LE GRAND-UVBE DS LA DETTE PUBLIQUE EST SUPPRIMÉ
Jamais nous n'avons dit cela.
Si cette citation a eu lieu de mémoire, c'est une faute de mémoire ; si elle a eu lieu le texte sous 1& main, c'est un faux en matière de citation. ^
Mais c'est là un détail qui ne doit pas nous arrêter plus longtemps ; serrons le débat, prenons corps à corps notre contradicteur et interpellons-le.
Sous prétexte qu'un grand emprunt contracté par l'État pour l'armement de la paix serait de la dict^iture, vous n'en voulez pas I Vous le repoussez arrogamment I
Mais est-ce que ce scrupule de dictature a arrêté, en 1860, le gouvernement impérial lorsque, tout à coup, sans que l'industrie française ait eu le temps de s'y préparer, il Ta fait brusquement passer du régime de la prohibition au régime du libre échange.
Est-ce que les solennelles promesses de 1860 ne sont pas écrites tout au long dans cinquante colonnes du Moniteur ^ et signées : Le ministre de Pagriculture^ du commerce et des travaux publics, RouHER ? Est-ce que ces promesses formelles ne constituent pas une dette exigible contractée par l'État tuteur
eûvera la France pupille? Esirce que la France a été c<m8iil« tée? Est-ce que la France a été appelée à délibérer, dans Veor ceinte dn Corps législatif, sur cette guerre pacifique des fabriques étrangères contre les fabriques nationales? Tous qui ▼DOS opposez à rompront que réclame impérieusement Tarmement de la paix, ayez^^vous donc si peu de mémoire que vous ayez déjà oublié oes promesses sacrées, ainsi que la mise en demeure régulièrement adressée parThonorable M.Pouyer- Quertier à TËtat débiteur, à la fin de la session dernière? Si c'est là votre règle, ce n'est pas la nôtre. Ou tenez ce que vous avez promis^ ou ne promettez pas ce que viyus ne devez pas tenir^
Mais rÉtat tuteur a intérêt à tenir sans retard ce qu'il a promis ^i 1860* La France est sous le coup d'une grande déception territoriale, qu'il importe d'efiacer au plus tôt par une vigoureuse impulsion imprimée à sa prospérité ralentie, A cet égard, le ministre de 1852, M. de Persigny, nous paraît être plus clairvoyant et mieux inspiré que le ministre de 1866, M. Fould. Évidemment, la prospérité a le même rôle à jouer en 18é7, relativement à la déception de 1866, quecelui qu'elle a joué en 1852 relativement au eoup d'État de 1851. Ne pas voir cela, c'est être aveugle ; combattre l'armement de la paix, retarder l'outillage de la France, c'est n'avoir pas le sentiment de la situation toute nouvelle sur laquelle nous nous efforçons de foire la lumière.
Ifc««i
12 novembre 1866.
Embott«iit le pas entre la Frmee et la Preste^ le Jmtmal éê$ J9ébaf8 proelmme que rarmemeiit de la paix, ee aérait Tappao- TrisaemeBft de l'Ëtai.
Citons textaeUameDt sa proelaniattoii :
c Un empiuiit, «pi'oa Taf^pelle empninl de la pilt ou ttnf^t de ia giierre^ est toujourB un eoipnmt. Cast une chirge do Taveair» e'e$t m appamnmment d$ lÉ$aL »
Ce que le JcmnuU des Dibàti affirme aîas^ la lÀbirtè le nie posUiveiiumt.
