‹ Le succès; questions de l'année 1866Chapitre 51 sur 205 · LA PAK PAR LA SINCÉRITÉ · texte numérisé non relu

LA PAK PAR LA SINCÉRITÉ

mettre en application ces paroles célèbres du roi Frédéric II : • « Si j'avais l'honneur d*être roi de France, il ne se tirerait pas (t en Europe un coup de canon sans ma permission. »

Que pense M. Cohen de ces paroles, qu'il ne pouvait ignorer quand il a pris la plume pour combattre Tarmée de la paix, et qu'il ne saurait avoir oubliées?

Il nous appelle « gendarme » ; appellera-t-il ainsi le grand Frédéric?

Notre politique est celle-ci :

Inviolabilité des états de fait et des gouverneiœnts de FArr.

C'est la politique de la liberté par la paix et de la paix par la liberté.

C'est la substitution de la nouvelle politique économique à l'ancienne politique territoriale ; c'est la substitution de la richesse à la force, et de l'esprit de réciprocité à l'esprit de rivalité.

Cette politique, nous l'avons affirmée en toute circonstance; nous avons fait plus, nous l'avons longuement développée, et constamment soutenue depuis vingt ans.

Mais lorsque les gouvernements et les États, au lieu de marcher en avant, marchent en arrière et rouvrent ainsi l'ère mal fermée de la politique territoriale et de la guerre, sous peine de rester seul à prêcher dans le désert, il nous faut bien les devancer dans cette voie afin d'en écarter les périls les plus graves.

Il n'y a pas une question territoriale, si petite qu'elle soit, témoin celle des duchés de l'Elbe, qui ne soulève les plus grosses questions; aussi sommes-nous pour que la France accepte l'Europe telle qu'elle est, sans entreprendre d'y rien remanier; mais cette conduite, mais cette réserve deviennent impossibles dès qu'une puissance, foulant aux pieds les traités et les pactes qui la lient, change l'état de paix en état de guerre, met en péril tous les intérêts et toutes les situations.

Or n'est-ce pas là ce qu'a fait la Prusse menaçant l'Autriche, parce qu'elle a refusé de lui vendre le Holstein?

S'il en est ainsi, s'il ne s'agit plus que de donner au gouvernement prussien la verte leçon qu'il s'est attirée et qu'il a méritée, quel besoin l'Autriche, la France et l'Italie auraientelles du « Gouvernement de M, de Bismark » ?

Si la triple alliance territoriale et maritime de l'Autriche, de la France et de l'Italie, avait pour objet et pour effet de neutraliser le détroit des Dardanelles, de telle sorte que l'Angleterre n'eût plus à craindre que la Russie s'en emparât, quel ombrage cette alliance pourrait-elle justement donner à la Grande-Bretagne ?

Il n'y aurait donc qu'à désintéresser la Russie.

Serait-ce impossible, si l'Autriche, en même temps qu'elle reprendrait les trois millions cinq cent mille habitants de la Silésie à la Prusse, donnait les quatre millions six cent mille habitants de la Gallicie à la Russie.

Mais que devif^ndrait la Prusse? Elle redeviendrait ce qu'elle a été avant le règne de Frédéric II ; elle cesserait d'être une grande puissance menaçant avec hauteur la Saxe et la Bavière ; elle subirait le sort qu'elle a infligé au Danemark.

Juste expiation ! juste châtiment !

lA CONFUSION

3 mai 1866.

Comment rien distinguer, comment s'y reconnaître, comment ouvrir les yeux dans ce tourbillon qui vous aveugle de télégrammes contradictoires et de dépêches entre diplomates, se donnant les uns aux autres réciproquement les démentis à la fois les plus insultants et les moins probants?

La Prusse proteste contre les armements de rAutriche, armements qui seraient, au dire de M. le comte de Bismark, une menace ou une provocation.

L'Autriche jure sur son drapeau qu'il n'est pas vrai qu'elle ait augmenté son effectif militaire d'un seul homme, et qu'elle ait opéré aucun mouvement de concentration de troupes qui fût de nature à inspirer à la Prusse la crainte la plus légère, mais que, si la Prusse y tient, l'Autriche est prête à rétablir le « statu quo anie )) .

Qui ment? Qui dit la vérité ?

De quel côté la vérité est-elle ?

Est-elle du côté de la Prusse, qui afQrme?

Est-elle du côté de l'Autriche, qui nie?

Plus le nombre augmente des dépêches échangées à cet égard entre les deux puissances, et moins la lumière se fait.

Au midi, mémo confusion qu'au nord.

i24 tsee

L'autriche soutient que ses armements ne sont que la conséquence des armements de Tltalie.

L'Italie prétend que ses armements ne sont que la conséquence des armements de TAutriche.

Qui ment? qui dit la vérité?

De quel côté, encore, est-elle?

Est-elle du côté de l'Autriche?

Est-elle du côté de l'Italie ?

Nous avons lu et relu toutes les dépêches diplomatiques, toutes les dépêches télégraphiques, toutes les versions, toutes les lettres, sans choisir entre elles et sans en exclure aucune, afin que la vérité se fît jour par elle-même si ses rayons étaient assez forts pour percer enfin l'épaisseur du nuage qui l'enveloppe.

Ce nuage se dissipera-t-il? nous l'ignorons. Ce que nous savons, c'est qu'il n'a jamais été plus épais qu'aujourd'hui; c'est que jamais la confusion n'a été plus grande. On peut dire que c'est la confusion de la confusion.

Aussi les ministres et les diplomates qui passent pour les mieux informés avouent-ils qu'ils ne savent, aucun, ce qui jaillira de ce choc d'affirmations contre dénégations et de démentis contre démentis.

La guerre en sera-t-elle la conséquence ?

On le croit généralement.

Si générale que soit cette croyance, et si fondée qu'elle paraisse, il nous est impossible de la partager.

Nous voyons bien que la Prusse n'a pas démobilisé (style prussien).

Nous voyons bien que l'Autriche concentre sur le sol vénitien toutes les troupes qu'elle y peut concentrer.

Nous voyons bien que l'Italie, — soit qu'elle ait pris l'offensive, soit qu'elle n'ait fait que se placer sur la défensive, — nous voyons bien que l'Italie, « fermement résolue à accomplir ses destinées », arme tout ce qu'elle peut armer et vote de confiance et d'urgence toutes les dépenses nécessaires auxquelles il sera pourvu par tous les moyens quels qu'ils soient.

Nous voyons tout cela, mais rien de tout cela n'a encore ébranlé notre conviction.

Armer est chose qui ne signifie rien, si ce n'est pour les

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