‹ Le succès; questions de l'année 1866Chapitre 173 sur 205 · U POLITIQUE DE NON -SENS · texte numérisé non relu

U POLITIQUE DE NON -SENS

!«' novembre 1866.

Cette politique est celle du Sièclej qui combat la nôtre en ces termes :

« Quand le Russe aura cessé de menacer l'Occident et d'égorger la Pologne, quand le Hongrois aura recouvré son indépendance, il sera temps de ne plus rien craindre pour nous, qui pouvons à chaque instant être entrainés à une action nationale. Nous aussi, nous appelons de tous nos vœux la fédération européenne et la paix perpétuelle, mais c'est à la condition que leurs ennemis auront été refoulés et qu'ils auront restitué lé fruit de leur déprédations.

» Même alors, nous répudierons ce triste axiome : « que la France » doit demeurer étrangère aux questions qtd lui sont étrangères. »

» Pour être logique, il faudrait appliquer ce principe aux individus eux-mêmes, et que chacun restât étranger à ce qui ne l'attemt pas personnellement. Si vous en êtes là, que vous importent les tisseurs et les inondés? car vous n'êtes ni des uns ni des autres.

» Si un pareil principe triomphait, ce ne serait rien moins que la dissolution des sociétés humaines. »

Si c'est pour empêcher la Russie d'égorger la Pologne qu'il faut que la France entretienne une armée de sept cent mille hommes^ laquelle lui coûte plus d^uû million par jour, pour-

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quoi la France n'a-t-elle pas couru en 1862 au secours des Polonais insurgés, et quelle occasion plus propice attend-elle?

En quoi l'indépendance de la Hongrie importe-t-elle à la sécurité de la France? L'indépendance de la Hongrie, sa séparation, son autonomie, ce serait FAutriche pesant encore moins dans les balances de TEurope, cohséquemment la Prusse y pesant encore plus? Messieurs du Siècle^ est-ce là ce que vous voulez? Qu'est-ce que la France aurait à gagnera un nouvel aflfaiblissement de rAutriche et à un nouvel agrandissement indirect de la Prusse ?

A quelle action nationale pouvons-nous à chaque instant être entraînés? Si vous le savez, dites-le I Assez de lieux communs, assez de vieux clichés qui coûtent à la France le plus pur de son sang et le plus net de son argent !

Vous répudiez cet axiome : « La France doit demeurer ÉTRANGÈRE aux questious qui lui sont étrangères. » Triste axiome! dites-vous. Qu'a donc produit l'axiome opposé dont vous puissiez être si fiers? En 1823, il a produit la guerre d'Ëspi^gliQ, Je rétablissement de Ferdinand VH sur son trône pa,r la viotoire du Ti^oçaâéro, due aux arroe^ frauçwes; en 1827, il a créé le royaume de Grèce, pauyire petit royaume vivant d'emprunt et ne pouvant ni mourir ni vivre; çp i830, il 4 att^çbé à ngg flancs l' Algérie, léguée à la moparçhiç de ^330 par Ja jpiQiiaçcbie de iSiS, véritable présent de Nashua; ea 1831, il i^ fondé le royaume de Belgique, lequel §at x^m barrière at n'a^t paa ua boulayarcl, bawè^?a qui nous ampêûha d'a^i^ioer, boulevard Qui ne nous pjrotége ni dans le eas d'une guerre territoriale contre l-AUemagne, ni dans le cas d'une guerre maritime centre l'Angleterre; en 4840, il a pris la défensa de l'Egypte contre la Turquie; en 1849, il a assiégé et bombardé Rome, que nous occupons depuis dix-sept afts, et que POU^ allons évacuer, en partant comme nous

^qmciaa vanus; en 1854, il a pris la défeuae de la Turquie

contre la Russie, opération iuveraa à celle de 1840, ooaçue

pa? M. Tbieraj an i839, par la^ aoup» redoublés qu'il a portés

à rAutriche en Italie, il a préparé le triomphe de la Pruase et son agrandissement, car c'est la victoire de Magenta qui a ^ftdu passIblQ la Tiotaipa de la Sadowa, Si la France fût i^stéa 4tmn^ à toutea cas queationa qui lui étaient étrm- 0#if , et al ettô sa M oeateatôâ d'asigajr du âay û'Ais&t w^

LA POLlTlQpfi Pi NON-SENS 403

fort© contributiop d© gweppe, }a Ftopçûi obépéQ de pipq mii-

liqj'ds de moins, dq lierait-elle p^p yiebe de yipgt roillie^rds de plu9, qui lai euesent permis de fioiii §q§ ahqsaing de X^wo^ ^es chemins d'eau, ses chemimi de fer, iies pgrts J ^PflPi dP porter partout, dans les plus petites pomme dwfl lô» plu» grftqdes

communes, ria^truçtion et l« eivUiifttigp? (îela p'eût-ii pas mieujt velu?

