce (pie blâmait notre conscience?

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