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Admettons que notre plume ait subitement acquis une flexibilité qui lui manqua toujours ; admettons que notre plurae ait trahi notre conscience ; admettons que notre plume ait loué l'expédition de Rome, la loi du 31 mai, l'occupation duMexique, les dépêches de M. Drouyn de Lhuys en faveur de la Pologne, la lettre du 11 juin signée Napoléon III, et la circulaire du 16 septembre signée la Valette : nos louanges les plus outrées, aussi outrées que celles de M. Auguste Vitu, eussent-elles eu le pouvoir de changer la nature des choses, l'évidence en obscurité et la vérité en erreur?
S'il est un axiome politique dont la vérité soit attestée par l'histoire, c'est assurément celui-ci :
« On ne s'appuie que sur ce qui résiste, »
En tout temps et en tout pays, les gouvernements se sont efforcés de le faire mentir. Jamais il n'a menti. Toujours leur chute a été sa preuve.
Lorsque nous résistions', dans la Presse , en 1847 à la Royauté, et en 1848 à la République, ne servions-nous pas la Royauté mieux que le Journal des Débats^ et la République mieux que le National?
Avons-nous jamais blâmé ce qui était louable?
Qui plus vivement, plus hautement, plus sincèrement que nous a applaudi à la délivrance d'Abd-el-Kader, retenu prisonnier en France au mépris de la parole donnée?
Qui plus vivement, plus hautement, plus sincèrement que nous a applaudi à l'amnistie sans phrases et sans réserves du 8 septembre 1859?
Qui plus vivement, plus hautement, plus sincèrement que nous a applaudi en toutes circonstances à la liberté du commerce, à la liberté de la boucherie, à la liberté de la boulangerie, à la liberté de la grève, libertés successivement appliquées sans qu'aucune des sinistres prévisions qu'elles avaient fait naître se soit vérifiée?
Qui plus vivement, plus hautement, plus sincèrement que nous a applaudi à l'assainissement et à Tembellissement de Paris, à l'élargissement de ses rues, à la multiplication de ses boulevards? Qui plus vivement, plus hautement et plus sincèrement que nous a rendu à M. Haussmann la justice qui lui était due et qui lui était refusée? La crainte de partager son impopularité et les clameurs nous ont-elles arrêté?
Qui plus vivement, plus hautement, plus sincèrement que nous a applaudi à Tappel adressé paf Tempereur des Français à tous les souverains de FEurope le 3 novembre 1863?
Comment M. Auguste Vitu, Tancien rédacteur du journal le Pouvoir^ persiste-t-il à nous accuser d'esprit de dénigrement?
A-t-il donc oublié les attaques et les injures de ce journal contre la Constitution de 1848 et TAssemblée souveraine issue du suffrage universel, attaques et injures qui firent traduire ce journal et ses rédacteurs à la barre de l'Assemblée législative, où ils eurent pour défenseur M. Chaix d'Ëst-Ange?
Lorsque nous combattions cette citation et que nous la qualifiions de révolutionnaire, d'attentatoire au principe de la séparation des pouvoirs ; lorsque nous mettions le respect de la liberté des écrivains plus haut que le respect de la dignité des représentants du peuple, sur le banc desquels nous siégions, avions-nous tort?
Avions-nous tort, en 1851, lorsqu'il s'agissait de M. Granier de Cassagnac, de tenir invariablement la même conduite et le même langage que nous avions tenus, en 1834, lorsqu'il s'agissait de M. Raspail, traduit à la barre de la Chambre des députés, où l'arrondissement de Bourganeuf, à l'unanimité, venait de nous envoyer?
28 décembre 1866.
Le rédacteur en chef de VEtendard, M. Auguste Vitu, confond l'indépendance avec l'opposition; de sa part, cette confusion ne surprendra aucun de ceux qui le connaissent.
Cependant rien ne ressemble moins à l'opposition que l'indépendance, car rien ne ressemble plus à la servilité qui exalte tout que l'hostilité qui dénigre tout.
Dénigrer tout ce qui vient du pouvoir, c'est exalter tout ce qui vient de l'opposition, et réciproquement.
Hostilité et servilité systématiques sont leô deux côtés de la même pièce de monnaie fausse.