Mai9 , dite«^yquB , il faudrait eppliquer em iudividup le

principe de la non-immixtion ; il faudP^t QUe eb^ouu re^tft^l

étrwger à qe qui ne l'atteint pasi peppeuneilemeôt 5 il ^e ^udfeit ei'pçoupeF m dea tia^eum ui des iuoudép.

Sans aucun doute, ûue Tessuranoe Qontre le riique de ebô» mage et poutre le risque d'iuoudetiop eeit eonatituée telle qu'elle pourreit Tetre, telle qu'elle devrait rêt^e depuis longtemp», et il ft'y eur» dépormaie eucuu metif de s'oeeuper ni dee tisseurii ni dep iuondés, puisque, eu lieu de reeevoir uue aumône, ils reeevropt un§ ipdewmté propertieonelle ftu do»' mage éprouvé,

Ne dite^ pagi que ee sereit YégQîMme ; ee pereit le prévoyenee I Ne ditee pes que pe perait le 4mùiuti^ den foinétéi Aumêin^i ce serait lep soeiétés l^umeiue^ reeouatituéee pu? leur véritable base : -rrr l'ftssupeupe éteudue 4 tPue lei risquée luioeptibles d'être prévue et spéçifléi.

7 novembre 1866é

t^e Sièçk tient bop ; il ue veut pas enteudre parler de h ré-* duPtiott de Tarmée, h plue ferte raison de m pupprespiou, s'o^ pérant en France comme en Amérique* Le reiPQQ qu'il dopae est çelle-iÇi ;

« £p déipnnfuit, QOUP m ^UPPlImerim m l^s ebit^çle^} iQiu d^ 1^1 npu? teP aggraverions, %

Si jameiSi eu EJui'ûpe, aucune grande puipsenpe pe prend

riuitietive et ue dopue l'eitemple du désermemeut, qui doB§ preud?e eette iuiUettve et dopuefe eet e*§piple?

S'il y a une grande puissance européenne qui puisse prendre cet initiative et donner cet exemple, n'est-ce pas la France?

En quoi le désarmement de l'armée française, loin de supprimer les obstacles^ les aggraverait-il?

Ces obstacles, oîi sont-ils? quels sont-ils?

S'ils existent et si le Siéckles connaît, qu'il les montre, qu'il nous les fasse toucher du doigt; mais s'ils n'existent pas et s'il ne peut les montrer, que le Siècle garde le silence et envoie à la fonte ses vieux clichés?

Pour conseiller à la France de désarmer, le Siècle déclare qu'il attend « une sittmtwn favorable » . Quelle situation plus favorable que la situation actuelle attend-il donc ?

L'Angleterre se proclamant, par la voix de son premier ministre, lord Derby, « le grand empire maritime, la grande puissance asiatique » , l'Angleterre a solennellement donné sa démission de puissance européenne ; les affaires de l'Europe, ses petites querelles de ménage, ses divisions mesquines et ses rivalités intestines ne lui paraissent plus mériter qu'elle continue de leur faire l'honneur de s'en occuper. La patrie de Richard Gobden et de Robert Peel a bien raison, mais aussi son antagonisme ombrageux n'est-il pas à redouter.

La Russie , sans compter toutes les difficultés d'administration intérieure d'un empire aussi vaste, sur lequel est clairsemée une population de 76 millions d'habitants, dont 20 millions de serfs récemment affranchis; la Russie a assez à faire de surveiller et de contenir en Asie sa rivale asiatique la Grande-Bretagne, sans songer à menacer la France.

La Prusse a toute l'Allemagne à unifier ; dix années au moins seront nécessaires à l'accomplissement d'une telle œuvre ; car l'amputation d'autonomies vivaces n'a pas Ueu sans saigner longtemps ; de telles cicatrisations sont toujours lentes autant que douloureuses.

L'Autriche est un faisceau rompu; sera-t-il possible de le relier? Cela est douteux; mais ce qui est certain, c'est que l'époque n'est pas prochaine où cet empire, qui a été redoutable, le sera redevenu . Il ne compte plus, quant à présent, que dans VAlmanach de Gotha, De vaines circulaires, accusées de manquer de sincérité si elles sont modérées, et de mesure si elles sont violentes, voilà tout ce que pourra faire M. de Beust ! La nouvelle tâche que l'habile et malheureux

promoteur de la triade a entreprise est condamnée d'avance au même insuccès que Tancienne. L'une sera aussi vaine que l'autre.

