‹ Le succès; questions de l'année 1866Chapitre 75 sur 205 · LA LETTRE DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

LA LETTRE DE L'EMPEREUR

14 juin isee.

C'est la guerre ! Comment ne serait-ce pas la guerre?

Lisez la lettre de l'empereur à son ministie des affaires étrangères.

Que déclare-t-elle?

Elle déclare qu'il repousse toute idée d'agrandissement territorial, tant que l'équilibre européen ne sera pas rompu ; ellQ ajoute qu'il ne pourrait songer à l'extension de nos frontières que si la carte de l'Europe venait à être modifiée au profit exclusif d'une grande puissance.

Si la Prusse est victorieuse et qu'elle s'incorpore les duchés de l'Elbe, qui lui ouvrent deux accès sur deux mers, la mer du Nord et la mer Baltique, mises en communication par un canal, est-ce que l'équilibre européen, tel qu'il existe, ne sera pas rompu? Est-ce que la carte de l'Europe ne sera pas modifiée au profit exclusif de la Prusse?

Si ritaUe est victorieuse et qu'elle se complète par la possession de la Vénétie, est-ce que l'équilibre européen tel qu'il existe ne sera pas rompu? Est-ce que la carte de l'Europe ne sera pas modifiée au profit exclusif de l'Italie?

Si l'Autriche est victorieuse et qu'elle reprenne à la Pru89e la Silésie sans rendre à l'Italie la Yénétie, est-ce que l'équi-

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libre européen tel qu'il existe ne sera pas rompu? Est-ce que la carte de l'Europe ne sera pas modifiée au profit exclusif de l'Autriche?

Pour que ni l' Autriche, ni l'Italie, ni la Prusse ne s'agrandissent et que la carte de l'Europe ne fût modifiée au profit exclusif d'aucune puissance, que faudrait-il?

Il faudrait qu'aucun changement nouveau ne fût apporté aux traités de 1815, sur lesquels le discours d'Auxerre a fait connaître une fois de plus la pensée imcmuable de l'héritier de Napoléon I".

Est-ce vraisemblable, le jour ou l'ambassadeur d'Autriche a reçu par le télégraphe l'ordre de quitter Berlin, et où le même ordre a dû être assurément donné à l'ambassadeur de Prusse de quitter Vienne?

Est-il admissible que l'Autriche et la Prusse vont se battre uniquement pour s'entre-tuer et sans qu'il en résulte ni pour Tune ni pour l'autre de ces deux puissances une extension de territoire et un accroissement d'influence?

Non-seulement cola n'est pas admissible, mais cela n'est même pas possible.

La lettre de l'empereur déclare, premièrement, que la situation géographique de la Prusse est mal délimitée : la conséquence à tirer de cette déclaration n'est-elle pas qu'il faut s'attendre à ce que le premier usage que fera la Prusse de sa victoire, si elle bat les Autrichiens, sera de se donner pour prix de son succès une meilleure délimitation de sa situation géographique ?

La lettre de l'empereur déclare, deuxièmement, que le vœu de l'Allemagne demande une reconstitution politique plus conforme à ses besoins généraux : la conséquence à tirer de cette déclaration n'est-elle pas que la Confédération germanique est menacée qu'il lui arrive exactement ce qui est advenu au Sleswig? Malhem^eux Sleswig ! malheureuse Confédération Germanique ! Est-il présumable que l'Autriche et la Prusse vont se battre uniquement pour que la victoire remportée par l'une de ces deux puissances sur l'autre tourne au profit de la Bavière, de la Saxe et du Wurtemberg? Est-ce qu'on aurait déjà oublié les lettres échangées en août 1863 à Gastein par Leurs Majestés l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse sur la présidence et la direction des affaires fédérales?

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Enfin la lettre de l'empereur déclare, troisièmement, la nécessité pour ritalie, d'assurer son « indépendance nationale » : la conséquence à tirer de cette déclaration n'est-elle pas qu'il faut absolument que la Yénétie fasse retour à l'Italie, sous peine, pour « l'œuvre que nous avons contribué à édifier », de n'avoir qu'une existence précaire et constamment menacée?

