‹ Le succès; questions de l'année 1866Chapitre 190 sur 205 · ROME ET VENISE · texte numérisé non relu

ROME ET VENISE

24 novembre 1866.

Rome et Venise ne doivent pas être placées sur la même ligne* Venise était indispensable à l'Italie unifiée ; Rome ne lui est pas nécessaire,

Lltalie sans la Vénétie, c'était l'Italie restant courbée sous la domination étrangère, et ne pouvant redresser la tête sans être exposée au risque meurtrier de recevoir à bout portant les décharges à mitraille de l'artillerie autrichienne, abritée derrière les murs de Vérone, de Legnago, de Peschiera et de Mantoue, ces quatre forteresses commandant à deux fleuves , TAdige et le Mincio, et au chemin de fer de Milan à Venise; l'Italie sans la Vénétie, c'était l'Italie contrainte d'entretenir à tout prix une armée qui lui permit de se défendre contre l'Autriche dans le cas d'une conflagration européenne, oh il eût été possible que la France, attaquée, eût eu assez à faire de se défendre elle-même; l'Italie sans la Vénétie, c'était l'Italie entre deux abîmes, l'invasion ou la ruine, la ruine ou l'invasion : aussi, pour garantir la sécurité de l'Italie comme pour dégager la responsabilité de la France, fallait-il absolument que la Vénétie fît promptement retour aux mains qui déjà possédaient Turin, Gênes, Milan, Florence, Naples et Païenne.

Rentrée en pleine possession de la Vénétie, l'Italie n'a plus à souhaiter que ce qu'il dépend d'elle-même de se donner :

une bonne administration, sur laquelle son crédit puisse s'asseoir solidement. La souveraineté locale du pape s'écroulerait et disparaîtrait pour faire place à l'administration préfectorale d'un agent nommé par Victor-Emmanuel, que sa puissance n'en serait pas accrue et que les résistances avec lesquelles il est aux prises n'en seraient pas diminuées.

Rome aux mains du pape n'appartient pas au roi Victor- Emmanuel, mais elle appartient à l'Italie ; cela doit suffire pour désintéresser pleinement le sentiment national italien.

De deux choses l'uoe : ou n'ayant plus les baïonnettes étrangères derrière lesquelles il se retranchait, le pontife souverain donnera satisfaction aux vœux et aux réclamations légitimes des Romains, ce qui est plus que probable ; ou bien il persistera dans une résistance qui n'est peut-être, en réalité, que l'impuissance, faute d'hommes et de lumières, de faire autrement. Dans le premier cas, si le pontife restait souverain, ce serait incontestablement un avantage pour l'Italie de posséder sur son sol le chef de la chrétienté aussi longtemps que la foi qu'il incame conservera son empire sur cent vingt-cinq millions de catholiques ; dans le second cas, si le trône pontifical s'écroulait de lui-même, miné par l'abus, le doute, l'incrédulité, ce ne serait pas la violence qui l'aurait renversé précipitamment, ce serait l'expérience qui aurait prononcé souverainement. Et contre ces arrêts en dernier ressort sont vaines toutes les protestations, toutes les récriminations I

La conclusion à tirer de ce qui précède, c'est que les Italiens commettraient une grande faute s'ils se laissaient détourner de leur véritable tâche par tout le bmiit qui s'est Mt autour de la question du pape et de sa souveraineté locale.

Gê n'est pas indifféremment que nous nous servons de ces deux mots : souveraineté locale^ au lieu d'employer cette expression usitée : souveraineté temporelle. Cette fausse dénomination n'a pas peu contribué à égarer le sentiment publie.

Une souveraineté locale se eomprend sans peine et se définit d'elle-même : c'est une souveraineté qui s'exerce dans un lieu, sur les habitants de ce lieu, et qui a ce lieu pour limite* Mais qu'est-ce qu'une souveraineté temporelle? Qu'est^ ce qu'une souveraineté qui s'exerce dans le temps? Où est sa limite? Qu'est-ce que cela comprend et veut dire?

Soyons précis, et appelons chaque chose par son nom^

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