XXXVI CARTES
La France est couverte d'un réseau d'excellentes routes nationales (38 337 kil.) et dé]iartementales (13 000 kil.), de chemins de grande communication et d^ intérêt commun (248226 kil.), et de chemins vicinaux (285 726 kil.). Les chemins de fer français, dont le premier tronçon date de 1832, ont une étendue de 50515 kil. (en juillet 1912).
Le développement des postes et télégraphes s'accroît chaque jour, et la recette annuelle qui en résulte dépasse en moyenne 225 millions; néanmoins, il n'y a encore en France qu'un bureau de poste par 51 kil. carrés, soit pour 3718 habitants (en Allemagne, un pour 1478 hab.; en Angleterre, un pour 1859 habitants).
m. Cartes géographiques.
Les ïneilleures cartes topographiques de France sont celles du Service Géographique de l'Armée, et qu'on appelle cartes de V Etat- Major. La principale est à l'échelle de 1/80 000, exécutée de 1820 à 1880. Elle est en noir et comprend 273 feuilles, qu'on a refaites en quarts de feuille (t)-pe 1889) vendus séparément 1 fr. pour l'édition sur cuivre et 30 c. pour celle sur zinc. Il en existe une amplification au 50000<= qui est plus lisible (50 c. le quart de feuille, sur zinc). Le même service travaille depuis 1891 à une nouvelle carte au 50000*' en couleurs, dont il a j)aru. jusqu'en été 1912, 37 feuilles (pour le Sud- Ouest: Perpignan, Port-Vendres, Cerbère) ; prix de la feuille, 1 fr. 60.
Le Service Géographique a fait de plus, de 1883 à 1895, une belle carte de France au 200000*^, réduction de celle au 80000*. Elle comprend 82 feuilles, dont chacune correspond à 4 feuilles de la précédente; elle est en cinq couleurs et très lisible (1 fr. 50 la feuille). Il a encore publié de 1852 à 1883 une carte de France au 320000<^ comprenant 33 feuilles en noir; elle n'est tenue au courant que pour les chemins de fer (prix : 2 fr. la feuille sur cuivre, 50 c. en report sur zinc).
D'autre part, le service vicinal a dressé, de 1881 à 1894. par ordre du ministère de l'Intérieur, une carte de France au 100000% qui se vend à la librairie Hachette (boul. St-Gerniain, 79, Paris VI^^). Elle est en cinq couleurs, commode pour le touriste par sa clarté, mais insuffisante et peu exacte pour le terrain: 587 feuilles à 80 c, 1 fr. 05 pliées dans un étui en carton-toile, 1 fr. 55 collées sur toile.
Le versant espagnol des Pyrénées n'est pas sur les cartes de l'Etat-Major français, mais on le trouve sur la carte au 100000' mentionnée ci-dessus. A recommander aussi, pour les Pyrénées centrales, l'excellente carte de Schrader, éditée par le Club Alpin Français avec le concours du ministère de l'Instruction publique, dont on s'est aussi servi pour la reproduction du versant espagnol
GEOCTRAl'lIl(ii:ES. XXXVII
sur la carte au 100000« ineiitloimée p. xxxvi et pour uos cartes. Elle se compose de G feuilles: 1, Mont Perdu (5 fr.); 2, Posets et monts Maudits (1882; épuisée); 3, Val d'Aran (1883; 2 fr.); 4, Rio Ara (.1902; 2 fr.); 5, Cotielhi, ïurbon (1883; 2fr.); 6, Nogueras, Sierra de los Encantados (1893; 2 fr.). Pour les Pyrénées françaises et espagnoles, depuis la Navarre jusqu'à la vallée d'Aure, on peut utilement consulter la carte de Wallon au 150000O, en plusieurs couleurs (pri.v, 3 fr.).
La maison Audriveau-CJoujon (Henry Barrère, rue du Bac, 21, Paris VII®) a publié de 1899 à 1905, avec le concours du Touring- Club de France (p. xvi^, une excellente carte touriste de France, au 400000*. Elle comprend 15 feuilles en six couleurs, ne s'arrête pas aux frontières et indique toutes les routes classées avec leurs différents états: macadam, pavage, trottoirs cyclables, pentes supérieures à 0,05 P^"" "'■< ainsi que les monuments historiques, etc. (prix: 2 fr. 50 la feuille, 4 fr. collée sur toile).
Comme cartes cyclistes, outre la précédente, ou peut citer: la carte Tar'ule, au 250000" (25 feuilles à 1 fr. 25, 2 fr. 75 sur toile; chez A. Taride, boul. St-Denis, 18-20, Paris X«) et la carte Guillot, même échelle (2«) feuilles à 1 fr., 2 fr. 50 sur toile; chez Pion, Nourrit & (''*, rue Garancière, 8, Paris VI«).
La maison de Dion-Bouton (quai National, à Puteaux) publie spécialement pour l'uutomobilisme chez Theuveny (v. ci-dessus) une carte de France au 900000» en quatre couleurs, comprenant cinq morceaux (prix: 4 f r. la carte).
Toutes ces cartes peuvent se trouver dans les endroits fréquentés par les touristes, mais ceux qui en auront besoin pour des excursions feront bien de se les procurer d'avance. Elles se vendent surtout, à Paris, chez Barrère (v. ci-dessus); chez Chapelot, rue et passage Dauphine, 30; chez Pion (v. ci-dessus); etc.
Le catalogue du Service Géographique de l'Armée, qui se vend 1 fr., contient des tahleauj' d' assemblage de ses cartes, vendus 10 c. au détaiL Le c-atalopue Barroro (grutuit) en contient du 80000», du 200000« et du :«0000«. Tableau du lOOOOC, à la librairie Hachette (p. xxxvi).
Introduction artistique et archéologique
par Marcel Anbert.
Epoque préhistorique. — La région du Sud-Ouest de la France est peut-être la plus intéressante pour l'étude des arts à l'époque préhistorique. Le département de la Dordogne a fourni à lui seul le tiers des os gravés et sculptés que l'on connaisse; l'Allier, l'Ariège, l'Aude, la Charente, le Gard, la Haute-Garonne, la Gironde, les Landes, le Lot, le Puy-de-Dôme, les Pyrénées, la Vienne, renferment aussi des grottes néolithiques. C'est surtout dans les cavernes que l'on a retrouvé les traces de l'activité humaine appliquée aux beaux-arts; ce sont des gravures ou graffites, des bas-reliefs et quelquefois, mais rarement, de la rondebosse. La matière employée est presque toujours la pierre et le bois de renne, parfois l'os; quant aux sujets représentés, le renne et le cheval se rencontrent le plus souvent, puis les poissons, les reptiles et les oiseaux, le mammouth, rarement l'homme; enfin les ornements géométriques, dessinés seuls, ou accompagnant quelqu'un des sujets que nous venons d'énumérer. Le style en est médiocre et l'exécution fort rudimeutaire; quant à la composition, elle n'existe pas, et l'on a trouvé quelquefois deux sujets très différents gravés sur la même pierre et entremêlés. Les plus connues de ces cavernes sont l'abri de Langerie-Basse, situé i 70 m. de la Lozère sur la commune de Tayac (Dordogne), les cavernes de la Madeleine et du Moustier (p. 239), qui ont servi de terme de comparaison et de base de classement à toutes les trouvailles de l'époque quaternaire; la station de Brimiquel (p. 233). Les cavernes ne sont pas seules à fournir des objets gravés ou sculptés de l'époque préhistorique, et l'on en a parfois trouvé dans des sépultures néolithiques abritées sous des dolmens, des menhirs ou des tombelles, dans l'Aude par exemple, ou au sommet de pics ou pechs, refuges naturels plus ou moins améliorés par la main de l'homme, autour d'Agen, sur la rive droite de la Garonne et les deux rives du Lot.
