LA CORSE
plusieurs aimées une existence précaire de handito (proscrit) ; mais la vendetta, dont parle déjà Sénèque (v, ci-dessous), n'existe qu'entre les Corses, et la sécurité ne laisse pas plus à désirer pour l'étranger dans l'île que sur le continent. — Une coutume qui remonte à l'antiquité, mais qui tend à disparaître, est celle des complaintes funèbres que des «pleureuses» (voceratrici) viennent faire entendre devant la bière du défunt en présence de la famille.
HisTOiHE. — Comme la Sardaigne qui l'avoisine, et dont les habitants sont issus de la même souche, la Corse n'a pas atteint dans l'antiquité un haut degré de civilisation. L'île est représentée par les écrivains de ce temps comme couverte de forêts, et elle était mal famée. Cependant -les peuples maritimes ne laissèrent pas de se la disputer dans des combats acharnés. Les Phocéens qui, pour échapper aux Perses, abandonnèrent l'Asie, fondèrent eu 556 av. J.-C, sur la côte orientale, à l'embouchure du Tavignano, la ville d'Alalia, appelée plus tard Aleria. Mais les Etrusques et les C'arthaytvois coalisés les forcèrent, à la suite d'une grande bataille navale, en 536, à renoncer à leur colonie et à passer dans l'Italie méridionale, où ils fondèrent la ville d'Elée ou Velia, en Lucanie. La Corse subit la domination étrusque à partir de cette époque, plus tard encore celle de Carthage, et elle fut occupée par les Bomains en 238, mais soumise par eux seulement en 162. Les colonies de Mariava et d'Aleria s'établirent sur la côte orientale, sous Marins et Sylla, mais toutes deux furent détruites plus tard. L'île servit fréquemment de lieu d'exil; c'est ainsi que, sous l'empereur Claude, le philosophe Sénèque y passa huit ans (41-49 apr. J.-C). Il fait peu de cas du pays et de ses habitants; aussi les Corses ont-ils coutume de dire: «Seneca era un birbone» (gueux). Il est l'auteur de ces vers, en partie assez justes :
«Prima est ulcisci lex, altéra vivere raptu, Tertia mentiri, quarta negare deos. »
Strabon leur trouve aussi un caractère vindicatif et indomptable, tandis que Diodore loue leur honnêteté.
Après la chute de l'Empire romain d'Occident, la Corse changea constamment de maîtres; les Vandales, les Ostrogoths, les Bi/zantivs, les Francs et les Sarrasins s'y succédèrent. Enfin les Pisans, après l'an 1070, et les Génois, eu 1300, parvinrent à y asseoir leur domination qui se prolongea jusqu'au xviii» s. Mais l'oppression génoise provoqua une longue série de révoltes et de conspirations, qui firent apparaître des caractères énergiques et des aventuriers hardis et puissants, tels qu^Arrigo dtUu Rocca, Vincentellu d'Istria et Giampolo da Leca, au xiv^ et au xve s. ; Remiccio délia Rocca et Sampiero di BasteUca, au xvi» s. C'est surtout à dater de 1729 que la révolte contre Gênes prit un caractère sérieux. La république tenta vainement de la réprimer en se servant de troupes impériales allemandes. Le 12 mars 1736, un aventurier allemand, le baron westphalieu Théodore de Neuhof, débarqua à Aleria avec une suite et un équipage militaires. Bientôt après, il fut proclamé roi de Corse, sous le nom de Théodore I<"', mais les Français étant venus au secours des Génois, il ne réussit pas à se maintenir. Néanmoins les Corses continuèrent la lutte contre les Génois, en particulier sous le commandement en chef de Giampietro Gaffori (f 1753), et depuis 1755 sous celui de Pascal Paoli (1724-1807), et avec tant de succès qu'ils affranchirent toute l'île, à l'exception de Bastia. Gênes céda alors, en 1768, la Corse à la France, qui eut cependant encore à combattre Paoli et d'autres chefs, et qui ne parvint à asseoir sa souveraineté dans l'île qu'en 1774. Après un exil de vingt ans en Angleterre, Paoli revint en 1790 et resta, comme lieutenant général, à la tête du gouvernement de l'île jusqu'en 1793, où il rompit avec la Convention, se fit nommer généralissime par ses compatriotes et offrit la Corse à l'Angleterre. Les Anglais en profitèrent pour conquérir l'île qu'ils furent néanmoins obligés d'abandonner en 1796, et depuis lors elle est restée à la France.