' L'Italie est aux prises avec tant de difficultés à surmonter, tant de problèmes à résoudre pour prévenir et empêcher la sécession qu'il faut prévoir et craindre entre le Sud et le Nord, que de longtemps l'Italie ne sera ni une ennemie qu'on devra redouter d'avoir, ni une alliée sur laquelle il sera prudent de compter.

L'Espagne est en Europe ce que le Mexique est en Amé^ rique; ces deux États n'y comptent que par les révolutions et les contre-révolutions dans lesquelles ils consument leurs forces.

Nous le demandons au Siècle : où donc voit-il, de près ou de loin, un danger de guerre pour la France, à moins qu'il ne plaise à la France de le faire naître?

Il n'y a pas en Europe une seule puissance qui soit en état de l'attaquer, et qui même ait intérêt à l'affaiblir.

Le poids que pèse la France est le lest de l'Europe.

Si l'Europe coalisée et victorieuse l'a compris en 1845, à ce moment suprême où il dépendait d'elle de partager la France, à plus forte raison l'Europe ballottée et divisée le comprendelle aujourd'hui.

La France est aussi ^nécessaire à l'Angleterre contre la Russie qu'elle est nécessaire à la Russie contre l'Angleterre.

Sans la France, quelle force de contre-poids et d'équilibre l'Allemagne aurait-elle contre la Russie, sa voisine, si la Russie, arrogante et menaçante, commandait à l'Allemagne de baisser la tête et de plier le genou?

Quoi qu'en dise le Siècley la France est hors de toute probabilité et de tout péril d'agression.

Le partage de la Pologne est une vieille rengaine dont il serait temps que ce journal se déshabituât.

Est-ce qu'avant le partage de 1772 il n'y avait pas eu de guerres en Europe qui missent en question le prétendu équilibre^ sans cesse rompu, sans cesse changé, et toujours proclamé aussi impérieusement nécessaire que s'il était resté invariablement le même?

Est-ce qu'il n'y avait pas eu la guerre de trente ans, commençant en 1618 et ne finissant qu'en 1648, par les vic-

m iêêê

toirfeS de tiondfé et «fe Tili^hnéj et par fe sîgllalUre dU »^té de Weëtpliàlié?

Est-ce qu'il n'y avait pas eu la guerre de lk suGGÊSStON, duMttt de dif4i à ll48, guerre illustrée paï» là VibtOii* de ï^ôntenoy et terininëe par le traité d'Aix-la-Ghapëlle ?

Est-ce qU'etlfîn il n'y avait pas eu 11 Guerre m sep* àiîSj Matfetit le 30 août 1756 et ti'exjjii^nt qtié Ife 2â févHet 1762) gliieriié de Ittiîtiëllô oti peut dire qiië, p^ur là Pf UfeSë, lé gUerfe de 1756 a été à la guerre de 1866 ce que k bâge efet ati faîte?

Là Pdlogtie li'eûl ]^a« étë trois fois partagée, qu'elle n'eût pas etnpêchè léë guerres qiii^ âe 1793 à 1S15, dnt enâàngto&té l'Eubope;

Laissons, laissons donc la Pologne reposer tranquille dans te tombeëiu où elle û l'histoii'e pour suaire glodeukt 8i la iPôlogûe Atalt pu^ si elle avait dû r^êausdter, la première Ré^ publique, le premier Empire> la seconde République en 1848 iBt le seéond Empiiie en 1863 l'eussent fait revivre ç «'ils ne Tout pas fait, c'est qu'ils ne Tout pas pu t quel autre gouvernement serait plus puissaïkt? Cessons d'agiter te nom de IttPologtieç cette vaine agitatiod ne sert qu'à semer ladéiianee et l'irritation ehtre là France et la Russie; elle ne sert qu'à empêcher la paix de s'enraciner eii France ; et lorsque le Siècle s'efforce de l'empêcher d'y prendre i^acine, sait-il ce qu'il fait? Il ne contribue pas seulement à appauvrir la France des 375 millions que prélèvB sur s®b ^eveiius la crainte de la guerre j ilbontribue encore à enlever au ^hatop et à l'atelier les deux cent mille bras que les conseils de révision choisissent chaque année parmi les plus robustes et leâ plus sains. Voilà le serVroe que'i^end à soà pdyte le Journal le i^èèeie avec ses anachronismes usés jusqu'à la corde, avec ses éternels refrains et ses lieux eomnkutis cohtr^ ié désarinëaient de la France !