Epoque gallo-romaine. — Avant l'arrivée des Romains, les (îaulois])ossédaient déjà un art original, quoique fort archaïque, qu'ils pratiquaient d'ailleurs plutôt comme une industrie que comme un art véritable; la céramique jiiniloisti \)ht exemple, très abondante, est en général peu remarquable. 11 est cependant un art où les Gaulois et en particulier les Aquitains excellaient, c'est celui de la inétalhiryie ; les Bituriges inventèrent l'éfamage et les Eduens le placage. L'art de la rei^rerie fut aussi pratiqué avec beaucoup
INrTRODUCTIOX ARTISTIQUE. XXXIX
de succès par les Gaulois. Comme d'ailleurs chez la plupart des peuples primitifs, ou remarque dans les différents objets le goût pour la décoration géométrique et les couleurs vives, la tendaucê à la stylisation, la prépondérance du travail ajouré.
L'arrivée des Koinains et l'imporlatiou pendant trois siècles des chefs-d'(euvri' ou copies de l'art grec fout disparaître peu à peu l'originalité même de l'art gaulois. Des architectes et des sculpteurs orientaux vieunent s'établir dans les grandes villes de la Gaule; les sculpteurs et peintres indigènes sont des di.sciples et des imitateurs de l'art hellénique; il n'y a pas véritablement d'art galloruniaiu; malgré la production artistique intense, l'invention reste nulle, et les plus belles œuvres ne sont que des copies.
De Narbuiine ip.3l8), qui était au i*'^ s. la plus grande ville de la |)rovince et la plus populeuse de la Gaule, avec Lyon, il ne reste aujourd'hui presque rien; un immense incendie la détruisit en partie au milieu du ii« s. L'Aquitaine était entre la Loire, les Pyrénées, l'Océan et le Massif Central un monde à part; au ii* s., à l'abri des guerres civiles et des incursions ennemies, plus puissante que la Narbonuaise, elle était le refuge du lu.\e; les grandes villes étaient des centres de haute culture et de production artistique. Clennvnt (p. 1G6). le chef-lieu des Arvernes, était la Cité sainte de la Gaule; c'est là que s'était organisée la résistauce aux Komains; c'est à côté, sur le l'ny de Dôme (p. 176;, que s'élevait, eu l'houueur de Mercure, le grand dieu gaulois, le temple le plus riche du pays, si riche qu'au m* s. il était le point de mire des convoitises barbares. Bourges (p. 134i. la grande ville de la Gaule indépendante, déchue sous la domination romaine, était un centre métallurgique important. Puitiem [p. 7) et Sainte:} (p. 42), villes de luxe, habitées par la riche aristocratie gauloise et les hauts fonctionnaires romains, sont encore couvertes de ruines qui témoignent de leur richesse passée. Saintes avait été au i»"^ s. la ville la plus vivante de l'Aquitaine; au u^ s., elle cède la place h Bordeaiuc {p. 105), ville de trafic intense, liordeaux devient vite très riche; on y élève des monuments magnifiques; au iv* s., ruinée dans sou commerce, elle reste un centre de haute culture intellectuelle et artistique. La vallée de la (iaronue, féconde et variée d'aspect, était couverte de beaux domaines. Les derniers contreforts des Pyrénées et les vallées qui s'y abritent, étaient aussi très recherchées par les Gallo-Komains qui s'y faisaient construire de riches villas; c'est ainsi que l'on a retrouvé près de Martres- Tolosane (p. 296) les restes de la très importante villa de Chiragan dont les sculptuK's et les bustes sont un des principaux ornements du musée de Toulouse.
.\KtuiTKtTUKE. — Lcs temples élevés au i" s., dans le plus pur style corinthien, étaient admirables d'harmonie et de grâce légère, de fini dans le détail; il n'eu reste plus guère que dans la Gaule
XL INTRODirCTION Epoque gallo-rom.
narbonnaise. Ceux du ii^ s. sout déjà des édifices de la décadence; on y sent l'effort, la recherche de la difficulté, du grandiose, des proportions colossales, de la richesse excessive: accumulation de figures, de statues, d'ornements. A côté des temples, les architectes gallo-romains construisirent durant les deux premiers siècles et sous l'influence de Rome, en bel appareil régulier, des basiliques, des thermes, des portiques, des amphithéâtres, des ponts, des villas, des arcs de triomphe et des aqueducs. La pierre seule était employée dans toutes ces constructions; mais, dès le ni«s., on utilisa la brique posée à plat et alternant en lit avec le petit appareil, dans le revêtement extérieur des édifices. Les cités étaient entourées d'épaisses murailles faites d'énormes blocs irréguliers superposés sans mortier; dès l'époque de César, on trouve parfois des remparts faits en moyen appareil légèrement équarri. Ces remparts furent détruits ou abandonnés dans les premiers siècles de l'empire, mais à la fin du iii^ s., toutes les villes de la Gaule qui avaient été ravagées par les invasions, se hâtèrent de s'entourer de murs; on utilisa à la base les débris des monuments renversés par les barbares, et dans les parties hautes, on monta des revêtements d'assises de pierre de petit appareil alternant avec des couches de briques. Il reste encore dans beaucoup de villes de l'Aquitaine des fragments de ces enceintes, et l'on a retrouvé dans leurs débris un grand nombre d'inscriptions et de bas-reliefs, précieux témoins de l'art des premiers siècles de la Gaule romaine.
Sculpture. — La sculpture religieuse et funéraire, quoique abondante ne s'élève jamais jusqu'à l'art. Les plus belles œuvres sont exécutées par des artistes venus de Grèce, ou sous leur influence: le Mercure de Clermont (p. 170) est dû au Grec Zénodore; le Silène de Narbonne (p. 319), d'une belle facture, et prouvant des connaissances approfondies de l'anatomie, est inspiré d'une œuvre de Pergame. Les ouvrages des sculpteurs indigènes sont sans caractère et sans vigueur; l'artiste vise à la minutie, parfois avec des tendances réalistes; l'exécution est maladroite et la composition à peu près nulle, mais les sujets mêmes sont parfois intéressants: on voit par exemple au musée Lamourguier à Narbonne (p. 321), sculptées sur la pierre, un grand nombre de scènes de la vie civile, religieuse et militaire, très importantes pour l'étude du costume, des mœurs, des armes.
