LA CONFUSION
finances, qu'épuisent des armements disproportionnés avec elles, des armements inconsidérés.
La Prusse est armée.
L'Autriche est armée.
L'Italie est armée.
Aux deux extrémités et au centre les canons sont braqués.
Cela est vrai, cela est incontestable.
Mais laquelle de ces trois puissances mettra la première le feu aux siens ?
Là est la question ! là est la barrière ! là est l'obstacle I
Si l'Italie, redoutant la perte d'une première bataille, redoutant surtout le siège du Quadrilatère qu'il lui faudrait faire, siège qui peut durer très-longtemps, n'ose pas tirer le premier coup de canon; si l'Autriche, retenue par d'autres considérations, met sa politique et son honneur à ce qu'il soit manifeste et indéniable qu'elle a attendu pour charger ses canons de pouvoir montrer à toute l'Europe les boulets italiens tachés du sang autrichien et tirés sans provocation aucune ; si la Prusse n'est pas moins circonspecte que l'Italie et l'Autriche, qu'arrivera-t-il ?
Il arrivera forcément que ces trois puissances resteront risiblement l'arme au bras aussi longtemps qu'il leur sera possible de payer les vivres et les vêtements achetés pour leurs soldats, soit au moyen de florins et de scudi, soit au moyen de chiffons de papier et d'assignats ayant cours forcé.
Elles se ruineront, mais elles ne se battront pas.
Il faut voir les choses telles qu'elles sont : la guerre n'a qu'une chance, une seule, d'éclater : c'est par l'Italie canonnant l'Autriche au nom de la délivrance de la Vénétie.
L'Autriche canonnée par l'Italie, c'est le parti d'action qui se replace à la tête des événements.
Alors que fera la Prusse ? Le féodal comte de Bismark montera-t-il en croupe sur le cheval de l'héroïque aventurier Garibaldi?
Alors que fera la France? Approuvera-t-elle ? blâmeratrelle? attendra-t-elle ?
Alors que deviendra la convention du 15 septembre, si le parti d'action, ayant triomphé, persiste à vouloir que Rome, et non Florence, soit la capitale de l'Italie?
tsett
Il suffit de se poser ces trois questions pour s'affermir dans la conviction profonde que de la confusion ruineuse qui nous enveloppe il ne sortira, il ne peut sortir que l'impuissance démontrée d'une politique à la fois téméraire et pusillanime, arriérée et prématurée, qui ne sait être ni la richesse, ni la force, ni la paix avec la liberté, nî la guerre avec la conquête.