A cette accusatîoil acèabliante, le S^le répood par xse cliché qui pourrait tromper sies lecteurs irréfléchis si nous n'en faisiohs pas bonne et prompte justice :

« On se rue sur les faibles, on respecte les forts; voilà qui sera vrtiî longtemps encore. Conservons donc notre force, mettons-la au service des causes justes; protégeons les faibles, les iopp"ri'i^és, tet, pa^^tl^'aïlîances inlelîigetttes, créons un nouvel oi^ré ettr<^éeh> dattfe fe^el B'épan^uirMI Ift pak, la iibèHé^ l'^aiiCé/*

tA POLITIQUE DE NON-SENS 46*

On respecte les forts ! dites-vous.

Si on respecte les forts, comment la Russie n'a-t-elle tenu aucun compte, en 1863, de nos représentations en faveur de la Pologne, qui n'ont abouti qu'à la faire incorporer plus complètement? Si on respecte les forts, comment T Autriche et la Prusse n'ont-elles tenu aucun compte, en 1864, de nos protestations en faveur du Danemark, quoique la France fût signataire du traité du 8 mai 1852, rédigé à Londres? Au service de quelles causes plus justes mettrons-nous donc notre force?

Soyons francs et convenons que, sans la guerre D£ sept jouRS,en 1866, qui a donné à la Prusse plus que ne lui avait donné la guerre de sept ans, en 4756, la France n'eût pas songé à réorganiser son armée ; c'est donc en vue de l'Allemagne que la France s'occupe en toute hâte d'augmenter ses forces nationales.

Or de ces deux choses l'une :

Ou TAHemagne unifiée considérera que la France est $on appoint et sa garantie salutaire contre la Russie ; et dans ce cas, à quoi bon armer la France contre l'Allemagne?

Ou l'Allemagne unifiée considérera qu'elle est visée par la France , celle-ci se préparant à jouer, conjointement avec l'Autriche, contre la Prusse la partie que la Prusse a jouée, conjointement avec l'Italie, contre l'Autriche; et dans ce cas, rAilemagnC) se croyant menacée, se jettera dans les bras de la Russie.

Si radt)ption tout à la fois tardive et hâtive du fusil Chassepot, et la convocation de la haute commission nommée pour étudier les mùdifteatùms qu'il y a lieu ^introduire dams les forces mi/Utcdres de l'Empire fnmçaù^ ont pour résultai Tdliaiioe russo^germanique, ne sera-ce pas une grande témérité que de risquer d<e mettre aux prises 37 millions de Français contre 113 oUllions d'Allemands et de Russes?

Yoîlà où eofiduit l'aveugle politique da Siècie^ et pourquoi nous l'avons intitulée : la politique de kok-scns.

6 novembre 1866.

La France a eu sous le même règne, en 1666, Colbert et Louvois; supposons qu'en 1866, sous le règne de Napoléon III, elle possède à la fois un Robert Peel et un comte de Bismark : lequel des deux devrait-elle choisir?

Où la mènerait la politique d'un Bismark?

Où la mènerait la politique d'un Robert Peel?

L'unification de la France n'est plus à faire, elle est faite depuis longtemps ; c'est territorialement le pays le plus uni qui existe dans l'Europe tout entière. Logiquement, la politique Bismark ne pourrait donc mener la France qu'à une extension de territoire qui lui donnerait la rive gauche du Rhin, mais qui lui ferait perdre momentanément son unité, car il lui faudrait le temps de s'assimiler les populations rhénanes et de les rendre françaises, sinon par la langue, tout au moins par le cœur. A quel prix la France achèterait-elle cette extension de territoire? Au risque d'une guerre générale peut-être, mais certainement au péril d'avoir pendant un demi-siècle l'Allemagne, sa voisine, pour ennemie implacable. La France, en s'agrandissant, s'affaiblirait donc plutôt qu'elle ne se fortifierait.

Où la mènerait la politique d'un Robert Peel?

Logiquement, la politique d'un Robert Peel la mènerait à se poser à elle-même cette question : « M'étant soumise, en

