L^UNION DES FORCES FINANCIÈRES 48S
elles bonnes h la source, deviendront désastreuses à Fembouchure. Le capital impersonnel opère chèrement et lentement. Lorsque, avant de s'engager, 11 faudrait délibérer, il agit! Lorsque, après s'être engagé, il faudrait agir, il délibère ! Alors il se nomme solennellement conseil d'administration^ ce qui signifie *: absence de toute initiative salutaire et terreur de toute responsabilité personnelle.
Le capital impersonnel, s'il a été généralement en France au-dessous de sa tâche, n'a été en Ângleten^ ni plus habile ni plus heureux. Il a fondé un immense nombre ie Joint stock banks. Quç sont devenues ces banques de dépôt? Qu'onteHçs fait des dix -sept oents millions qui leur ont été confiés? Qïiçï problème financier, ^el problème économique, quel problème social ont-elles résolu? V argent que l'on eftt gardé chez soi, dans sa caisse, on allait le déposer dans leur caisse, et elles vous remettaient en échange une collection de chèques. Après? Quelle aide efficace et judicieuse oQt-elles prêtée au crédit personnel? Quels services ont-elles rendus à l'ouvrier laborieux et économe aspirant à devenir patron, à son tour, et méritant, par son intelligence, sa conduite, sa ponctualité, de s'élever de toute la hauteur qui sépare le saîatre du profit? Quelle impulsion plus féconde ont-elles donnée à l'activité du travail? L'ont-elles rendu plus abondant et l'ont-elles mieux rémunéré? Quel progrès ontefles fait faire à cette promesse de payer en numéraire et à vue qui se nomme billet de banque, et qui sera la barbarie de la circulation créditaire aussi longtemps qu'elle en sera Iç mensonge?
Eu An^eterre comme en France et en France comme en Angleterre, les tuteurs de l'épargne incapable n'ont pas manqué, mais les tuteurs, pour la plupart, ont été encore plus incapables que l'épargne qui se confiait à eux et qu'ils avaient la prétentiou de guider et de faire fructifier.
Le capital impersonnel aurait dû être la sciçnce et le porl; il a été, sauf de trop rares exceptions, l'ignorance et le naufrage.
La preuve de cette assertion, c'est M. Mirés lui-même qui la fournit à ses contradicteurs.
Il consacre une longue colonne aux Chemins lombards et italiens; il établît que la dépense kilométrique, estimée à
310,000 francs, s'élèvera de 340 à 350,000 francs, et que, les charges dépassant les recettes de plus de 7 millions, il ne restera rien aux actions pour Tannée 1866; il le démontre par ces deux lignes que nous lui empruntons :
Charges 129,550,000
Recettes «22,000,000
Si cela est vrai, si cela est exact, en quoi ce résultat seraitil modifié par Tunion financière, par le rapprochement et Tentente de MM. Mirés, Pereire et de Rothschild?
Le capital impersonnel, se composant du capital passif, du capital à la fois paresseux et avide, défiant et crédule, timide et téméraire, du capital ne sachant que faire de lui-même par lui-même, a été détourné de son cours; par nature, par essence, il appartient aux États besoigneux qui ont des déficits à conobler, ou aux communes intelligentes qui ont des travaux à exécuter : en d'autres termes, il appartient aux emprunts. Aussi, la Banque des ÉtatSy banque des petits capitaux réunis, que se propose de fonder M. Mirés, est-elle une idée juste, tandis que l'union financière qu'il prêche est une idée fausse. Le petit capitaliste qui convoite un gros intérêt, le petit capitaliste qui a 500 francs, iOOO francs, 10,000 francs d'épargnes dont il ne sait que faire, et qui trouve que le 3 pour 100 français, à 70 francs, ne lui donnerait pas un revenu suffisant; ce petit capitaliste, par exemple, ne peut pas prêter directement ces 10,000 francs, ces 1000 francs, ces 500 francs à la Turquie aux abois; il les lui prêtera indirectement^ par l'entremise de la Ba/nque des ÉtatSy si elle réussit à se fonder, sans qu'il ait à craindre d'être frappé par la loi qui punit si sévèrement l'usure. Il ne pourrait pas prêter à 7 pour 100 à un particuher sans s'exposer à la flétrissure légale, mais il pourra prêter impunément à un État à 14 pour 100 et même plus. La loi qui punît le vol ne punit pas la conquête ; de même la loi qui punit l'usure pratiquée en petit, de particulier à particulier, ne punit pas l'usure en grand, pratiquée de particulier à État.
Si M. Mirés estime que son temps soit de l'argent, il renoncera à le perdre en vaines prédications, et il s'appliquera non pas à réaliser l'union financière qu'il rêve, union chimé-