LA PAIX PAR LA SINCÉRITÉ
2 mai 1866,
A rarticle interpellatif du journal la Liberté^ intitulé : l'abhée db la. paix, la France répond par un article évasif intitulé : la paix par la oubbre.
Mais non, la France ne répond pas : elle élude ; elle échappe aux questions que nous lui avions posées par des banalités contre la guerre , banalités qui cachent mal le fond de sa pensée. Il est visible que la France est de l'avis de la LUberié.
C'est qu'en effet il est certain que le comte de Bismark n'aurait pas osé tenir le langage provocateur qu'il a tenu à rAutriche, à la Bavière, à la Saxe, s'il n'avait pas eu de fortes présomptions de compter, dans de certaines éventualités prévues, d'abord sur l'alliance et le concours armé de l'Italie, et ensuite sur l'appui de la France, soit en cas de revers menaçant l'intégrité du territoire italien, soit en cas de victoires donnant à l'Italie la Vénétie et donnant à la Prusse les agrandissements qu'elle convoite si ardemment.
Le jeu du comte de Bismark est trop clair pour qu'il puisse tromper personne. Ce jeu serait insensé, si la Prusse n'avait pas l'espoir d'entraîner la France par le double désir de
réparer les désastres de J 81 5 et de rentrer dans la possession de la rive gauche du Rhin.
La paix n'est en question, la paix n'est en péril que parce qu'à Berlin et à Florence on compte, à raison ou à tort, sur Paris.
Si, effectivement, les événements nouent cette triple alliance, l'Autriche n'aura à s'en prendre qu'à elle-même , car il aura dépendu d'elle de la prévenir et de jouer sûrement la partie contraire, de trois contre un, au lieu de un contre TROIS. Elle n'avait, ce qui élait facile, qu'à s'assurer l'alliance de la France et de l'Italie contrôla Prusse agressive, contre la Prusse foulant aux pieds les traités et les pactes au bas desquels est apposée sa signature.
Il ne faut jamais rien faire à demi. L'Autriche s'est gravement exposée au risque de rapprendre à ses dépens. Sa dépêche, datée de Vienne, le 26 avril 1866, et adressée à Berlin au comte Karolyi, est une demi-mesure. C'est trop ou trop peu. Ou il ne fallait faire à la Prusse aucune concession, ou il fallait lui enlever tout prétexte d'agression, si petit et si faux qu'il fût. Avec les chemins de fer qui sillonnent les territoires autrichien et vénitien, que signifient les concentrations de troupes ? A-t-on levé un soldat de plus, acheté un cheval de plus, fondu un canon de plus, parce qu'on a concentré ce qui était disséminé? Non. Alors, à quoi bon concentrer?
Menacée au nord et au midi comme elle l'est, comment l'Autriche a-t-elle commis l'imprudence de donner ainsi des armes contre elle, si elle n'est ni résolue ni préparée à la guerre? Comment s'est-elle laissé prendre aussi inconsidérément au piège qui lui était tendu si visiblement? C'est inexplicable. Quel homme d'État est-ce donc que le comte de Mensdorf-Pouilly, conseiller intime, feldzeugmestre, ministre de la maison de l'empereur et des aiffaires étrangères? N'a-t-il donc des yeux que pour ne pas voir et ne pas lire?
Le gouvernement autrichien a eu une admirable partie à jouer contre la Prusse, et il laisse la Prusse la jouer à coup sûr contre lui, à moins qu'il ne se couche à plat ventre, comme en Espagne le voyageur devant le bandit.
Si, contre toutes nos prévisions, deux coups de canon s'échangent, n'en déplaise à notre contradicteur du journal la France, c'est que Tempereur Napoléon III n'aura pas voulu