LE CONGEJÈS APRÈS U GUERRE
6 juia 1866.
Nous vivons dans un temps où avant tout il faut réussir ; où la justice, la logique, la raison et la vérité ont peu de poids ; où il n'est tenu compte que du succès. De la part des puissances qui n'ont pas réussi dans leur tentative de réunion d'une Conférence, ce serait donc une grosse erreur que de compter, puisqu'elles ont échoué dans leur tflche, sur la reconnaissance de l'Europe.
Pervertie par le succès, qui est sa seule règle, sa seule balance, l'Europe ne verra que l'échec.
Avons-nous besoin de dire que cet échec nous afilige aussi profondément qu'il va réjouir ceux qui ont toujours nié qu'il fût possible de réunir un Congrès avant la guerre?
Malheureusement, nous aurons notre revanche contre eux le jour où se réunira le Congrès après la guerre.
Lorsque des flots de sang auront été versés, lorsque le deuil sera dans toutes les communes et dans toutes les familles, lorsque des États auront été dévastés, lorsque tous les canaux de la richesse publique auront été taris ; lorsque le décime de guerre, multiplié sous toutes les formes, sera venu rendre le poids de l'impôt encore plus écrasant; lorsque les ponts jetés sur les fleuves auront été démolis, lorsque les chemins de fer auront été coupés; lorsque, enfin, la Barbarie se sera pleinement vengée sur la Civilisation, son ennemie, de tous les triomphes remportés par celle-ci sur celle-là depuis cinquante
ans, nous verrons si la tâche de l'équité sera plus facile après qu'avant la guerre !
Est-ce que les traités de 1815, que, depuis 1815, pas une seule des puissances signataires n'a fidèlement respectés, ont été conclus avant la guerre? Est-ce que ce n'est pas après la la guerre qu'ils ont été conclus? Que valaienMls? Que vaudront les traités qu'on fera, de quelque côté que se range la victoire ? Est-ce que la victoire a jamais été l'équité?
Plus nous voyons la Guerre s'approcher et plus nous sentons redoubler contre cette déesse des honunes pratiques la défiance^ la haine et le mépris qu'elle nous inspire.
Mais quels que soient ce mépris, cette haine et cette défiance, cela ne nous empêche pas de répéter que s'il n'y a plus aucun moyen d'éviter la guerre, alors il faut la mener résolument, rapidement, logiquement.
Plus elle sera inégale et plus elle sera courte.
MÉMiMéMaifa