‹ Le succès; questions de l'année 1866Chapitre 180 sur 205 · AVOIR · texte numérisé non relu

AVOIR

Intérêts de l'emprunt ci-dessus à 5 pour i 00 l'an 50,000,000 fr.

Augmentation des revenus publics, par an 80,000,000 fr.

Si l'augmentation annuelle de charges est de 50 millions et et que Paugmentation annuelle de revenus soit de 80 millions, persistera-t-on à soutenir que l'État, riche de 30 millions de recettes de plus par an, se sera appauvri?

Ah I si Tavenir n'avait jamais à porter que de telles charges, nous en répondons au Journal des Débais, le présent ne se plaindrait pas ; et^ s'il avait à prononcer entre M. Fould et M. de Persigny, ce ne serait pas à M. Fould qu'il donnerait raison.

n faudrait cependant bien que l'on sût, une [bonne fois, à quoi s'en tenir sur ce qui fait la richesse ou l'appauvrissement des États.

Un État n'est pas riche par la quantité de numéraire qu'il possède ; il est riche par la quantité de travail qu'il fournit.

Le plus riche des deux n'est pas l'État où il se fait peu de travail avec beaucoup de numéraire; c'est l'État où il se fait avec peu de numéraire beaucoup de travail.

L'abondance du travail, voilà la source, la seule source de la richesse des États I

Tout ce qui. accroît cette abondance est bon; tout ce qui la diminue ou la ralentit est mauvais.

L'APPAUYRlSSEMiSNT DE L'ÉTAT 497

Si la monnaie de papier, si le signe fiduciaire a pour effet d'accroître cette abondance plus rapidement que le disque monétaire, alors la monnaie de papier est préférable au doUar en or et à la pièce de 5 francs en argent.

Si rimpôt sur le capital, véritable amende infligée au capital inactif, oisif, improductif, a pour effet d'accroître cette abondance plus rapidement que l'impôt multiple, ou même que l'impôt sur le revenu, alors, sans aucune hésitation, l'impôt sur le capital doit lui être préféré.

Si l'emprunt a pour effet d'accroître cette abondance dans une proportion communément vingt fois plus considérable que l'impôt, alors, sans aucun doute, l'emprunt rend à l'État, rend à la commune des services que ne lui rend pas l'impôt, quelle qu'en soit la forme.

Si des lois arriérées, si des lois tracassiëres, si des lois trop sévères, telles que, par exemple, la loi française qui flétrit le failli alors même qu'il a toujours été de bonne foi; si de telles lois ont pour effet de garrotter le travail et d'empêcher l'esprit d'entreprise de prendre tout son essor, de telles lois doivent être impitoyablement réformées.

Ce à quoi doit s'appliquer avant tout un État qui se propose de lutter industriellement et commercialement con1a*e l'Angleterre et les États-Unis, c'est à diminuer dans son sein le nombre des oisifs.

Aux nations relativement laborieuses, la prospérité, la richesse, la puissance !

Aux nations relativement désœuvrées, la langueur, la misère, la déchéance I

Ce n'est pas en épargnant qu'on fait travailler, c'est en dépensant.

Ce n'est pas en empêchant l'eau de couler qu'on fait tourner la roue qui met en mouvement le moulin ou l'usine.

La monnaie, monnaie de métal ou monnaie de papier, peu importe, est le moteur qui met en mouvement les bras et les têtes. Par l'accélération comparée du mouvement s'exprime et se mesure l'étendue de la force utilisée.

Les machines à vapeur les plus puissantes sont celles qui transportent le plus vite le même poids.

De même, les engins de crédit les plus puissants sont ceux

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qnU dans le m^e temps, font accomplir le nombre de rotations le plus grand au disque monétaire ou à son représentant fiduciaire.

Croire, par exemple, que tous les grands travaux que M. Haussmann a exécutés à Paris ont coûté un centime à ses habitants est une erreur profonde ; ces travaux n'ont coûté que de la vitesse, comme le moulin et Tusine ne coûtent au cours d'eau qui les fait mouvoir que de la pesanteur. La force qu'ils lui empruntent ne lui dérobe rien et ne l'affaiblit pas. Ces travaux n'eussent pas été exécutés, qu'il n'y aurait pas un seul propriétaire qui en fût plus riche et qu'il y a une multitude de travailleurs qui en seraient plus pauvres. Le travail a enrichi ^ les pauvres et n'a pas appauvri les riches. Le disque monétaire a été contraint de circuler plus rapidement; il a pris la grande vitesse au lieu de prendre la petite. Voilà tout le secret des prodiges accomplis par le préfet de la Seine. Si le disque monétaire eût pris la petite vitesse au lieu de prendre la grande, Paris n'aurait ni le percement de ses boulevards nécessaires, ni l'élargissement de ses rues trop étroites, ni l'assainissement de ses quartiers insalubres; il ne respirerait qu'avec peine et ne circulerait qu'avec lenteur.

Ce qu'a fait pour Paris, avec une idée juste, le préfet de la Seine, oui, c'est ce que nous voudrions que la même idée fît pour toute la France.

Si Wmpôt est à l'emprunt ce que la carriole est au chemin de fer, servons-nous de l'impôt pour les dépenses journalières, comme on se sert de la carriole pour les déplacements journaliers, et servons-nous de l'emprunt pour les dépenses qui profiteront à l'avenir, comme on se sert du chemin de fer pour les longs trajets ou les trajets qui exigent une grande vitesse comparée.

N'est-il pas juste que l'avenir paye ce qui, loin de l'appauvrir, l'enrichira? Est-ce que l'avenir, même grevé des charges de la dette inscrite, ne sera pas plus riche de tous les travaux qui ont été exécutés en France depuis trente ans que si ces travaux n'avaient pas été entrepris?

En somme, l'art d'enrichir les États n'est, appliqué à l'intelligence et aux bras de l'homme, que l'art d'en multiplier la force par la vitesaet

Que le Journal des Débats^ qui a eu le mérite d'inscrire au rang de ses rédacteurs M. Michel Chevalier à son retour des États-Unis, que le Journal des Débats efface donc de ses colonnes ces mots qui, à propos d'un emprunt appliqué à Tarmement de la paix, n'auraient pas dû y trouver place : c( l'appauvrissement de l'État » I

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