1860, à la loi du /ti&re échange et m'étant placée sur le terrain de la lutte de produits contre produits, par quelles mesures financières, par quelles réformes fiscales arriverai-je à diminuer mes frais généraux de production et le coût des transports, de telle sorte que je n'aie à craindre sur aucun marché du monde la concurrence d'aucun pays? » Ce Robert Peel se dirait avec raison : a Si je ne parviens pas à atteindre ce but, si je ne parviens pas à abolir les octrois, douane inférieure, douane funeste, qui n'existe pas en Angleterre, qui n'existe plus en Belgique; si je ne parviens pas à réduire les tarifs des marchandises transportées par les chemins de fer; si je ne parviens pas à supprimer les droits qui grèvent les canaux, ces routes d'eau; si je ne parviens pas à ce que la France possède autant et d'aussi bonnes routes de terre que la Grande-Bretagne; si je ne parviens pas à ce que la marine marchande française puisse soutenir la concurrence de la marine marchande britannique, le régime de la prohibition et de la protection n'aura été supprimé que pour renaître ; il n'aura été congédié que pour revenir... Le libre échange n'aura pas été un progrès définitif; il n'aura été qu'un essai malheureux. » Ce Robert Peel, insistant plus vivement, apostropherait la France en ces termes : « Vous n'avez d'yeux que pour regarder le fusil à'aiguille prussien; vous n'avez pas d'yeux pour voir le fusil à aiguille anglais ! Le fusil à aiguille britannique, c'est la fabrication, le transport et la vente des produits anglais à plus bas prix que la fabrication, le transport et la vente des produits français ; c'est le chômage involontaire de l'industrie lyonnaise, implorant, mais sans espoir de l'obtenir, l'abolition de l'octroi qui pèse à Lyon si lourdement sur elle... Accroître, sous quelque nom que ce soit, — réserve ou garde nationale mobile, — le chiffre et le coût de notre armée, ce sera, quoi que vous fassiez, augmenter vos frais généraux de production; ce sera opérer en sens inverse de la Grands- Bretagne, votre grande rivale économique ; elle descend le courant, vous le remonterez; où elle épargnera utilement ses forces, vous consumerez vainement les vôtres! Entre deux périls, qui sont à prévoir afin de les prévenir, le péril d'une guerre et le péril d'une révolution, celui qui vous effraye, ce n'est pas le plus gros, ce n'est pas le plus imminent, ce n'est pas le péril d'une révolution ; celui qui vous alarme, c'est le

47d tSftft

plus faible, c'^st le plus éloigné, c'est le péril d'une guerre, guerre qui n'est à craindre que s'il vous plaît de la provoquer.»

Ce Robert Peel français, s'il s'exprimait ainsi, aurait raison, eax, en effet, la politique funeste qu'il combattrait, ee serait la politique à contre-sens.

Oti allons-nous? où allons*nou8?

Nous allons à rebours de 1860.

1860 était une route ; si nous ne nous hfttons de retourner sur nos pas, 1866 sera la route opposée.

Ouvrez tous les journaux firainçais i II n'y en a pas un seol dont le premier article ne «oit un encouragement ou un appai donné au projet d'augmenter, sou» une forme ou «qui une autre, les forces militaires de la France,

Ces forces, comment les augmenter si on n'augmente pas l'impôt du iemps^ et comment augmenter l'impôt du temps sans augmenter le prix de revient de tout ce qui se produit ou se fabrique en France, s'y vend, s'y consoiume ou s'y exporte?

Impossible i absolument impossible !

Toute augmentation de l'armée française équivaudrait donc à une subvention indirecte donnée à l'industrie anglaise, et lui profiterait. C'est là un fait dont l'importance et la gravité ne sauraient échapper à la sagacité de M. Rouher, l'ancien ministre de l'agriculture, du conmierce et des travaux publics, le négociateur du traité de commerce de 1860, le ministre d'État, le membre de la commission nonunée le 36 octobre 1866.

La conséquence d'une inégalité trop grande entre les deux grandes puissances industrielles rivales, entre 1* Angleterre et la France, serait logiquement et inévitablement, répétons-le, le retour au régime protecteur et prohibitioniste.

Nier que le retour en France du régime de la protection et de la prohibition soit possible, ce serait ou manquer de mémoire ou ignorer le passé. Est-ce qu'avant la loi prohibitioniste du 10 brumaire an Y, les décrets de 1806 et de 1807 et la loi de 1816, le tarif libéral du 15 mars 1791 n'avait pas existé? Or l'existence de ce tarif a-tr^lle empêché quelques années plus tard le rétablissement de la prohibition, celle-ci allaot jusqu'à donner naîssafice au blocus continentail, lequel était la conséquenciB, car tout s'enchaîna, d'un état militaire exeesisif?

LA POLITIQUE A Cûl^TRËrSENS 171

En ce moment d'inexcusable désarroi des esprits, causé en France parla victoire de la Sadowa remportée «ur Tarmée autrichienne, nous ne pensons qu'à la Prusse de 1866 ; nous oublions FAngleterre de 1860; nous ne pensons qu'à notre armée ; nous oublions notre marine, nous oublions notre agriculture, nous oublions notre industrie, nous oublions notre commerce, nous oublions notre population, elle qui devrait être croissante et qui est stagnante !