Arts industriels. — Les Gaulois excellaient dans les arts industriels, mais là encore, ils se contentèrent de copier des modèles grecs; la terre cuite, le verre, les métaux précieux étaient parfois travaillés avec une habileté et une délicatesse remarquables, mais toujours d'après les modèles grecs ou étrusques. La mosaïque, art implanté en Gaule par les Romains, y devint vite po]tulaire et fut préférée à la peinture; tous les sujets y furent traités:
Ainjqiie romane. AKTISTKlUK. XLI
scèues iiiythulugiques, de chasse, de combat, cuiiibiuaisous géométriques, riDceaux.
Spoque préromane. — Les graudes invasions firent dis; paraître le peu d'activité artistique qui subsistait encore en Gaule. Il ne nous reste presque aucun monuinciit de cette époque. Le baptiatère de St-Jean, à Poitiers (p. 9), est le seul édifice important, antérieur à (Jharlemagne, qui nous ait été conservé; l'église de St- l*hilbert-de-(.îrandliea (p. 64), qui remonte en partie au IX* s., présente déjà en plan les dispositions de l'époque romane.
La sculpture n'existe guère; le peu qui nous en reste a un aspect fort archaïque. La miniature et l'orfèvrerie, sous l'influence des objets orientaux, arabes et byzantins amassés par Charlemagne et avec une décoration empruntée ;\ l'art anglo-saxon, présentent quelques caractères originaux.
Epoque romane. — Au xi« s. apparaît dans l'histoire de l'art en France une ère nouvelle; au lendemain des invasions, le calme semble revenu dans ciiacuu des grands tiefs qui formeront un jour la France, et les hauts seigneurs, les évèques, les moines, les populations entières concourent au renouvellement des anciens sanctuaires destinés à abriter les reliques déterrées des cachettes où elles avaient été enfermées lors de l'invasion des Normands. C'est ainsi que le farouche Foulques III d'Anjou, au retour d'un pèlerinage à Jérusalem, entreprend de faire construire à Beaulieu (p. 91), prés de Loches, une église où les moines prieraient jour et nuit pour la rédemption de son âme. On connaît le mot de Raoul Glaber: «On eût dit que le monde, secouant et rejetant sa vieillesse, se couvrait d'un blanc manteau d'églises.» Et les chroniques félicitent les constructeurs d'élever des églises de pierre et de marbre. C'est en effet la grande amélioration due à l'époqne romane: la substitution de la pierre au bois, d'abord dans la construction même de l'édifice, puis dans son système de converture; et nous allons voir les principaux types de monuments auxquels ont abouti au début du xu* s. les efforts des architectes pour effectuer cette substitution et pour couvrir les églises d'une voûte solide résistant aux intempéries et aux incendies qu'allumaient trop souvent la malveillance et l'incurie des hommes ou le feu du ciel, et qui fit disparaître tant de monuments et de trésors de l'époque précédente.
Ahchitectl're keligieuse. — Les monuments religieux de l'époque romane sont suffisamment caractérisés pour que l'on ait pu les divi.ser en écoles, chaque école comprenant un ensemble d'églises de môme type dans une vaste région. Les principales écoles du Sud-Ouest de la France sont l'école poitevine, l'école auvergnate, l'école provençale et l'école du Périgord. D'autres écoles, comme l'école de Bourgogne, dont le foyer était à Autun et à Cluny, ont aussi exercé leur influence sur des monuments de la région qui nous intéresse.
BseJeker. S.-O. de la France. !>• cdit.
XLII INTRODUCTION Epoque
L'église de Notre-Dame-la-Grande à Poitiers (p. 11) peut être considérée comme le type de l'architecture poitevine: c'est une basilique dont la nef est flanquée de bas côtés presque aussi élevés qu'elle; les voûtes d'arêtes des bas côtés coutrebuttent la voûte en berceau de la nef et l'empêchent de se déverser; mais à cause même de l'élévation des bas côtés, les architectes ont dû supprimer les baies de la nef, et l'église n'est éclairée que par les fenêtres j)ercées dans les murs des bas côtés; des arcs-doubleaux soutiennent la voûte en berceau de la nef, et les piliers de la nef flanqués (le quatre colonnes engagées donnent en plan un quatre-feuille. La très riche décoration de la fa(,'ade présente des dispositions typiques sur lesquelles nous aurons l'occasion de revenir en étudiant la sculpture romane. Dans la plupart des églises de la région, le carré du transept, couvert d'une coupole, est surmonté d'un clocher rond à flèche conique. Tels sont les principaux caractères des églises de l'école poitevine, à laquelle se rattachent Ste-Radegonde (p. 10) et Motitierneuf (p. 12) de Poitiers, St-Savin (p. 93), Chauvigny (p. 92), Jazeneuil (p. 83), Civ7-ay (p. 15) dans la Vienne, Airvault (p. 35), St-Jouin-de-Marnes (p. 82), Melle (p. 40) dans les Deux- Sèvres, Vouvant (p. 73) gX Nieul-sur-V Autise (p. 75) dans la Vendée, Atdnay (p. 15), Ste-AIarie-des-Dames (p. 42) etiSt-Eutrope (p. 44) de Saintes, Rioux et Rétaud (p. 45) dans la Charente-Inférieure. L'abside de ces deux dernières églises est décorée d'un appareil en épi perfectionné, souvenir d'un mode de construction carolingien, et qui paraît propre aux monuments de l'école poitevine. L'influence de cette école s'étend au nord jusqu'à la Loire (Eoutyombault, p. 5), à l'est et au sud-est jusqu'à la région de Châteauroux et de Limoges {le Dorât, p. 95) et même jusqu'à la Haute-Loire (Folignac et Dunières), au sud jusqu'à Bordeaux, et embrasse généralement à l'ouest tout le. pays jusqu'à la mer.
L'école auvergnate a son foyer à Clermont-Ferrand. Dans cette école, le berceau en plein cintre, sans doubleau, de la nef est coutrebutté par les voûtes en quart de cercle des bas côtés; les piliers dessinent un massif carré cantonné de trois colonnes; dans les plus grandes églises, les bas côtés, couverts de voûtes d'arêtes, sont surmontés de tribunes dont les voûtes en quart de cercle épaulent le berceau de la nef. Ici encore il n'y a pas de fenêtres percées sous la voûte de la nef, et le vaisseau central n'est éclairé que par les fenêtres des bas côtés. Le carré du transept est couvert d'une coupole octogone sur trompes, épaulée de chaque côté par deux demiberceaux montés très haut au-dessus des croisillons, et cet ensemble de voûtes, formant à l'extérieur un massif rectangulaire surmonté d'un clocher octogone, donne aux églises auvergnates un aspect très particulier. A l'extérieur, ces églises sont décorées d'appareil alterné et de marqueteries obtenues par l'emploi de pierres noires et blanches; les corniches extérieures sont portées j)ar des moiiil-
romfine. ARTISTIQT'E. XLTIl
Ions d'un u;t!niT partitulii r, iiispiri', scmlilc-t-il, de certains motifs de construction arabes, et qu'on appelle à cause de leur forme des niudillons à co|>i'aux. Le type de cette école est la belle église de Xoiif-Dame-da-l'ort à l'Iermont- Ferrand ^i. 167j. A côté, on peut placer les éfilises d'/.sHoire (]>. 2lXii. de iSt-iSaturuin (p. 178), tSt-Xertairf (\). 194), Orcival (p. 182;, Jîiom (ji. 162) dans le Puyde-Dôme, Ebreu'd (,p. 145; et Châtel-Montaijne dans l'Allier. En dehors du cette région, l'école auvergnate rayonna au nord jusqu'à Ht' Etienne de Nevers, en l'oitou à l'arthenay-le- Vieux (p. 37), à l'ouest à fSt-JIuitiai de Limoges, en Corrèze à Beaidien (p. 220), et dans le midi jusqu'à Conques (p. 335), St-lSernin de Toulouse (p. 301), et iSt-Jai-qnes-de-t'vmpustelle qui en est la copie. Le groupe de ces derniers monuments et de ceux qu'iLs ont inspirés se rattache en etïet directement, sauf les modifications imposées par la difl'érence des matériaux enijiloyés, à l'école auvergnate.
