LA SOUVERAINETÉ LOCALE DU PAPE
iiqtie de naissance, nous nous empresserions de le payer; refuser d^ le faire nous paraîtrait une ineonséquenoe, à moins que ce ne fût une lésinerie.
Que nos lecteurs le sachent, car nous n'en voulons tromper aucun ! nous n'avons jamais été, nous ne sommes pas, nous ne serons jamais pétrophobe : nous appartenons à la religion dans laquelle nous avons été élevé comme nous appartenons au pays dans lequel nous sommes né. Les mêmes liens communs nous y attachent. Nous sommes catholique comme nous sommes Français ; nous ne renions pas plus notre religion que nous ne renions notre patrie, où manque aussi la liberté. Il ne dépend pas de nous d'avoir la foi, de tous les dons le plus enviable; mais il dépend de nous d'avoir le respect, et nous l'avons toujours eu. La raison ne l'interdit pas, à moins qu'elle ne s'arroge l'infaîllibilifé : or c'est une prétention à laquelle nous avons toujours été inaccessible. Nous ne eomprenons pas les que* relies religieuses, les persécutions religieuses, les guerres relirieuses ; mais nous comprenons parfaitement les aspirations religieusesi les soumissions religieuses, les abnégations religieuses. Il sufSt qu'elles soient sincères pour que nous fassions plus que de les comprendre, pour que nous les honorions. Jamais un mot contre elles n'est tombé de notre plume, et, en 1846, nous avons été le seul dans toute la presse libérale à oser prendre la défense des jésuites contre M. Thiers mettant M. Guizot en demeure de les expulser de France et de vendre leurs biens à Tencan. La crainte de l'influence abusivement exercée parle prêtre sur l'esprit du mourant ne nous a jamais fait renier la liberté de tester. Nous ne divisons pas ce qui est indivisible, la liberté, et nous n'essayons point d^échapper à l'abus par la contradiction. A nos yeux, le prêtre qui croit a loB mêmes droits à la liberté, tombât-elle dans l'erreur, que l'écrivain qui pense. Liberté réciproque I liberté telle que la revendiquait en ces termes M. Guizot, dans son Histoire de la civilisation en Europe :
« Pour que les religions accomplissent réellement leur tâche, îl faut qu'elles se fassent accepter de la liberté même; il faut que l'homme se soumette, mais volontairement, librement, qu'il conserve sa liberté au sein de sa soumission. C'est là le double problème que les religions sont appelées à résoudre. »
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Il n*y a de foi vive que par la persécution ou la liberté. La foi sans la liberté, c'est la foi stagnante, c'est la foi malsaine, c'est la foi qui ne transporte rien et qui corrompt tout.
Mais revenons à la souveraineté locale du pape : c'est une affaire étroitement locale qui doit se vider exclusivement entre les Romains et leur gouvernements La France n'aurait jamais dû s'en mêler, et en 1849 encore moins qu'à toute autre époque de son histoire.
Pour suppléer à notre manque d'autorité en ces matières délicates, nous dirons que nous concevons le séjour du pape à Rome comme le décrivait Chateaubriand dans cette .élo* quente page de ses Études historiques :
(( Je ne crois pas que la papauté doive être une espèce de pouvoir dictatorial planant sur de futures républiques. Selon moi, le christianisme devint politique au moyen âge par une nécessité rigoureuse. Quand les nations eurent perdu leurs droits, la religion, qui seule alors était éclairée et puissante, en devint la dépositaire. Aujourd'hui que les peuples reprennent ces droits, la papauté abdiquera naturellement les fonctions temporelles, résignera la tutelle de son grand pupille arrivé à Tâge de majorité. Déposant l'autorité politique dont il fut justement investi dans les jours d'oppression et de barbarie, le clergé rentrera dans les voies de la primitive Église, alors qu'il avait à combattre la fausse rehgion, la fausse morale et les fausses doctrines philosophiques.
» Je pense que l'âge politique du christianisme finit, que son âge philosophique commence; que la papauté ne sera plus que la source pure où se conservera le principe de la foi dans son sens le plus rationnel et le plus étendu. L'unité catholique sera personnifiée dans un chef vénérable, représentant lui-même le Christ, c'est-à-dire les vérités de la nature de Dieu et de la nuture de l'homme. Que le souverain pontife soit à jamais le conservateur de ces vérités auprès des reliques de saint Pierre et de saint Paul ! Laissons dans la Rome chrétienne tout un peuple tomber à genoux sous les mains d'un vieillard. Y a-t-il rien qui aille mieux à Tair de tant de ruines? En quoi cela pourrait-il déplaire à notre philosophie? Le pape est le seul prince qui bénisse ses sujets. »
Le Pays^ qui nous a interpellé, trouvera-t-il suffisante cette réponse sur la souveraineté locale do pape ?