LA SOUVERAINETE LOCALE DU PAPE
24 novembre 1866« L'interpellation suivante nou6 est adressée par le Pays :
« M. de Girardin, au retour d'un voyage en Italie^ causant avec Louis Méry de la question romaine^ déclara qu'il emportait de Rome la conviction que^ « si le pape quittait la ville éternelle^ les Romains iraient, » après deux mois, le chercher au bout du monde.t* Serait-il indiscret de demander à M. de Girardin s'il a toujours la même conviction? »
Les faits qui se sont accomplis depuis neuf ans auraient pu modifier cette opinion, exprimée en 1857, à notre retour de Home et à notre passage à Marseille; mais ils ne Tout pas changée.
La papauté peut se passer de Rome, mais Rome ne peut pas se passer de la papauté. Sans le séjour du pape à Rome, que deviendrait la ville aux trois cents églises? Rome, capitale de ritalie, n'a été très-habilement mise en avant par le comte de Cavour et ses successeurs qu'afin d'apaiser les sentiments de rivalité de Milan, Gênes, Florence et Venise contre Turin. Rome capitale de l'Italie serait une erreur, un anachronisme, un tombeau. Partisan de la séparation de l'Église et de l'État et de l'abolition du budget des cultes, comme l'était en 1848
M. l'archevêque de Paris (i), si la souveraineté locale du pape ne nous a jamais trouvé parmi ses défenseurs, elle ne nous a jamais trouvé non plus parmi ses ennemis; nous sommes toujours demeuré neutre dans cette question, dont nous n'avons jamais cessé de déclarer qu'on exagérait étrangement l'importance. Mais si la souveraineté locale du pape est appelée à s'écrouler et à disparaître, alors les Romains n'ont qu'une chose à faire : ce n'est pas de proclamer et de rétablir la république romaine, comme en 1848 ; c'est d'ériger Rome en ville libre, où h pape puisse continuer d'habiter le Vatican, exerçant sa souveraineté universelle et ftyant pour liste civile le denier de Saint-Pierre, v
S'il en était ainsi, etKjue ce denier nous fût demandé, catho-
(i) Nous empruntons textuellement à M. de Lamartine l'entretien suivant, qu'il eut, en mars 1848, avec M. Tarchevêque de Paris :
« Le même archevêque de Paris vint chez moi, huit ou dix jours après la révolution. Il me demanda confidentiellement ce qu'il fallait craindre.
« Craindre ? lui dis-je avec franchise, rien. Ce serait insulter la République, telle que nous la comprenons et telle que le peuple la veut, que d'y voir un renouvellement de persécution quelconc^ne ou un accès d'impiété brutale. La pensée et la tendance de la République, comme la pensée et la tendance de la philo*sophie, sont d'accroître le sentiment religieux dans la nation par la liberté. Nous tendrons à émanciper de plus en plus, et enfin entièrement, l'Église et l'État. Si l'Assemblée constituante, a laquelle nous devons réserver cette question, nous seconde, nous supprimerons les concordats avec Home, nous laisserons chaque fidèle faire son propre eoncordat avec sa conscience, nous remettrons au peuple les quarante millions qu'il paye en impôt forcé pour les cultes ; nous lui dirons : tt Créez des syndics des cultes et payez directement vous-mêmes le ser- » vice de vos consciences selon votre foi. » Et en attendant que cette transition s'accomplisse, nous continuerons de payer viagèrement aux ministres des cultes rinaëmnité de leurs fonctions sacrées jusqu'à extiiiotion, pour qu'il n'y ait point d'effet rétroactif dans la révolution religieuse, et pour que personne ne soit victime de la vérité. Je vous dis là tout le secret de ma pensée, ajoutai-je; la République n'aura pas d'autre persécution oue la liberté, avec indemnité et substitution des cultes salariés par les fldèles aux cultes salariés par l'État. Vous serez tout aussi honorés, plus honorés même ; les ministres des eultes seront tout aussi ré^ tribuéS;, davantage peut-être ji mais Die;i sera enfin libre dans les àmea. et l'homme libre dans sa foi. Cela vous scandalise-t-il? Cela effraye-t-u votM religion?
n ^ Non^ me dit4l i^rès un moment de réflexion pieuse et grave, les paupières baissées sur les yeux, non; au contraire, je suis de oeux oui ont assez de foi pour être convaincu que ma foi n'a besoin que d'elleméioe. Ç»it» pensée secrète de la République a été la mienne. Je Teox seuleii^ent la communiquer au souverain pontife avant de m'engager comme évêque d^ns cette voie, qui est celle de mes convictions personnelles. »