A l'est, l'école d'Auvergne se heurte aux influences de l'école de Bouryuyne et de l'école de Provence. C'est d'ailleurs à cette dernière que l'on peut rattacher les quelques monuments romans du Midi de la France, caractérisés par une voûte en berceau percée de fenêtres, et portant sur des doubleaux, par l'absence de tribunes, et par des bas côtés voûtés en quart de cercle. A l'extérieur, des arcades régulières, dont l'origine doit être recherchée en Lombardie. et que l'on appelle par cette raison des bandes lombardes, décorent le nu des murs. La nef romane de l'église St-Nazaire de L'arcassonne (p. 316) est construite dans le système poitevin; les bas côtés très élevés viennent contrebutter la voûte en berceau de la nef, renforcée par des doubleaux; d'étroites fenêtres percées dans les murs des bas côtés éclairent seules l'église.
Toutes ces églises que nous venons d'étudier avaient sur la nef des voûtes en berceau, toujours difficiles à épauler. Pour éviter l'emploi dangereux de cette voûte, certains architectes avaient eu l'idée de couvrir entièrement l'église de coupoles, qui peuvent être construites sans cintres, et qui ne poussent pas au vide. C'est surtout dans le Périgord que l'on trouve employé ce mode de construction; aussi a-t-on appelé école du Périgord celle où l'on rencontre les monuments voûtés de coupoles; le foyer est à Périgueux et se développa au xu* s. jusqu'à Angoulème. lirives, Figeac, Cahors, Libourne et Saintes, Les plus anciennes de ces églises à coupoles sont celles de Ut-Etienne de Périgueux ^1013-1047; p. 103), de l'église de tSt-Axtier (p. 105) près de Périgueux (1013), et celles de iSt-Martin d'Angers (1020), Ht-Jean-de-L'ôle (1086; p. 98), les cathédrales à*: Cahors (1119; p. 226;, d'J^/j^ouZewe (1120-1130; p. 17), iSt-Frunt de Périgueux (1140; p. 100), SoUgnac (1143; p. 215); on en trouve aussi en des points quelquefois très éloignés du foyer central, comme à St-Emilinn \\). 255), dans la Gironde, et à Funtevrault (p. 25). Ces coupoles sur pendentifs, dont d'ail-
XLIV INTRODTJCTIO>f Epoque
leurs les plus anciennes sont construites un peu comme des voûtes eu berceau, paraissent, malgré l'aspect byzantin qu'elles donnent aux églises, descendre des coupoles romaines dont la tradition aurait été conservée. La coupole de l'église de Germigny-des-Prés (Loiret) serait l'intermédiaire entre les coupoles romaines et nos coupoles romanes. Ces coupoles périgourdiues sont d'ailleurs très différentes au point de vue de la construction des coupoles byzantines. Les églises n'ont qu'une nef couverte de deux, trois ou quatre coupoles, un chœur arrondi, voûté en cul-de-four, quelquefois un transept couvert d'une coupole; il n'y a pas de déambulatoire, et les chapelles absidales s'ouvrent directement sur le chdmr: toutes ces dispositions imposées d'ailleurs parle système de voûte employé. A l'extérieur, la décoration est pauvre et tranche avec les riches façades de l'école voisine du Poitou. Par l'intermédiaire des coupoles de Fontevrault, l'école périgourdine donnera naissance au style plautagenet (v. p. xlix). A Ht-Onrs de Loches fp. 90), au lieu de coupoles, l'architecte a employé pour couvrir l'église, au milieu du xii'^ siècle, de hautes pyramides creuses. D'autres architectes avaient trouvé un ingénieux moyen de tourner la difficulté qu'il y avait à épauler les berceaux, en couvrant la nef ou les l)as côtés de berceaux transversaux perpendiculaires à l'axe de la nef et se contrebuttant mutuellement ; les plus remarquables voûtes de ce genre sont à 8t-Philibert de Tournus (Saône-et-Loire) et à Palogneux (Loire); on les trouve encore à St-Dalmazi (Aveyron), Banassac (p. 355) etBoîirg-Lastic (p. 180), Béaévent-V Abbaye (Creuse), St- André.-de-Sortde (Pyrénées-Orientales), sur le déambulatoire de Vertheuil (p. 120), et sur les tribunes de Maillezais (p. 75). Certaines églises, par leur forme, ne peuvent se rattacher à aucune de celles que nous venons d'étudier; telles sont par exemple la chapelle funéraire octogone de Montmorillon (p. 95), à deux étages et couverte d'une pyramide, les chapelles funéraires rondes de Chambon (Puy-de-Dôme), Liget, près de Chinon, et Sarlat (p. 257), la petite église de Rieux-Minervois (Aude) construite au début du xii« s., sanctuaire à sept pans, voûté d'une coupole, entouré d'un bas côté à quatorze côtés couvert d'une voûte en quart de cercle, rappelant par sa forme les églises de Neuvy-ISt-Séptilchre (p. 146), Charroux (p. 15) et St-Botmet-la- Rivière (Corrèzc). Aux lianes des églises cathédrales et abbatiales viennent s'appuyer de beaux cloîtres; celui de St-Guilliem-le- Désert peut remonter au xi« siècle. Au xn« s., les cloîtres forment de grandes galeries voûtées, ou quelquefois couvertes de charpentes, comme à Moissac (p. 248). Architkcture civile. — Les monuments civils romans, beaucoup moins nombreux que les églises, sont aussi moins bien caractérisés. A l'époque carolingienne, et souvent jusqu'au xi» s., le donjon comprenant l'habitation du seigneur et de ses serviteurs est eu bois, élevé au sommet d'un amoncellement artificiel. Le donjon
rovunif. AKTISTlqiK. Xl.V
de Locheti (p. 91), en pierre, construit en 995 par Foulques Nerra, est le plus ancien qui subsiste. Les donjons du xi" et du xii» s. sont le plus souvent de jjlan carré; au xn* s., le plan circulaire commence à prévaloir. En dehors des donjons, on peut citer quelques autres constructions civiles romanes, comme la léproserie de PériffuetLx et une vieille maison de Brantôme (p. 104). l'ancien hôtel de ville de la liéole (p. 244) dont la façade est décorée de deux <;randes arcades fréminées, et au-dessus, de petites baies géminées en plein-cintre percées dans le nu du mur; l'hôtel de ville de St-Ajitonin (p. 283). ancien palais acheté par la commune formant halle au rez-de-chaussée, et dont les grandes salles des étages sont éclairées au \" par une claire-voie à colonnettes, au 2« par de petites baies géminées en plein cintre; le pont A'AirvanU (p. 35), dont les arches sont faites de plusieurs arcs parallèles entre lesquels est posé un dallage formant tablier.
