‹ Le succès; questions de l'année 1866Chapitre 48 sur 205 · LA SITUATION · texte numérisé non relu

LA SITUATION

28 avril 1866.

On ne saurait se le diâsimuler, c'est une mauvaise situation que celle qui se traduit en France par les chiffres suivants :

Cours du 3 pour 100 français ; 67 francs. Taux de l'escompte : 3 1/2 pour 100.

Encaisse de la Banque : 518 millions.

Circulation des billets au porteur : 890 millions. Dette publique : 516 millions de rente. Armée et marine : 532 millions par an. CiHitingents militaires : 700^000 hommes.

De tels chiffres disent mieux que des paroles que ce n'est ni la prospérité croissante ni la paix assurée.

Si c'était la prospérité croissante, le taux de l'escompte étant à 3 1/2, le cours de la rente 3 pour 400 ne serait point au-dessous de 67 francs, et la Banque de France, n'ayant que 890 millions de circulation, n'aurait pas 518 millions d'encaisse.

Si c'était la paix assurée, il n'y aurait pas de raison pour que les contingents annuels excédassent en 1866 ce qu'ils étaient en 1818, où la durée du service n'était que de six années et où le contingent n'était que de 40,000 hommes, C6

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qui limitait l'effectif militaire à 240,000 hommes seulement ; non, il n'y aurait pas de raison pour que les contingents annuels de 100,000 recrues, multipliés par sept années de service, grevassent le budget de plus d'un million par jour, de 367 millions par an, non compris les 14 millions de l'Algérie.

Incontestablement précaire, la situation actuelle mène fatalement à la guerre par l'obstination à maintenir un passé qui s'écroule.

L'empereur des Français a eu raison de le proclamer dans celui de ses discours qui demeurera comme l'un des plus beaux actes de son règne.

Si ce discours, si cet appel de la France à tous les souverains n'a pas été écouté en novembre 1863, comme il aurait dû l'être, ne serait-ce pas le cas et le moment de le réitérer en avril 1866, maintenant que les événements qui s'amassent sous la forme de nuages au-dessus de nos têtes sont venus donner manifestement raison aux prévisions et aux exhortations du 5 novembre 1863?

Pour faire rentrer dans leurs fourreaux toutes les épées prêtes à en sortir, à commencer par celle de M. de Bismark, et empêcher la guerre d'éclater, la France n'aurait à prononcer que ces seuls mots : « Quelle que soit la puissance qui attaquera, je me rangerai immédiatement du côté de la puissance attaquée. »

Ces mots, auxquels applaudirait toute l'Europe, qui empêche la France de les dire?

Ils ne seraient pas encore la féconde réalisation du désarmement, mais ils en seraient la glorieuse préface.

L'Europe ressemble en ce moment à un convoi de chemin de fer qui serait sorti du rail, ou à une voiture qui aurait versé dans l'ornière; si chacun regarde sans que personne agisse, la voiture restera dans lornière, la circulation de la voie demeurera interrompue,

La France n'a qu'un mot à dire pour que ce mot soit un acte et que toutes les mains se mettent à l'œuvre. Que la France le dise I Et la situation, qui est sombre^ ne tardera pas à s'éclaircir. Ce serait une victoire sans bataille. Cette victoire sans effusion de sang, cette victoire qui dissiperait toutes les perplexités, qui mettrait fin à toutes les manœuvres, qui chasserait tous les doutes, il dépend de la France et du chef de l'État de la remporter.

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