‹ Le succès; questions de l'année 1866Chapitre 196 sur 205 · LA DEFENSE DU PAYS · texte numérisé non relu

LA DEFENSE DU PAYS

9 déeembre 1866.

Zû défense du pays ! Sous ces mots solennels , qu'y a-t-il?

Est-ce le vide? Est-ce le péril?

Si c'est le péril, il n'y a point à hésiter. Qu'il ait échappé au service militaire parla faveur du sort, par la caisse d'exonération, ou qu'il soit libéré de sa dette par le payement effectué sous les drapeaux au prix des sept plus belles années de son existence ; qu'il soit marié ou qu'il ne le soit pas; qu'il ait ou qu'il n'ait point d'enfants dont il soit l'indispensable soutien, tout Français valide, de tout âge, doit s'apprêter et s'exercer à marcher le sac sur le dos, la giberne aux reinS| le sabre à la hanche, le fusil sur l'épaule, le képi sur la tête ; h manger h la gamelle et à coucher sur le sol sec ou humide.,, le patriotisme le veut ainsi. Mais qui donc, ne nous lassons pas de le demander, nous menace ou nous défie?

Est-ce l'Angleterre ? Si c'était l'Angleterre, ce ne serait pas deux réserves et des gardes nationaux mobiles qu'il faudrait, ce seraient des vaisseaux.

Est-ce la Belgique ? Elle a tout à craindre de nous, et nous n'avons rien à craindre d'elle.

Est-ce la Suisse ? Même réponse.

Est-ce l'Espagne? Même réponse encore.

Est-ce l'Italie? Fût-elle ingrate, ce que nous n'admettons

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pas, ayant l'Autriche pour voisine, elle a nécessairement la France pour alliée.

Est-ce r Autriche? Si cette infortunée puissance était assez forte pour nous attaquer, ce ne serait pas contre nous qu'elle tournerait ses armes; ce serait contre la Prusse, qui lui a enlevé du même coup sa suprématie en Allemagne et son prestige'en Europe.

Est-ce la Prusse? Alors même qu'elle ne nous devrait pas une grande reconnaissance pour la neutralité que nous avons gardée, neutralité sans laquelle l'armée prussienne ne se fût pas hasardée à se ranger en bataille contre l'armée autrichienne, est-ce que la France n'est pas sa garantie contre la Russie, comme à son tour elle est la garantie de la France contre la Russie? Par la force des choses, ce qui est plus solide que par le lien des traités, la France et la Prusse sont nécessairement et étroitement alliées.

Est-ce la Russie? Il n'est pas douteux qu'elle ne nous conserve une certaine, rancune de la conduite que nous avons tenue en 4863, conduite qui a rouvert les blessures à peine fermées de 1856; mais il reste à la Russie trop de réformes à accomplir sur son vaste territoire et elle est trop loin de nous pour qu'elle pense à prendre contre nous l'initiative d'aucune agression. D'ailleurs, si le danger, qui nous paraît chimérique, existait, le moyen de le conjurer ou de le combattre victorieusement, ce ne serait pas la formation d'une armée recrutée dans une population de 37 millions d'habitants seulement, population faible comparativement à une population de HO millions d'habitants; car il serait invraisemblable d'admettre que la Russie attaquât la France sans s'être assurée préalablement d'avoir la Prusse pour avant-garde. Mais quel autre moyen de combattre ce danger ou de le conjurer? En se fortifiant par des alliances!... — Mais quelles alliances serait-il possible de nouer? L'Angleterre, grande puissance insulaire, grande puissance maritime, grande puissance commerciale, a enfin compris qu'il n'y avait aucun avantage pour elle à souffler la discorde en Europe , et à prendre parti pour telle nation contre telle autre. La victoire de la Sadowa, en donnant la Vénétie au gouvernement italien , Ta condamné à la neutralité. Une seule alliance serait possible politiquement, mais elle est matériellement impossible : enclavée, entourée,

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