Sculpture. — La statuaire n'existait pour ainsi dire pas à l'époque préromanc: c'est à l'extrême tin du xi* s. qu'elle se formera pour s'épanouir au xii® dans le Midi de la France et au xin« dans le Nord. Les sculpteurs trouvent dans les livres sacrés le thème et l'ordonnance de leurs compositions, et copient les miniatures, les étoffes, les ivoires, les objets d'orfèvrerie pour apprendre leur métier; et peu à peu les écoles se dessinent: l'influence des abbés et des évêques, la richesse des abbayes, le goût plus ou moins prononcé des moines pour les voyages, la nature de la pierre, la composition ethnographique des provinces sont autant de facteurs qui produiront les divergences et les écoles. L'école auvergnate parait une des plus anciennes; ce pays où s'était centralisée la résistance aux Romains fut aussi celui où l'influence romaine persista le plus longtemps; le sentiment de la ronde-bosse s'y conserva, et les œuvres de la région montrent la persistance des traditions romaines et l'influence des modèles anciens subsistant dans la province, comme les stèles et les sarcophages chrétiens, en même temps que l'influencetimidedes miniatures byzantines parlesivoires. Les chapiteaux de Xotre-Danie-du-Port à Clermont ip. 167). qui ne sauraient remonter plus haut que le premier quart du xii« s., d'un relief assez accusé, mais d'une grande pauvreté de dessin et de forme, témoignent çà et là des efforts des artistes pour atteindre À l'expression; les scènes représentées sont presque toujours empruntées à l'Evangile on à la psychomachie. combat des Vices et des Vertus. Ce même style se retrouve dans le Puy-de-Dôme, la Corrèze, l'Allier, la Haute-Loire. L'école auvergnate n'osa que rarement aborder de grands morceaux, et les tympans sculptés à la tin du XII» s. à Notre-Dame-du-Port (v. ci-dessus) se ressentiront de l'influence des écoles du Nord de la France. En général, les grandes statues et les grands morceaux de sculpture monumentale de cette région sont exécutés par des artistes languedociens ou
XLVI INTRODUCTION ''■p,^i>'e
bourçuignons, à la fin du xii^ s., sous l'influence do la puissante école, de Clnny qui avait dans cette région d'immenses possessions et de très riches abbayes. L'école d'Auvergne étendit son influence dans les pays que baignent la Loire, l'Allier, le Cher, l'Indre et la Creuse; on y retrouve cette lourdeur dans le traitement de la forme, cette modération dans l'exécution, cette survivance de la tradition gallo-romaine, mêlée, surtout dans l'ornementation, à de fréquentes influences orientales, qui sont les caractères de l'école.
La région de Toulouse fut du xi« s. au coniinencement du xiii« le foyer de la civilisation la plus brillante. L'école languedocienne fut au xii« s. l'école maîtresse du Midi de la France. Elle subit deux courants: d'un côté l'influence byzantine, par les ivoires, de l'autre l'influence antique, par les sarcophages et les nombreux débris subsistant de l'antiquité Plusieurs morceaux de *SV- Sernin de Toulouse (p. 301), de la lin du xi^ et du commencement du xii<= s., témoignent de cette double influence, et l'on voit déjà dans les gestes et dans l'exécution des vêtements, surtout à leur partie inférieure, des germes de l'agitation et du bouillonnement, qui sont une des caractéristiques de cette école. Mais c'est surtout à Moissac (p. 248), au commencement du xii« s., que l'art languedocien prend son essor. Le portail, consacré à la Vision de St Jean, qui se trouvait alors dans l'axe de l'église et qui fut ensuite placé au côté sud, chef-d'œuvre de composition recherchée et vivante et d'exécution élégante, fut une révélation. On en retrouve l'influence à Beaulien (p. 220), à Souillac (p. 223), où la composition est plus compliquée et plus grouillante, dans les grandes statues du cloître St-Ètienne et à la Daurade de Toulouse (p. 307 et 303), où la force d'expression dramatique et plastique est incomparable, à dàhors (p. 226), dont le tympan de la fln du xii« s. représentant l'Ascension du Christ et des épisodes de la vie de St Etienne, est un des plus beaux ensembles de la sculpture monumentale languedocienne, vers les Pyrénées, où le style s'alourdit et semble se rapprocher davantage de celui des stèles gallo-romaines, et jusque dans le Nord. on. au milieu du xii<= s., Suger cherchant, à St-I)enis, à renouveler l'art Tuonumental et sculptural, s'inspirera largement de l'art languedocien.
A mesure que l'on s'éloigne du Languedoc et que l'on s'avance vers le Nord-Ouest, le caractère de la sculpture se modifie, surtout dans sou adaptation aux formes architecturales; Bordeaux est le point de contact entre l'école languedocienne et les écoles de la Saintonge et du Poitou. La façade poitevine se compose souvent de trois arcades au rez-de-chaussée, et trois au-dessus (Vienne, Deux-Sèvres, partie nord de la (,'harent(vlnférieure'i; en Saintonge, les arcades supérieures se multiplient (RufFec, Angoumois, Saintonge et Guyenne, jusqu'à Bordeaux'». La Saintonge, inférieure au Poitou et à l'Angoumois pour l'invention et l'exécution, so dis-
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tingiio en outre [i;ir {'niiploi de certains motifs icoiioi^raphiquos. Les sculpteurs de cette léfcion ont beaucoup emprunté à l'Orient, et ils en interprètent les motifs d'une main vi<î()ureuse mais lourde; la sculpture est d'une luxuriante! fécondité, elle déborde des archivoltes des portes et des fenêtres et envahit toute la faijade. Chaque claveau de l'archivolte porte son décor, et l'artiste est arrivé par la répétition du miMue motif traité av<'c fantaisie à un haut effet décoratif. Le tiième iconof;raphi((ue des \'ertus et des Vices, fréquent dans l'école auvergnate, l'est aussi dans la région de l'Ouest; on rencontre en outre très souvent des représentations du zodiaque, des travaux des mois; les scènes sont encore empruntées h l'Evangile et i\ la légende dorée; enfin il est un motif qui revient fréquemment sur la fa(;ade des églises du pays: c'est un cavalier que l'on avait pris tantôt pour un fondateur de l'église, tantôt pour Charlemagne, et qui est ("onstantin. L'influence de l'école poitevine se heurte dans l'Est du département de la Vienne à l'école auvergnate, et s'étend au Nord jusqu'à la Loire.