Noi» eompre&drioiui que le Joutnai es» DébaiU aoutt&t que tout l'argent des contrîboaUes dépensé par une armée qui paye les vivres qu'dle aehète et qu'elle consomme sur le territoire ennemi ; que tout l'^ogent que ooiUeut la poudre, les balles, les t)OuleÉB, les obus, soit de l'argent d<mt le détourue* ment appauvrisse l'État ; mais notre intellig^iee se refose à ccmiprendre que l*État puisse être appauvri par les ohemina de terre, les chemins d'eau, les chemins de fer, augmentaat la valeur de ses mines et de ses forêts, et donnaiMià notre industrie nationale les armes sans leMjueUes elle ne saurait lutter contre l'industrie étrangère. Les libres échangistes des bureaux du Jtmrmt des Déèats^ qu'ils nous permettent de le
leur dire, entendent la concurrence comme les généraux des antichambres de l'empereur d'Autriche entendaient la guerre lorsque, la veille de la bataille de la Sadowa, ils envoyaient se battre contre Tannée prussienne les soldats autrichiens sans leur donner de vivres, et leur donnant à peine des munitions I
Qu'il s'agisse de guerre, de concurrence ou même de discussion, ce que la prudence conseille, c'est de se défier de la ((Providence», c'est de compter sur soi plus que sur elle et de s'appliquer à mettre la supériorité de son côté. Or, lorsqu'il s'agit de rivalité industrielle et commerciale entre l'Angleterre et la France, de quel côté est la supériorité? Est-elle du côté de la France? Est-ce la France qui possède l'outillage le plus parfait et le plus complet? Est-ce la France qui a le plus grand nombre de chemins de terre et les mieux entretenus? Est-ce la France qui a le plus grand nombre de chemins d'eau avec les droits de péage les plus faibles? Est-ce la France qui a le plus grand noml)re de chemins de fer avec les tarifs de marchandises les moins élevés? Est-ce la France qui a le combustible en plus grande abondance et au meilleur compte? Est-ce la France qui a la marine marchande naviguant avec le moins de frais ? Si la supériorité est évidemment et incontestablement dn côté de l'Angleterre, à moins d'un héroïque et suprême effort, comment la France, contrainte de lutter à armes iné* gales, échappera-t-elle au désastre d'une Sadowa industrieUe et commerciale?
A cette question, le Journal des Débats^ la France^ la Presse^ la Gazette de France répondent à l'unisson : (( L'armement de la paix est chose privée qui regarde l'Individu; ce n'est pas chose publique qui regarde l'État. )>
Qu'est-ce donc que l'État, si ce n'est pas la collectivité de tous les grands intérêts individuels? Entre l'amoindrissement industriel d'un grand pays et son amoindrissement territorial, où donc serait la différence? Est-ce que la richesse n'est pas plus que jamais un élément de la force? Jetez les yeux sur récheUe que nous allons dresser et voyez le rang inférieur que la France y occupe !
Au 1*' janvier 1862, les chemins de fer exploités en Europe présentaient un total de 55,651 kilomètres , que les divers Etats se partageaient dans la proportion ci-après, savoir :
Kilomètret
Grande-Bretagne 17^430
Allemagne 17^071
France 1 0,01 6
Espagne 2,369
ItaUe 2,173
Russie 2,105
Belgique 1,836
Suisse 1 ,066
Suède et Norvège 542
Danemark 398
Hollande 338
PcMrtugal 144
Turquie 63
Ainsi, en 1862, la France n'avait qu'an peu plus de la moitié du nonibre de kilomètres de chemins de fer exploités par l'Angleterre ; la France, sous ce rapport, était aussi arriérée sur la Grande-Bretagne que l'Europe est arriérée sur l'Amérique du Nord, L'Europe tout entière n'avait, le {"janvier 1862, que 55,651 kilomètres de voies ferrées, tandis que les États- Unis, à eux seuls, en comptaient 55,589.
VùUtiativeindividueUel la puissance indipiduelk / / Dans les pays où l'initiative individuelle, où la puissance individuelle n'ont pas été à l'apprentissage de la liberté, de toutes les libertés, ce sont là dç grands mots qui ont la portée des détonations de fusils uniquement Marges à poudre. •• fumée et bruit.
Vinitiative individuelle f la puissance individuelle ff Garrottées, comme elles l'ont toujours été en France, par la réglementation avant la Révolution de 1789, et par la centralisation depuis le premier Empire jusqu'à ce jour, qu'ont-elles pu faire? qu'ont-elles fait? Canaux et voies ferrées n'ont été exécutés, quoique très-lentement ettrès-incomplétement, qu'à force de subventions et de concours de l'État sous toutes les formes. Sans ce concours, tantôt en argent, tantôt en nature, sans les subventions directes et indirectes, sans les extensions après coup de concessions exclusives portées de trente années à quatre-vingt-dix-neuf années, où en seraient les chemins de fer en France? Ils en seraient encore au chemin de fer de
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Saint-Étietine, au chemin de fer de Paris à Saint-Germain et au chemio de fer de Paris à Versailles I
L'initiative individuelle I IdL puissance individt^eUel! Pites-nous donc comment vous voulez qu'elles s'y prennept pom? doter la France des ohemius coiamunaux qui lui manquent, malgré la conservation de la corvée s'appelant la prestation en nature, cette barbarie de l'impôt?