Ni servilité etïverâ l'opposition , ni ftôfvilité èûte» le pouvoir; ni hostilité envers le pouvoir, ni hostilité envers Tôpposîtion : wtiufRALiTÉj telle est notre ligne. Placé audessus de tous les partis, nous n'avons jamais eu qu'un but : la recherche de la vérité par l'impartialité. Lorsque le pouvoir nous paraît avoir raison contre l'opposition, nous nous rangeons avec lui contre elle; lorsque Topposition nous paredt avoir raison contre le pouvoir, nous nous rangeons avec elle Contre lai; lorsqu'ils nous paraissent avoir tort Tua et l'aukO) ce qui leur est arrivé plus d'une fois, nous nous Séparons de tous les deux, au risque de rester seul avec notre opinion, jusqu'à oe que les évôndments lai aient donné raison»
Dans un artîôle intitulé : m ^lanc au îïOî&, et signé Auguste Yitu, VBtimkrd essaye de mettre la Liberté en eontradictioû avec elle-même.
Il lui dit :
« En reproduisant, d'âpres la Ùazettê de Vtànaê, la st&tlsttqué de M. Ràudot^ qui montrait la population de la France ayant cessé dé croh tre, tandis que la population de rAllemâgne n'avait pas cessé d'augmenter avec une rapidité relative considérable et menaçante, vous avei c( inquiété le sentiment national. » Et après l'avoir inquiété par oes chiffres, surexcité par la comparaison, vous demandez que la France désarme crânement ! C'est là une inconséquence. »
N'en déplaise au journal qui loue de confiance les circulaires du ministre de l'intérieur, mais qui ne les lit pas, car s'il les lisait il ne qualifierait pas de « fantasmagorie » l'accord de la Russie et des États-Unis (!); n'en déplaise à ce journal, il n'y a aucune inconséquence entre le llôencîefflent de l'armée en France comme en Amérique, ce que nous
(1} CIRCULAIRE DU 16 SlPTEMBlUb 18S6
<( Tandis que teft ànoiennei popuIatiôtiA du oôhtinêAt, daus ièUfSfftppôrts restreints, ne s'aôoroissent qu'aVM ttûe dSftaiad leûtèUP, /S» JNutmV et là république des Ei&ts-UHis psuifenif iiuunt un sièck^ ciMnpt^ ohoûuHm Oint MILLIONS d'habitants. »
Signé : la Valette.
LE DËNIGREMBRT SYSTÉMATIQUE U»
demandons, et l'aooroiBBeinent de la population en France comme en Allemagne, ce que nous souhaitons.
Pourquoi la population en France a-t^Ue cessé de s'aocroî*tre? Gela tient-il, oui ou non, à Faugmentation des contingents annuels, qui, de 40,000 hommes, ont passé, en temps de paix, à 60,000, de 60,000 à 80,000 et de 80,000 à 100,000 7 Cela tient-il à la permanence de notre occupation en Algérie depuis trente-six ans? Gela tient-il à nos expéditions lointaines et à nos interventions armées? Si cela ne tient pas à ces causes, à quelles autres causes cela tient-il? Qu'on les cherche, qu'on les trouve, qu'on les détruise I
Est-ce qu'on ne peut pas être à la fois, sans inconséquence et sans contradiction, contre les agrandissements de territoire par les armes et contre les diminutions de populations par les contingents, si ce sont les contingents annuels et le recrutement militaire obligatoire qui sont les causes de ce funeste affaiblissement?
Ges causes d'affaiblissement, quelles qu'elles soient, il faut les faire disparsutre à tout prix.
Voilà ce que nous avons dit et voilà ce que nous répétons.
Notre ferme conviction est qu'il n'y a qu'un moyen de rendre à notre population sa progression naturelle et nécessaire, moyen héroïque : c'est de substituer l'enrôlement volontaire comme en Angleterre au recrutement obligatoire comme en France.
L'enrôlement volontaire, dans les conditions de solde et de pension de retraite telles que nous les comprenons, produira un effectif plus ou moins considérable ; cela, nous l'avouons, est une considération qui nous importe assez peu, car tous les projets de réorganisation de l'armée qu'on pourra présenter, débattre, ne feront pas que la France, relativement à la Prusse et à la Russie unies, ne soit dans une position infiniment plus défavorable encore que ne l'était l'Autriche en mai 1866 relativement à la Prusse et à l'Italie alliées.
Gontre une population de 113 millions de Prussiens et de Russes, que pourrait faire une population de 37 millions de Français?
Gontre les 37 millions de Français, que pourraient faire les 5 millions de Belges?
Notre conclusion, dans laquelle nous persistons plus que
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jamais, est que la France n'a plus qu'un seul parti à prendre : c'est de renoncer systématiquement à la guerre et de devenir exclusivement la grande nation de la paix.
Mais, nous le savons, nous ne serons pas plus écouté en 1867 par la France qu'en 1866 nous ne l'avons été par l'Autriche.