Peinture. — Les fresques de l'église de St-Savin Cp.' 93) sont les plus anciennes qui subsistent en France, et on peut les dater de la tin du xi« siècle. Il semble que les couleurs aient été exécutées sur un revêtement humide, directement, sans carton: la technique est très sobre, c'est celle que prêche le moine Théophile dans son traité sur les beaux-arts: les couleurs sont simples, les costumes serrés, aux ])lis agités dans le bas; les ligures, comme le dessin, -sont traditionnelles, et l'artiste n'est maître de lui que ({uand il est soutenu par le passé; certaines silhouettes heureusement tracées font penser à des statues funéraires romaines. L'artiste s'est appliqué à ne tracer que les lignes essentielles, et par la largeur du dessin, la noblesse des attitudes, il a atteint à un véritable effet monumental. Ces fresques eurent une grande influence sur toute la peinture de la région. On trouve au xii» s. une série (Pieuvres offrant de grandes analogies comme dessin, couleur et motifs décoratifs, avec les fresques de St-Savin, et qu'on |)eut réunir sous le nom de groupe poitevin. Le baptistère de Si-Jean de Poitiers (p. 9) renferme au milieu de peintures du xin'= et du xiv s. une Ascension, qui peut remonter au commencement du .xu" s., et une très belle frise, souvenir de l'aiiti(pie conservé par les miniatures carolingiennes. On a également retrouvé (juelques traces de fresques de cette époque à Notre-Dame-la-Grande de Poitiers (p. 11); à Charroux (p. 15), la décoration assez semblable à celle de St-Jean de Poitiers contient des morceaux empruntés à l'Orient et à la Perse. Au commencement du .xm* s., on trouve encore dans la crypte de Montmorillon (p. 95) un Mariage mystique de Ste (Jatherine, traité avec plus de sensibilité peut-être qu'à St-Savin, mais de même techni(iue. Les célèbres peintures des églises de la vallée du Loir et de la Touraine présentent avec l'art du Poitou
XLVIII INTRODUCTION F.p,^nc rmnane.
(le grandes ressemblances. Toute la région du Centre subit elle aussi l'influence des fresques de St-Savin, et les peintures de la petite église de Vie (Indre), par exemple, qui sont les plus anciennes, présentent les mêmes caractères de simplicité dans le dessin et la couleur, avec, en outre, une passion du mouvement extraordinaire au xii« siècle.
Le Midi de la France ne renferme guère de fresques intéressantes, et l'Annonciation de Rocamadotir (p. 228), curieuse par son aspect étrange, se rattache à l'école à moitié byzantine de l'Auvergne et du Velay.
Si nous avons trouvé dans le Sud-Ouest de la France des fresques remarquables, par contre l'art de la miniature y est beaucoup moins florissant que dans les provinces du Nord-Est, et au début de l'époque romane, par sa conception calligraphique du monde extérieur, son goût pour les combinaisons infinies de lignes, l'absence des figures, il rappelle plutôt l'art de l'Espagne; l'élément oriental entre souvent dans la décoration, avec les caractères coufiques et les arcs en fer-à-cheval. Cependant peu à peu les artistes s'essayent aux scènes à personnages et aux représentations animales, et au milieu du xi« s., tel manuscrit comme l'Apocalypse, exécuté à St-Sever (p. 266) et conservé aujourd'hui à la Bibliothèque Nationale, bien qu'apparenté aux œuvres similaires espagnoles, est digne d'être comparé aux pins belles œuvres des écoles du Nord de la France.
Vitraux. — Les vitraux du xn« s. d'Angers et la magnifique verrière du chœur de la cathédrale de Poitiers (p. 10) ne présentent pas de caractères particuliers, mais se rattachent à Vécole de St-Denis, comme d'ailleurs les vitraux de Chartres et du Mans.
Arts industriels. ■ — La région du Sud-Ouest de la France est extrêmement riche en œuvres d'orfèvrerie de la fin du xi« et du XII* s., et telle petite église de campagne possède un reliquaire ou un vase sacré qu'envient bien des cathédrales. Certains trésors sont même de véritables musées: prenons comme type le plus connu, le trésor de Conques (p. 335). Plusieurs pièces y ont été faites à la fin du xi« et au commencement du xii* s.: le reliquaire de la vraie croix, médiocre spécimen du talent des orfèvres aquitains au point de vue de la technique du repoussé, orné d'entrelacs rappelant l'art carolingien et les traditions byzantines; le reliquaire de St Vincent, appelé lanterne de St Vincent, à cause de sa forme, orné de bustes de personnages carolingiens dans des architectures byzantines; l'A dit de Charlemagne. onivre de la fin du xi* s., sans doute autrefois pendu au bras d'une croix, dont l'ornementation, faite de filigranes, est d'influence byzantine, mais d'exécution toute occidentale. On ])eut encore noter au trésor de Con(|ues des autels portatifs de porphyre et d'albatrc de la tin du xi« s. témoignant de la persistance des motifs empruntés à l'anti-
Epoqiu- yothu,ne. ARTISTIUIHC. XMX
quité classique et à la Itaditiuii by/.diitiiie , mais avt'C uue ti'chiiiqiic parlifulièrt- à i'Aiiuitaiae, ot uu grand cotlri-l du cuir fabriqué avaut 113") et orué de |»laques d'éinaux cliaiuplevés, les plus anciens que l'on connaisse. Tout le monde sait que Liinoyes tp. 130) fut dès le xi« siècle le centre de Vënuiillerie. Ces émaux ne (loiveut pas être rattachés aux émaux gallo-romains, mais bien plutôt aux œuvres orientales et byzautines dont ils sont limitation, puis la simpii- Ucatiuu. Les plus anciens sont des imitations <!(■ modèles grecs, mais avec de légères modilicatioiis tendant à remplacer le travail lent et ditlicile du cloisonné par le champlevé, le cloisonné restant employé pour les parties les plus tines. Dès le milieu du xn« s., les ateliers de Limoges avaient acquis une très grande réputation et exportaient partout en France et à l'étranger, (,'itons parmi les plus beaux les émaux de la (■hdxue de l'abbaye de (jrraadnwnt, aujourd'hui conservée au musée de (Jluny, un devant d'autel orné de ligures d'apôtres sous des arcades (musée de Burgon. Espagne), et la clubase de l'éylise de Gimel (p. 199). En tlehors des émaux, les ateliers de Limoges avaient acquis aussi uue grande célébrité dans l'exécution de rinceaux gravés sur des plaques de cuivre, comme ceux qui décorent la chàane d' Ambazac ^p. 129i et celle de Mozac (p. 164). L'orfèvrerie de Limoges conlinait d'ailleurs à l'industrie; les artistes du xin* s. recopieront les productions du xii* s., et cet archaïsme causera, à l'époiiue gothique, la décadence de cet art.
Epoque gothique. — Architecture religieuse. — Nous avons vu les efforts des architectes pour résoudre les problèmes de la poussée de la voûte en berceau et de l'éclairage de la nef. Lorsqu'un architecte eut eu l'idée de renforcer la voûte par deux arcs de soutien (ogives) en croix, il résolut du coup ce double problème, toutes les poussées se reportant sur ces arcs diagonaux qu'on appela la croisée d'ogives; les points de poussée étant connus, on les épaula par des arcs-boutants, et on put percer entre eux de grandes fenêtres éclairant directement la nef. Il est certain ([u'il y eût des tâtonnements, mais lorsque la formule eut été trouvée, elle se répandit rapidement par toute la France, et les architectes l'adaptèrent aux habitudes de construction de leur région.
