‹ Le succès; questions de l'année 1866Chapitre 191 sur 205 · ROME ET VENISE · texte numérisé non relu

ROME ET VENISE

Le pape exerce deux souverainetés : une souveraineté sur les esprits, nommée souveraineté spirituelle^ laquelle s'étend à cent vingt-cinq millions de catholiques; puis une souveraineté sur un lieu, nommée à tort souveraineté temporelle^ laquelle se borne à sept cent mille sujets. La véritable, la grande puissance du pape, c'est donc sa souveraineté spirituelle, ce n'est donc pas sa souveraineté locale ; il perdrait la seconde que cela n'affaiblirait en rien la première, pas plus qu'un membre de l'Académie des sciences ne serait atteint dans son autorité scientii]que s'il cessait d'être maire de sa commune.

On le voit : pour l'Italie aussi bien que pour le pape et pour le pape aussi bien que pour l'Italie, la question de la souveraineté pontificale se réduit étroitement à une question d'administration locale plus ou moins éclairée, intéressant sept cent mille habitants, dont il y aurait à déduire d'abord en grand nombre tous les mendiants et ensuite tous les membres appartenant, à un titre quelconque, soit au clergé, soit aux conununautés religieuses.

Mais, se hâte^^t-on de répéter, la souveraineté locale du pape, c'est son indépendance personnelle !

A cet argument, tiré de la nécessité que le pape ne dépende que de lui-même et que de lui seul, la réponse se trouve dans l'histoire, qui atteste que, pendant plus de mille ans, aucune souveraineté locale n'a été attachée à l'exercice de la papauté ; mais t^ette réponse ne se trouvât-elle pas dans l'histoire, que rien ne serait plus facile, que de donner pleine satisfaction à la nécessité dont on arguë, puisqu'il suffirait pour cela d'attribuer en toute propriété et en toute souveraineté au pape et à ses successeurs une île, telle que l'île d'Elbe, qui a été la demeure, après son abdication, du plus puissant douverain des temps modetnes.

Ainsi, de quelque côté qu'on l'envisage, on voit jusqu'à quel point la question de Rome a été surfaite. Reconnaissons^ le, il n' j avait à dénouer ou à trancher qu'une grande question : c'était celle qui avait été posée en 1859 et qui a été résolue en 1866 : a L'Italie lérêdes Alpes jusqu*à F Adriatique. » La grande question n'était pas à Rome ; elle était à Venise.

« Si j'étais roi de France^ je laisserais bourdonner l'Europe autour de moi, je n'en demanderais pas de nouvelles, je défendrais même qu'on m'en donnât; je retirerais mes ambassadeurs; je ne me ruinerais ni pour l'Amérique^ ni pour l'Angleterre; j'aurais^ pour défendre ma position heureuse entre deux mers, deux grands fleuves, deux chaînes de montagnes et trois cordons de forteresses, quatre cent mille miliciens bien exercés, deux ou trois fois par mois, à la défensive des places, des détilés et des rivières. Comme ils ne quitteraient point leurs villages, ils me coûteraient fort peu, ainsi que ma marine, qui ne servirait qu'à la garde de mes ports. »

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