LA FRANCE VEUT LA LIBERTE
45 février 1806.
La France Teut la liberté ; la France l'aura.
Cessât-elle de vouloir la liberté, que la France Taurait encore, parce que la liberté serait Tinévitable conséquence de ces deux causes : la force des choses et la faiblesse des hommes.
Il serait interdît de prononcer le nom de la Liberté, qu'il n'y aurait que le nom de supprimé ; elle s'appellerait : la Nécessité.
Si l'on voulait que la France pût se passer des libertés dont la possession lui a été retirée , aloi-s il fallait être logique î alors il ne fallait pas lui rendre le suffrage universel et lui donner la liberté commerciale !
Mais sans le suffrage universel, mais sans les (rois votes du 10 décembre 1848, du 20 décembre 1854 et du 2i novembre 1852, l'Empire no fût pas né, l'Empire n'existerait pas. Le Suffrage universel est à l'Empire héréditaire ce qu'est au fleuve, qui a la mer pour embouchure, la source où ce fleuve a pris naissance. La liberté esta l'Empire ce que la mer est au fleuve. La liberté est l'embouchure nécessaire de tout pouvoir dont le suffrage universel est la source. Il serait aussi impossible de concevoir géométriquement . une ligne ayant une seule extrémité que de concevoir politiquement un gouvernement ayant le suffrage universel à l'un de ses bouts et n'ayant pas à l'autre la liberté.
Aussitôt l'irréflexion de s'écrier : « Eh bien ! qu'on supprime le suffrage universel ! »
Supprimer le suffï^age universel ne serait pas chose si simple qu6 se i^imaginent les insensés qui en rêvent l'abolition.
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Sans le suffrage universel, qu'est-ce que l'Empire ? Ce n'est plus qu'un gouvernement militaire.
Or qu'est-ce qu'un gouvernement militaire sans la guerre, encore la guerre, toujours la guerre? Et qu'est-ce que la guerre sans la conquête? Et qu'est-ce que la conquête, si ce n'est finalement la coalition , et , tôt ou tard , un autre Waterloo?
Mais j'admets l'inadmissible , je suppose l'impossible , je suppose que l'Empire survivant à la suppression du suffrage universel et fonctionnant sans lui , si du même coup la liberté commerciale n'était pas simultanément supprimée , comment l'Empire s'y prendrait-il pour subsister avec elle ? Gomment l'Empire s'y prendrait-il pour empêcher de pénétrer en France les livres, les pamphlets, les libelles, les journaux imprimés à l'étranger? Où le roi Louis XIV a échoué par tous les moyens, avant que les chemins de fer existassent, maintenant que d'innombrables chemins de fer sillonnent l'Europe en tous sens et vomissent à toute heure des milliers de voyageurs débouchant d'Angleterre, de Belgique, de Suisse et d'Italie , comment l'empereur Napoléon III réussirait-il? Entourât-il la France d'une muraille, qu'une muraille ne défendrait pas mieux la France qu'elle n'a défendu la Chine.
Il faut donc en prendre son parti et renoncer à l'idée de gouverner la France sans la liberté. Les hommes peuvent déraisonner, les choses ne déraisonnent pas. Elles ont une logique inexorable , contre laquelle expirent toutes les inconséquences.
Si fortes que l'on conçoive toutes les volontés contraires, la France aura la liberté, toutes les libertés; je l'ai dit sous tous les régimes qui se sont succédé depuis trente-six ans ; je le répète, je le maintiens.
Ce n'est pas seulement l'espérance qui me dicte ce langage, c'est la certitude.
Eh ! pourquoi donc la France, qui a hautement et solennellement renoncé à la gloire de la guerre : la conquête, renoncerait-elle à la gloire de la paix : la liberté? Ehl pourquoi donc la France , qui n'aspire plus à se faire craindre , n'aspirerait-elle pas à se faire admirer? Eh ! pourquoi donc la Vrance, qui occupe en Europe le premier rang lorsqu'il s'agit de se mesurer à l'échelle de la force relative, pourquoi donc la