Le Sud-Ouest de la France peut se diviser en deux grandes régions.
L'école de l'Anjou apparaît comme toute constituée dans le 3« quart du xii"^ s. avec Henri II Plantagenet. d'où le nom de style plantayeiiet qu'on lui donne assez souvent. Elle a son centre à Anyers ou l'on ose voûter sur croisée d'ogives la nef de la cathédrale (1150-1153), et son influence, qui fut considérable, s'étendit durant la seconde moitié du xii* s. et tout le xiii* dans l'Anjou, le Poitou et la Saintonge, au fci. dans tout le Périgord et jusqu'en Espagne, et à l'E. jusqu'en Touraine, en Orléanais et en Sologne. Le principal caractère de cette école est la voûte d'ogives doniicale,
L INTRODUCTION Evoque
voûte bombée tenant à la fois de la coupole et de la croisée d'ogives. A la tin du xii« s. et au coniniencement du xiii«, les architectes ajoutèrent sous la voûte quatre nervures secondaires se coupant à angle droit et retombant sur des masques et des petits personnages : nef de St-Pierre de Hauniur (p. 24), nef et bas côtés de la cathédrale et de Ste-Radegonde de Poitiers (p. 1 0), nef de l'église paroissiale de Fontevrault (p. 25), chœur et transept de la cathédrale A' Angers. Après 1220 et jusqu'en 1250, les architectes compliquèrent les arcs portant les voûtes; au lieu de 8, comme dans la période précédente, on en trouve 12. 16 et davantage: chapelle de l'ancien hôpital tSt-Jean à Angers, église d'Astiières (p. 26) et arif. église Toussaint à Angers, Airvault (p. 35), ISt-Jouin- de- Marnes, église romane voûtée au xiu'=s. (p. 82) et St-Germain-sur- Vienne. La nef de ces églises est quelquefois unique, en général bordée de bas côtés, les chevets tantôt plats, ce qui est le cas le plus fréquent, tantôt en hémicycle, doublé d'un déambulatoire, le transept très large. On trouve assez souvent des bas côtés portés presque aussi haut que la nef, principe de l'école romane du Poitou, des colonnettes et des piles tines et élancées, une galerie de circulation à la base des fenêtres. Le profil des moulures et des arcs est en général un simple tore de petite section, même au milieu du xm« s.; les tailloirs des chapiteaux et les corniches sont décorés de dents-descie et de petits bâtons brisés.
Ecole du Midi. — Le Midi résista assez longtemps à l'art gothique; le style roman convenait à ce pays où l'on fuyait les grandes verrières qui laissent entrer avec la lumière trop de chaleur, tandis que dans le Nord, la voûte d'ogives avait entin permis de percer des fenêtres et de donner plus de lumière. En outre, les architectes du Midi cherchaient à fortifier leurs églises, et l'architecture romane, massive, avec ses gros piliers et ses contreforts arrondis eu tours, ses étroites fenêtres, répondait fort bien à ce but. Entin dans j)lusieurs régions du Midi, la pierre manquait, et l'on se servait de grandes briques longues et épaisses qui entraînaient un système de construction massif, avec des ares en plein cintre ou en mitre. Cependant les cistercieus, puis les Croisés du Nord importèrent et implautèreut de force l'architecture gothique qui .se répandit j)eu à peu partout; mais, même avec l'emploi de la voûte d'ogives, les églises conservent leur caractère massif et leur,s nefs larges et peu élevées. L'influence de cette école se fait sentir sur les départements de l'Ariège, de la Haute-Garonne, du Lot-et-Garonne, du Tarn-et-Garonne, du Tarn, de l'Aude, de l'Hérault, des Pyrénées- Orientales, jusqu'à Barcelone et la région méditerranéenne, et en l)artie sur le Gers et l'Aveyrou. Voici les principaux caractères tie ces monuments: emploi presque exclusif de la brique, une seule jief, très large, sans bas côtéT tiani|uéc do chapelles logées entre les contreforts, et un ctneur sans déambulatoire, sur lequel s'ouvrent
gothique. ARTISTIQUE. LI
souvent des absidioles polygonales; la lu'f couverte de voûtes d'ogives légèrement bombées vers le centre. Dans l'Hérault et le Roussillon. les nefs n'étaient pas voâtées. Les fenêtres sont étroites et lonjfues, le protil des arcs simple et laid. Quchpiefois sur les bas côtés sont des tribunes. 11 n'y a pas d'arcs-bmitants, mais de grands contreforts; pas de piliers, la bri(|ue en rendant la construction difficile. Le clocher est bâti en briques à plusieurs étages sur plan octogoiu', avec des arcs en mitre sur les baies. Telles sont par exemple les àjlises du Taur (p. 301) et de Si-Nicolas de Toulouse, St-Bfitrand-de-Coiiiminyes ip.429K Mariuande ip. 245(, Montpezat ip. 227). Albi (p. 2H4i, Carc-assonne (p. 813i. St-Puul- JSerye de Narbonne (p. 321), Pamiers (p. 448», l'e-rpiynan (p. 461). Les belles églises à deux nefs des Jacobins de Toulouse (p. 303) et d'Ageu (p. 247) sont une variante de ce type qui, par ses dispositions massives et son système même de construction, se prêtait également fort bien à la défense. Un grand nombre d'églises du .Midi de la France ont été fortifiées aux xiu" et .xiV s., lors des désordres causés par la guerre de C'ent-Ans. (Quelques-unes l'ont été au xiii" s., et peut-être même à la tin du xii«. Tantôt une partie seulement est fortiliée, comme l'abside du Dorât (p. 95), transformée en tour de défense, ou la porte d'entrée de l'église de St-Ainand-de-Voly (Dordogne), ou le cliemin de ronde qui surmonte les murs de la pittoresque église de Royat ip. 172); tantôt les églises se présentent avec de hautes murailles, des créneaux, des mâcliicoulis et un donjon en guise de tour, et elles apparaissent alors comme de formidables forteresses: telles sont l'imposante cathédrale d'.-l^rfe tp. 325) et celle de Mayuelonne (Hérault) et la jolie église en ruines voisine de l'abbatiale de Cruas (Ardèchei; tantôt, comme à Lus ip. 407), elles sont complètement enfermées dans une enceinte crénelée. Mais, à côté de ces églises appartenant à un art autochtone, nous trouvons dans le Centre et le Sud-Ouest de la France un grand nombre d'édjtices imités des monuments du Nord, d'où était venu le principe de la voûte d'ogives: cathédrale de Rodez (p. 336), de Bazas (p. 243), collégiale de >S7- Fluur (p. 339i, église d'Aiytieperse (p. 162), cathédrales i\v Clei'nuint {p. 168), de Buyonne (p. 273), de Limoyes (p. 131). Le chœur de l'église à' Ebreuil (p. 145), du début du xiii« s., est copié sur St-Denis; la cathédrale de Bvuryes {p. 135), grande basilique à double bas côté et à double déambulatoire autour du chœur, à nef haute, sans tribunes, avec triforium, commencée au début du XIII* siècle, est inspirée des édifices du Nord et plus particulièrement de la cathédrale de Paris. Je ne parle pas des églises cisterciennes et de leurs cloîtres d'un si pittoresque aspect, comme à Noirlw: (p. 141) et Fontfroide, qui ai)partieunent au style propre à l'ordre de Citeaux. Parmi les plus beaux cloîtres qui ornent le Midi de la France, je noterai surtout cflui d' Elue (p. 464). qui par
IJI INTRODUCTION Hpotine
la beauté et l'ampleur de sou parti, la diversité du détail, la richesse et la belle couleur des matériaux est tout particulièreiueut iatéressant.