Ouvrez et lisez lo dernier Eœposi de la situation de V Empire et vous y lirez ce qui suit : •
CqBUir^S DE GRA1VDÇ ÇOlf W^IÇATIQ^i
Kilomètres
A rétat d'entretien. ♦....»,,^ 71,302
— de premier empierrement 2,35$
— de f flTf weiweîU* ,«,...,.•.,,..•«.»».•»« ? ,0 i 0
-* de SOI. NATDRKL ,,..,,,.,..,,.,, 0,260
OCmiC» B'iNTÉftfo COMIfim
A r état d'entretien.. 46,^98
*— de premier empierrement 8,089
-^ de UrfQuemmt 7,599
— de SOL nâtorsl •* .«• SI0,$24
CHSIfINS VICIHAU^ ORDIlfAIBÏS
A l'état d'entretien H 4,687
-*• de premier empierrement 23,465
•» 4e lorrotMfiMn^. , 43^284
•«M deflûi. iTAïcraa*^ » «.••• 189,827
Séri#iiu»emeQt) quel eat le vrai aom à dofwer à Oiro 195,000 kilomètrea de chemins diti a à Pétat d$ sol hàtubsk» » ? Leur vrai nom u'e«t*il pa» : cuEMijfs suillb FAsma?
Et que faut-U penser des 53,000 kilam^xei do eluemioft «Uts
« 4 l'état d^ TJSEHASSfilISNT » ?
Et conuneat sont entretenus lei^ 231,000 kilopàtrafi do cbemiod dits tt à l'état (f EKTasTiBH n ?
Ia nombre des communes de Fraoœ est de 37^10.
I^es deux tiers de ces conmmoea ont, en moyenne, une population de 940 habitants, soit 216 adultes et 3^ enfants.
Ainsi que l'atteste le rapport d'une oonamissioD spéciale, la {dupart de ce& Qçnwunea w sul>vmueut mt exigences ks
L'APPAUVRISMiBIfr DE L'ÉTAT m
plnft impérieooeB an wairvice quotidien qa^en éleyaat las cen*. times additionnels au niveau du piiooîpal de Tiiupôt. ladépeun damment des contributions . directes et iudireotea p^yéQt à rÉtat, les communes ont à subreair à reniretien de l^ur mairie, aux fraie de local et de bureaux ; au treitemeut des gardes ohampâtres; aux dépenses de la gexde natiouale et daa sapeur^^pompiers, à cdlea de riuetruotioa publique; aux indemnités de logements pour eurés et desseryauts; au}( subventions pour lea fabriques des églises» pour le cimetière, pour diverses œuvres de bienfaisance et de salubrité publique ; aux déboursés pour les fêtes, les foires et les marchés; aux dépenses imprévues, et finalement aux dépenses extraordinaires.
Avec des budgets locaux ainsi morcelés, ainsi grevés, ainsi surchargés, que peut-on demander à Tinitiative et à la puissance conuuunales? Que peut-on raisonnablement exiger d'elles?
Si l'initiative individuelle, si l'initiative eommunale sont impuissantes ou trop faibles en France, faut-il donc que rinitiative nationale s'y condamne à l'inertie, au risque du déclin et de la déchéance? Le Joumul de» JMaUy la Frcatce^ la Pre$sey la Gazette de France ont-ils dans l'opinion qu'ils soutiennent une confiance telle qu'ils puissent, en changeant un seul mot à une exclamation célèbre, s'écrier : «t Périssent nos industries plutôt qu'un principe 1 » S'ils ont cette confiance, nous ne l'avons pas. Autant que qui que oe soit^ boob sommes pour l'initiative et la puissance individuelles, mais h la condition d'abord qu'elles existent, ensuite qu'elles paissent se développer dans leur plénitude* Où elles n'existent pas, où elles n'existent qu'imparfaitement, nous sommea pour l'ini^ tiative et la puissance communales; et là où cûlle&*<)i, par un motif ou par un autre, font défaut, nous le dédarons hautement, nous sommes et nous continuerons d'être pour l'initia* tive et la puissance nationaleSé
Judideusement employées, l'initiative et la puissance de l'État en seraient rappauvrissement! Une telle afônxiatioil, m tranchante qu'elle soit, ne résiste pas |à l'examen: c^esf; comme si l'on disait que le banquier qui reçoit en compte courant de l'argent à 3 pour 100 duquel il tire 5 pour 100 s'appauvrit; c'est comme si Ton disait qu'acheter une mai?
son moyennant 120,000 francs moyennant lOO^OOOfrancs qu'on avait d^s sa eaisse, c'est s'appauvrii*.
L'État a emprunté un milliard.
Il a été débité d'un milliard.
Ce milliard, il l'a employé en voies de communication et en travaux d'utilité conmiunale et nationale, qui ont eu pour conséquence d'augmenter directement et indirectement le revenu public de cent millions par an : l'État s'est-il appauvri?
Ouvrez-nous son compte afin que nous nous en assurions :