Que Ton perskiste tant qu'on voudra à nous appeler « le dénigrement systématique », nous n'en pes^isterqn^ pas moins à crier de toutes nos forces : Abandonnez, abandonnez donc la politique à contre-sens I

9 novembre 1866.

La déclaration suivante de la Gazette de Moscou du 30 octobre 1866 doit être consignée ici :

« Les intérêts de la Russie, cette année, après tous les changements survenus en Europe, réclament, dans beaucoup de questions, une autre politique que celle qu'avaient peut-être réclamée les mêmes intérêts il y a un ou deux ans.

» Le résultat le i^us remarquable des événements de cette année est qu'ils ont préparé les voies à un rapprochement entre rAutriche et la France, chose qui se fait déjà sentir, surtout à la Prusse. Si, par suite des événements, TAutriche s'est trouvée rapprochée plus que jamais de la France, les mêmes événements, d'un autre côté, rapprochent la politique prussienne de celle de la Russie. Les choses, en eiïet, n'étant pas dans une situation telle, que la Prusse puisse se placer en tiers dans le concert de l'Autriche avec la France, il en résulte la perspective dune entente entre la Prusse et la Russie. Jusqu'où peut aller cette entente, et se peut-il que, dans des circonstances données, elle s'établisse sur des bases également profitables aux deux parties? C'est une question que nous ne prenons pas sur nous de décider; mais il est incontestable que la marche des événements a fait naître des intérêts qui, au moment actuel, disposent ces deux puissances à s'allier activement.

» Ce que nous savons encore, c'est que^ de la part de la Prusse^ il a été fait des ouvertures dans ce sens. L'art de la politique consiste à deviner le moment opportun^ à savoir le saisir et à en tirer le meilleur parti. En matière de rapprochements provoqués par des intérêts communs, il importe de s'assurer dans quelle mesure chaque partie peut mettre à proOt les services qui lui sont rendus en échange des siens. La Prusse n'a pas d'intérêts qui lui soient propres en Orient ; et, sur cette question, elle peut prendre, de concert avec la Russie, telle attitude qui correspondrait au proGt qu'elle peut espérer de notre concours sur d'autres points qui l'intéressent plus particulièrement. Sans être directement intéressée dans les affaires d'Orient, la Prusse, en sa qualité de grande puissance, n'en doit pas moins prendre une part au moins indirecte dans les solutions qui pourront être proposées et mises en avant.

» La nomination de M. de Beust au ministère des affaires étrangères d'Autriche veut dire que cette puissance se rapproche de plus en plus de la France; et la conséquence, le corollaire naturel de ce fait, est nécessairement que la Prusse, dans le moment actuel, doit se rapprocher de plus en plus de la Russie. »

La France a récemment érigé en principe la ubbat£ d'àl- LUMGES. Si l'on en croit la Gazette de Moscùu^ la Russie aurait érigé en fait la rivàuté d'aluanges. A l'alliance entre l'Autriche et la France qu'il présume ou qu'il prévoit, le cabinet de Saint-Pétersbourg opposerait l'alliance entre la Prusse et la Russie.

Éventuelles ou consommées, ces alliances rivales pourraient justement s'appeler : les alliances comminatoires.

Mais qu'elles soient à l'état de faits ou à l'état de projets, il suffit que ces alliances soient probables ou seulement possibles pour qu'elles méritent l'attention la plus sérieuse du pilote à l'expérience et à la vigilance duquel le suffrage universel a confié à deux reprises les destinées du navire qui se nomme la France.

Telle que l'ont faite la réduction du nombre des États, l'amélioration des voies de conmiunication et de transport, la vapeur appliquée aux chemins de fer et à la navigation, Télectricité appliquée aux dépêches télégraphiques, et enfin le perfectionnement des armes de guerre et des moyens de destruction, la politique est devenue une partie aussi simple à jouer qu'une partie de piquet.

Il sufBt de savoir compter ses points et de ranger les nations comme on rangerait ses couleurs.

L'Europe, rappelons4e, n'a qiiç 260 millions d'habitantB, 410 millions de moins que Tempire de la Chine. De combien d'États l'Europe se eompose-t-elle ? — Elle se compose de i4 Etats, qui sont les suivants :

HÀBÏTANTS

Allemagne, telle qu'elle »era« ,,,,..* 37,000^000

Autriche , > , . , , 33,000,000

Belgique . , , , , . .* 5,000,000

Danemark -. , i,7OO,0O0

Espagne. . .♦ . , , 15,000,000

France ».,,,.., 37,000,000

Grande-Bretagne . . , t ** ^9^000,000

Italie et ÉtaU pontificaux. ...,, , 3â,000,00û

Pays-Bas ..,., , , • , . 3, 500,000

Portugal ,...,,,...,. 4,000,000

Russie.. . ; 76,000,000

Suède et Norvège 4,000,000

Suisse .,•, r-,.,... -2,500,000

Turquie , , . . 37,000,000

Avec cette liste gous les yeux, point n'est besoin d'être ministre des affaires étrangères pour savoir quelles cartes il faut garder et quelles cartes il faut écarter.

