LES TRAVAUX PUBLICS
C'est à n'en pas croire ses yeux... Cependant cela est. Ainsi, le danger qui menace la France, ce n'est pas d'exagérer un effectif militaire de sept cent mille hommes; ce n'est
LE FÉTTCHISME W& TRAVAUX PUBLICS tm
pas d'enlever à Tagriculture uq trop grand nombre de bras, lorsque déjà elle se plaint que les bras lui font défaut ; ce n'est pas de placer notre population dans des conditions inférieures d'accroissement comparé à l'accroissement des populations rivales ou voisines ; ce n'est pas d'abaisser le niveau de la taille des jeunes gens, déjà si bas ; ce n'est pas d'augmenter le nombre des difformes et des infirmes, déjà si grand : non, le danger qui menace la France, c'est l'exagération de ses travaux publics I
La France a trop de chemins communaux, trop de chemins de terre !
La France a trop de canaux, trop de chemins d'eau !
La France, quoiqu'eUe en ait moitié moins que l'Angleterrç et cinq fois moins que les États-Unis, la France a trop de chemins de fer I
La France a trop de ports, et ses ports sont assez larges, assez profonds, assez sûrs ; il n'y manque rien, ni quais, ni docks, ni bassins de radoub !
Se hâter de tenir les promesses solennelles de 1860; se hâter de compléter l'outillage de la France, encore si incom** plet; se hâter d*armer la paix aux prises avec le libre échange et consacrer à cet armement un emprunt national d'un milliard, ce serait déclarer la guerre à l'agriculture et à l'industrie, car tous les bras qu'exigerait l'achèvement des chemins de terre, des chemins d'eau, des chemins de fer et des ports seraient autant de bras enlevés aux travaux des champs et des ateliers ; conséquemment , ce serait rendre la maind'œuvre, déjà trop rare et trop chère, encore plus chère et plus rare.
Telle est la thèse développée dans le mandement de quatre colonnes inséré en tête du journal la Presse, devenu l'auxiliaire du journal le Monde. •
Cependant, hâtons-nous de le dire, ce mandement n'est pas signé : Louis Veuillot.
Les lieux communs exercent en France un si grand empire, que si nous laissions se produire cette thèse sans la réfuter, il ne serait pas impossible qu'elle passât pour irréfutable.
Et cependant elle n'est pas plus solide que les châteaux de cartes, que le souffle d'un enfant suffit pour abattre.