‹ Le succès; questions de l'année 1866Chapitre 199 sur 205 · LES NEOTRES DE FAIT · texte numérisé non relu

LES NEOTRES DE FAIT

si justement aux «eutrautIs de droit s'applique4-il moins justement aux neutralités de fait?

Si ce n'est pas contre la Prusse, la Belgique et peut-être contre la Suisse, contre qui donc peuvent être faits les pré* paratifs d'armement de la France, élevant son contingent militaire au double de ce qu'il était sous la Monarchie de 4830?

Ce ne peut pas être contre l'Angleterre, encore moins contre rAutriche, l'Espagne et l'Italie ; si n'est pas contre la Prusse, c'est donc contre la Russie? Mais Russie et Prusse ne se sépareront pas, et alors ce sera la lutte inégale, ne nous lassons pas de le répéter, de 413 millions d'habitants contre 37 millions d'habitants.

Entre les neutralités de droit et les neutralités de fait, lais^ sant de côté toutes les distinctions inutiles, puisque le droit n'a jamais rien protégé en aucun temps, pas plus dans le pré* sent que dans le passé, le vrai rôle de la France, ce serait d'être la grande puissance neutre, la grande puissance arbi* traie que les autres puissances européennes se complairaient à choisir pour juge de leurs différends. Assez forte pour faire respecter la justice de ses sentences, la France ne l'est plus assez pour allumer les défiances et faire naître la crainte. Tant mieux si la paix doit en être moins précaire I

L'orgueil est un bandeau qu'on ne saurait jamais se hâter assez vite d'arracher de ses yeux pour le mettre sous ses pieds. Que la France laisse les autres nations s'aveugler, si elles veulent se perdre ! Qu'au lieu de se rapetisser par l'orgueil, elle se grandisse par la modestie I Puissance de trente-sept millions d'habitants, qu'elle renonce à se gonfler ! Qu'elle reconnaisse et se dise que ce n'est pas en grossissant le chiffre de son armée qu'elle grossira le chiffre de sa population I Quand elle aura porté, sous les divers noms d'armée active et de resserve, le nombre de ses soldais à 960,000, et qu'elle y aura ajouté 300,000 gardes nationaux mobiles, elle ne comptera pas un Français de plus, et peut-être comptera-t-elle beaucoup de Français de moins, car elle aura diminué la proportion des naissances et considérablement augmenté la proportion des morts, ainsi que cela résulte de l'irrécusable témoignage qui suit :

« La mortalité qui sévit parmi les jeunes conscrits, et qui a pour cause les longs trajets qu*ils sont obligés de faire pour rejoindre leurs corps^ est effrayante... D'après les tableaux du ministère de la guerre^ les pertes de Farmée sont : la première année, de 7 1/2 sur cent; la seconde, de 6 1/2; la troisième, de 5 i/2; la quatrième, de 4 1/2; la cinquième, de 3 ; les suivantes de 2 sur cent, n

Page 1