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TJne chose est incontestable, c'est que la France ne saurait, sans péril pour son industrie, pour son commerce, pour sa marine marchande, subsister longtemps dans des conditions où l'inégalité entre elle et l'Angleterre, notamment, est trop grande.
Que l'on interroge à cet égard tous les armateurs et tous les négociants de nos grands ports de mer!
Deux opinions opposées sont en présence :
L'une, qui pense que sous le régime de tutelle prolongée qui persisté en France, c'est à TÉtat-Providence de justifier ses prétentions et de faire acte d'initiative nationale.
L'autre, qui prétend que, pour donner à la France une impulsion moins lente, il suffît de l'initiative individuelle.
Entre ces deux opinions il n'y a pas à hésiter : si l'initiative individuelle suffît , il faut la préférer à l'initiative nationale.
Mais que les travaux d'utilité et d'urgence publique, sur l'exécution et l'achèvement desquels nous insistons, aient lieu par voie d'initiative nationale ou qu'ils aient lieu par voie d'initiative individuelle, ces travaux, s'ils s'entreprennent, s'ils s'achèvent, n'en exigeront pas un bras de moins. Donc l'objection de la Presse^ relativement au prix et à la rareté de la main-d'œuvre, demeurera la même et subsistera dans toute sa force.
Pour empêcher le prix de la main-d'œuvre de s'élever, serait-il donc à souhaiter, si cela était possible, que l'on reculât dans le passé et que l'on rétrogradât dans la barbarie? Serait-il donc à souhaiter que les chemins de terre, les chemins d'eau et les chemins de fer que possède la France, en nombre trop petit, selon nous, n'existassent qu'en Angleterre, en Allemagne et en Amérique? Si la thèse qu'il soutient est vraie, voilà cependamt à quelles conséquences conduirait le mandement de la Presse.
Mais cette thèse est radicalement fausse.
Lorsque l'élévation du prix de la main-d'œuvre est la conséquence naturelle de la loi économique de l'offre et de la demande; lorsque la hausse du taux du salaire est le résultat de l'abondance du travail, loin de déplorer cette hausse, il faut s'en féliciter! C'est la prospérité qui s'étend, c'est le
LE FÉTICHISME DilS TRAVAUX PUBLICS 605
bien-être qui descend, et avec le bien-être l'épargne, avec répargije Tinstruction et avec rinstmotion la moralisation.
Le cas où il faut déplorer la rareté des bras, et par suite l'élévation du prix de la main-d'œuvre , c'est lorsque cette rareté est produite par une autre cause que l'abondance du travail ; c'est lorsque cette rareté est le résultat d'un trop grand nombre de travailleurs enlevés au champ et à l'atelier pour être transformés en habitants des casernes, où ils cessent de s'exercer à l'art de produire et ne s'exercent plus qu'à l'art de détruire, qu'à l'art de tuer, qu'à l'art de moissonner des hommes.
Eh bien! en ce moment, de quoi s'agit-il?
Est-ce qu'il ne s'agit pas d'accroître le nombre de nos soldats ?
Or peut-on augmenter le nombre de nos soldats sans diminuer le nombre de nos travailleurs?
Et peut-on diminuer le nombre de nos travailleurs sans augmenter la rareté des bras et le prix de la main-d'œuvre?
Est-ce possible?
Non.
Donc, ce qu'il faudrait dire à la France, ce serait ceci :
Ni l'Angleterre ni les États-Unis n'ont de recrutement obligatoire ; faites comme les États-Unis, faites comme l'Angleterre : n'ayez plus de recrutement obligatoire, n'ayez plus de tirage au sort, n'ayez plus de remplacement militaire.
Est-ce là ce que dit la Presse ?
Non.
Elle crie :
Gare au danger d'exagérer les travaux publics !
Elle ne dit pas :
Gare aux crises industrielles ! gare aux crises commerciales ! gare aux révolutions périodiques !
Elle crie :
Gare à l'abondance du travail ! gare à la prospérité I
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24 décembre 1866.
La Presse accuse la France d'être possédée du « fétichisme des travaux publics » .
Pour adresser à la France le reproche d'avoir le fétichisme des travaux publics, lorsque c'est le reproche contraire qu'elle mérite, il faut être possédé du fétichisme- du budget ! il faut êLre possédé du fétichisme de l'épargne telle que la pratiquent les Arabes, qui enterrent au pied d'un arbre les pièces de 5 francs qu'ils ont reçues en échange du blé et de la laine qu'ils ont vendus I
Combien de fois faudra-t-il que nous répétions sous toutes les formes que l'État qui s'enrichit le plus rapidement est celui qui, sans s'en rendre compte ou en s'en rendant compte, empiriquement ou scientifiquement, inprime à l'instrument d'échange, au disque monétaire, la plus grande vitesse de circulation ?
Circulation , c'est richesse ;
Circulation nulle, richesse nulle ;
Circulation partielle, richesse partielle ;
Circulation lente, richesse lente;
Circulation rapide, richesse rapide.
A la vitesse de la circulation du disque monétaire ou du signe fiduciaire se mesure l'abondance du travail ; à l'abondance du travail se mesure la richesse de la nation.
Un État auquel il reste encore à entreprendre des travaux publics, — chemins de terre et chemins de fer, canaux et ports, — ne saurait donc trop se hâter de les exécuter. Quelque vitesse qu'il y mette, elle ne sera jamais trop grande. Cette vitesse ne doit avoir qu'une seule limite : le manque des bras nécessaires.
Si les finances américaines, si les finances anglaises ont « une solidité et une élasticité qui manquent encore aux finances françaises » , c'est précisément parce que les États- Unis et la Grande-Bretagne ont sur nous, en tout ce qui touche les travaux publics, une immense avance.
Que le rédacteur en chef de la Presse, que M. Cucheval-Clari-