Les allianices d'États ne sont que des con^)inaisons de forces.

S'il était vrai que l'Allemagne, 37 millions, et la Russie, 76 nwUions, ensemble 113 millions d'habitants, se fussent rapprochées et eussent contrajcté une alliance offensive çt défensive, quelles seraient les alliances que la France devrait et pourrait nouer afin d'opposer à ce chiffre de 113 millions d'habitants un chiffre égal ou supérieur?

Additionnons ces trois nombres : »

Autriche , ,,.. 33 qaiRiQDS

France ^ ,.,^ .37 —

Italie , , . . . . 25 —

18 millions de moins que 113 millions)

M4ie pa^i^ ^m la Ff an^ p&t «compter mr llfaUi^, il m &»-

drait pas que l'éxéctition de Ia 0QW§fStif>n 49 i6 «QfA^IBto^?

LA RIVALITÉ n'ALLIANCES 41»

vînt placer entre elle» Tépaieseur d'un grief. Ce point est h, noter et à prendre par le cabinet français en très-sérieuse con« flidération, s'il ne yent pas s'exposer h river étroitement ritalie à la Prusse.

Il y a telles éventualités, le démembrement de Temptre turc, où la France pourrait ajouter aux ohitfres qui précèdent ces deux chiffres ;

BEPOBT •• 9a minions

Grande-Breta^e 29 —

Turquie * 37 -*-

SNSBMBLE i6i mUUom

Mais, quoi qu'cQ en dise, le démembiWumt de Tempiro turc n'est pas un fait qm soient uppeléi h voir de leam ymx les fsouveraiqs qui régnent présentement en Europe,

Cl convient donc d'éoarter de eette étude Timprobobilité h laquelle on a donné ce nom : la question d'Orient.

Alors, Il quoi sç réduit le risque en vue duquel s^ serait formée l'alliance dont parle la Gazette de Moscou ?

Il se réduit à la possibilité d'une guerre oin la France aiderait l'Autriche à prendre sa revanche contre la Prusse, à la condition qu'à son tour l'Autriche aiderait Ja France à rentrer dans ses anciennes limites du Rhin.

Dans ce cas, que ferait l'Italie, tirée en sens contraires par les deux souvenirs de Magenta et de Sadowa? Vraisemblablement elle demeurerait neutre.

Une guerre de l'Autriche et de la France contre la Prusae, ce qui ferait 70 contre 37, au risque de trouver la Russie derrière le roi Guillaume, ce qui ferait alors 113 i^ontre 70, est-ce là une carte qu'il ne soit pas insensé de jouer?

Le risque se chiffre; mais l'avantage, o& serait-U ?

Nous avons trop de bonne foi pour le nier : (^ela eût été un^ belle page dans l'histoire du règne de Napoléon III que d*avoir réussi à fermer en 4866, par l'e^^tension de nos £ron*tières jusqu'au Rhin, la parenthèse ouverte en 1860 par l'extension de nos frontières jusqu'aux Alpes (parenthèse béante, eonséquemment mena^ianto); maifi l'ooc^sion qui s'est oatuFelten^ent pFései^;ée trois fois ^alflm 9nn4^9 en ttiai,

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juin et juillet, et que trois fois nous avons laissée inconcevablement échapper, n'a-t-elle pas disparu sans retour?

S'il est vrai qu'il en soit ainsi, s'il est vrai qu'il y ait peu d'espoir de la retrouver dans des conditions où le risque soit aussi faible et le gain aussi assuré, cette occasion propice, doit-on vivement la regretter?

Nous répondons sincèrement :

Oui, pour la dynastie impériale.

Non, pour la France libérale.

Oui, pour la dynastie sur laquelle pèsent encore la défaite de Waterloo, qui eût été impérialement vengée, et les traités de 1815, qui eussent été impérialement et cette fois complètement déchirés.

Non, pour la France, qui eût peut-être rencontré à Aix-la- Chapelle, à Cologne, àjMayence, des résistances plus opiniâtres que celles qui, à Nice, à Annecy, à Chambéry, se sont bornées à des regrets individuels. Nous nous souviendrons toujours de cette réponse que nous fit, il y a quelques mois, un ouvrier du faubourg Saint*Antoine auquel nous demandions ce qu'on pensait dans son quartier des provinces rhénanes, qui peut-être allaient nous faire retour, si, battue par l'Autriche, la Prusse était contrainte d'implorer l'intervention ou la médiation armée de la France.