C'est donc la guerre ! Loin de contredire le discours du 5 novembre i863,la lettre du 14 juin le corrobore ; elle en découle.

Le discours du 5 novembre 1863 concluait en ces termes :

« Deux vmes sont ouvertes : l'une conduit au progrès par la conciliation et la paix; r autre, tôt ou tard, mène fatalemi£nt à la çfuerre par l'obstination à maintenir un passé qui s'écroule. »

La première de ces deux voies ayant été fermée, il ne reste plas d'ouverte que la seconde, et la seconde, c'est la guerre fatale.

Peu importe maintenant que rAutriche n'ait pas voulu, n'ait pas pu, n'ait pas su l'éviter I

Que la France demeure calme dans sa force, ou que la France tire l'épée, la France est logiquement avec la Prusse, parce qu'elle est indissolublement avec l'Italie.

16 juin )866.

Assurément le rédacteur en chef actuel du ConstituHonnelf M.Paulin Limayrac,et l'ancien rédacteur en chef de ce même journal, M. Gucheval-Glarigny, présentement rédacteur en chef de la Presse^ où il a succédé à M. Emile Ollivier sans le lemplacer, sont plus à même que nous de jeter un regard fuilif sous le voile mis sur la pensée de l'empereur par sa lettre à M. le ministre des affaires étrangères, communiquée au Corps législatif par M. le ministre d'État.

Puisqu'ils déclarent et chantent à l'unisson que nous ne savons pas lire, MM. Paulin Limayrac et Cucheval-Clarigny doivent avoir raison.

Donc nous rétractons pleinement et humblement, à genoux et les mains jointes, ce que nous avons écrit.

Nous reconnaissons que le contraire de ce que nous avons supposé est la vérité.

Où nous avons dit : c est i.a GU£aaË ! nous eussions dû dire :

c'est hX PAIX I

Après les deux affirmations convergentes de MM. Paulin Limayrac et Gucheval-Glarigny, comment, sans les offenser, pourrions-nous conserver à cet égard le plus léger doute ?

Aussi n'en avons-nous plus aucun.

Unis pour la première fois, ces mots de la lettre impériale : NEUTRALITÉ ATTENTIVE ne veulent pas dire : attsnte a&vke,

mais MBDTfi ALITÉ PASSIVE.

Ils n'ont pas la signification qui a consterné TAutriche et mis la pâleur sur ses joues; réjoui la Prusse et mis le sourire sur ses lèvres; transporté l'Italie et mis la flamme dans ses yeux.

Italiens, Prussiens, et Autrichiens sont tombés dans la même méprise que nous ; mais cela ne justifie pas la nôtre ; elle est impardonnable : tout au plus cela l'explique-t-il !

Si elles sont victorieuses par leur alliance, la Prusse pourra redresser et étendre sa situation géographique mal délimitée, l'Italie pourra se consolider en se complétant par la possession de la Vénétie : alors la France assistera attentivement, mais passivement, à cette double rupture du faisceau autrichien et du lien fédéral. Plus d'empire d'Autriche ! Plus de Confédération germanique! Penh! l'Europe en sera-t-elle moins en équilibre sur elle-même?

Si elle est victorieuse , l'Autriche pourra reprendre à la Prusse la Silésie; l'Autriche pourra rendre les duchés d^ l'Elbe à la Confédération germanique, dont la Prusse a déclaré qu'elle cessait désoi^mais de faire partie; l'Autriche pourra garder la Vénétie et son Quadrilatère; l'Autriche, enfin, pourra imposer à l'Italie vaincue le remboursement, conjointement avec la Prusse, des frais de la guerre : alors la France, qui a « tiré l'épée » en 1854 pour défendre la Turquie contre la Russie, et en J859 pour défendre l'Italie contre l'Autriche, ne la tirera pas cette fois pour défendre ni la Prusse ni l'Italie. Penh ! si ces deux puissances sont sévère-

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