(( On pense, nous répondit-il sans hésiter, qu'il se pourrait » bien que ces provinces allemandes fussent la Vénétie de la » France ? »

S'il représentait le passé, la politique territoriale, la politique des frontières naturelles, la gloire, cet ouvrier avait tort ; mais s'il représentait l'avenir, la politique économique, la politique sans frontières, la liberté, cet ouvrier avait raison.

La politique sans frontières, la politique sans places fortes, la politique sans armées permanentes, la politique qui multiplie les ponts sur les fleuves et les tunnels sous les monts, la politique qui, sous toutes les formes d'unions transitoires, union télégraphique, union postale, union monétaire, etc., conduit à l'Union européenne, contre-poids nécessaire de l'Union américaine, la politique intercontinentale, par opposition à la politique féodale qui, honteuse, se «ache sous le

nom de poUtiqae internationale; enfin la politique de réciprocité, succédant à la politique de rivalité, cette politique qui, en résumé, est celle du travail, de l'épargne, du crédit, de rinstruction populaire et du bien-être universel, serait-elle donc mieux comprise dans les ateliers des ébénistes que dans les bureaux des journalistes? Les ouvriers delà plume seraient-ils plus arriérés que les ouvriers de la varlope?

L'ouvier parisien, l'ouvrier intelligent, l'ouvrier que son travail manuel n'empêche pas de réfléchir et souvent même incite à penser, cet ouvrier judicieux juge et cond€unne la guerre comme nous la jugeons et la condamnons. Maintenant, le sentiment de l'équité parle plus haut dans son cœur que l'esprit de nationalité. Il a cessé d'être chauvin; il est devenu Européen; il le sera encore plus l'année prochainci après l'Exposition universelle de 1867.

Ce que M. Thiers ne comprend aucunement, ce que les rédacteurs du Sièck et de V Opinion nationale ne comprennent encore qu'imparfaitement, l'ouvrier parisien le comprend déjà mieux qu'eux : il comprend que la force des peuples a cessé de résider dans leur puissance de destruction; que désormais elle résidera avant tout dans leur puissance de production; qu'il n'y a plus d'intérêts territoriaux opposés; qu'il n'y a plus que des intérêts commerciaux différents; qu'entre intérêts industriels similaires, mais inégaux, il suffisait pour éteindre la rivalité d'étendre le marché. En effet, s'il y a des rivalités locales qui soient à craindre, il n'y a pas de rivalités universelles qui soient à redouter.

Si la guerre n'est plus entre les croyances, si elle n'est plus entre les idées, si eue n'est plus entre les intérêts, où donc est-elle?

La guerre est un effet qui n'a plus de cause que dans l'ignorance des gouvernements. Cette ignorance, attachonsnous donc tous à la combattre jusqu'à ce qu'elle ait été dissipée.

Pour notre part, c'est ce que nous faisons, en y appliquant toutes nos forces et en y consacrant tout notre temps, même celui que réclameraient des soins, des intérêts et des devoirs impérieux.

Marchant sur Moscou , le 6 septembre 1812 , l'empereur Napoléon I^ définissait ainsi la guerre :

kit âll#«

« Qu'est-ce que la guerre f Un métiëf de barbare où tout fatt œngist à être le pln6 fort tur un point donné, n

Cette définition de Tàrt db la guerrs, noua noas en emparons et noufi en Msonis le fondement de Vktit db prévenir

LA OOËRRfi.

Nous didons à là diplomatie :

Pour prérenif la guerre, que faut-il 1

il faut éh'è le plm fort sut un pomi donné*

Gomment l'être ?

En s'appliquant à grouper si inégalement le chiffre des populations rapprochées par des intérêts communs et unies par la crainte d'un péril commun, qu'aucune agression ne soit à craindre*

Si l'égalité ou la presque égalité des forces respectives est une tentation de guerre, leur inégalité est conséquemment une garantie de paLx d'autant plus grande que cette garantie est plus considérable^

La Prusse a prouvé qu'elle savait exactement compter; jamais la Prusse^ avec ses 49 millions d'habitants, ne se fût hasardée à attaquer l'Autriche, forte de 37 millions d'habitants; la Prusse n'a entrepris cette lutte, qui eût été inégale, qu'après l'avoir égalisée au moyen de son traité d'alliance offensive et défensive avec l'Italie, traité se traduisant arithmétiquement par cette addition :

Habitants

Italie 22,000,000

Prusse 19,000,000

MMI«

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