Dans les cimetières qui entouraient les églises, ou voyait souvent, aux xa^ et xiii^ s., un haut monunieut eu forme de tourelle étroite, percé à son sommet de longues baies et surmonté d'une croix. C'est la lanterne des 7)iorts, dans laquelle un fanal brûlait la nuit pour signaler aux passants la présence du cimetière et pour honorer les morts qui y reposaient. Ces lanternes sont particulièrement fréquentes dans le Poitou, le Limousin et le Périgord, et l'ou eu trouve quelques-unes en Auvergne, Languedoc et Provence. Les plus belles sont celles de la Souterraine (p. 129), de Celle frouin (p. 15) et de St- Pierre-d'' Olérou (p. 61).
Architecture civile et militaire. — Le Sud-Ouest de la France contient encore un assez grand nombre de maisons des XI u' et xiv" s. intéressantes, mais malheureusement elles disparaissent chaque jour. Le rez-de-chaussée est en général occupé par la boutique s'ouvraut sur la rue par une ou plusieurs arcades en tierspoint; le premier étage est toujours le plus orné, la grande salle prend jour par une série de fenêtres richement décorées, recoupées souvent par un ou plusieurs meneaux verticaux soutenant un tympan sculpté ou ajouré; au-dessus est quelquefois un second étage, mais plus souvent, un pignon portant la toiture à double rampant. Les plus belles sont à St-Antonin (p. 283) et Cordes (p. 233), St-Yrieix (p. 217), Périgueux (p. 100), 3Iartel (p. 2ô8), Sarlat (p. 257), Figeac (p. 230), Clermont (p. 166), Montferrand (p. 171), Thiers (Puy-de-Dôme), Albi (p. 234) et Perpignan (p. 461). Certaines maisons du Midi, comme celle de Caussade (p. 227), sont construites en briques. A partir du milieu du xiii« s., des croisées de pierres étrésillonnent les fenêtres. Des ponts, dont les arches en tiers-point reposent sur des culées triangulaires, se voient encore à Limoges (p. 130), à Orthez (p. 280), à Mende (p. 342), à Albi (p. 234); notons encore celui de Montauban (p. 250), construit en briques, et le beau pont Valentré à Cahors (p. 224), surmonté de trois grosses tours carrées percées de portes. Le château féodal devient un palais fortifié, du moins dans les régions du Centre de la France; dans le Midi, et particulièrement dans l'Agenais, les châteaux féodaux du xiii* s., beaucoup moins importants que dans le Nord, se composent souvent d'une tour très élevée, triangulaire, quadrangulaire ou polygonale entourée de courtines, qui remplacent les anciennes palissades en bois. Dans la seconde moitié du xin« s., les châteaux, construits sur des plat(>aux ou à l'extrémité des promontoires, ont la forme quadrangulaire et sont tianqués de quatre tours rondes aux angles. La lin (iu xiii* s. a vu surgir dans tout le Sud-Ouest un noujbre immense de bastides, de moulins fortifiés qui se dressent au-dessus des barrages des rivières, comme les moulins
gi^thique. ARTISTIQUE. LUI
de Barbaste (p. 259) et df Blaainum (Gironde), et en Gaseoffni', une série de châteaux d'un typt; tout particulier, comme le Tauzia (Gers), ISte-^fère, la Ganlêre. Vv sont de j^rands cubes de maçonnerie mesurant 15 m. de long sur 10 de large et 18 à 20 de haut, tlauijués aux deux extrémités et en diagonale de deux tours élevées, et contenant à chaque étage un seul corps de logis, parfois partagé en deux par un mur de refend; le rez-de-chaussée est entièrement clos; au premier, d'étroites meurtrières, et au-dessus, d'élégantes fenêtres, éclairent les salles, t'es manoirs tristes et sombres, plutôt destinés à une garnison qu'à une famille seigneuriale, étaient cependant parfois habités par de puissantes familles; c'étaient de chaque côté de la ligne qui va de laLimagne aux Landes comme des tours de guet avancées sur la frontière du Condomois anglais et de l'Armagnac demeuré français. Au xiv« s., le doujoii tend à disparaître, tandis qu'au contraire les bâtiments d'habitation se développent: le château fort devient un palais.
Il y eut aussi aux xii« et xiii« s., autour de certaines villes, de véritables enceintes tortillées, élevées parfois sur les substruetions des vieilles enceintes romaines et visiguthes. Les plus intéressantes qui subsistent sont celles d' A ignés- Mortes et do Carcassonne (p. 315).
Scui.PTUKE. — La sculpture, si riche dans le Sud-Ouest de la France .^ l'époque romane, est beaucoup moins intéressante au .XIII* s.; les grands centres créateurs sont alors les chantiers des cathédrales de l'Ile-de-b'rance, et les plus beaux ensembles du Midi, comme le porche de >^t->Seurin de Bordeaux (p. 113), construit vers 1260, subissent l'induence combinée des ateliers de l'Ile-de- Fiance et de la Bourgogne, que l'on retrouve jusqu'à Dax et Bayonne. Vers la fin du xiv« s., les beaux-arts et particulièrement la sculpture, sous la vive impulsion du duc Jean de Berry, se développent à Bunrges (p. 134), où le duc avait érigé, dans la Sainte-Chapelle, un monument célèbre sous le nom de Notre-Dame-la-Blanche, dont ou peut encore admirer les restes dans la cathédrale La sculpture funéraire, noble et puissante au xiii» s., se pare au xiv*, surtout pour les statues tombales de femmes, d'une idée de coquetterie. Parmi les plus magnifiques monuments funéraires du xiv» s., nous citerons ceux du chanoine Bernard Brun et du cardinal Raynaud de La Forte, ce dernier, monument unique, d'importation italienne, dans la cathédrale de Limoges (p. 131).
Peinture. — Au xiii* s., la peinture devient plus chaude. La chapelle des Jacobins d'Agen (p. 247) montre dans les parties basses des parois décorées suivant les tons éteints des anciennes fiirmules, tandis que dans les parties hautes, pour lutter contre l'éclat des vitraux, ou a dû recourir à des teintes plus vives. D'ailleurs, dans l'architecture religieuse, à la tin du xiii» et au xiv* s., la décoration picturale deviendra de plus en plus fragmentaire,
LIV INTRODUCTION EpotiM gothique.
et l'on ne peindra plus guère que les clefs de voûtes et quelques détails. Dans les châteaux féodaux, les procédés de l'ornementation romane subsistent, et les artistes s'efforcent d'imiter les riches tapisseries, en représentant, au-dessus de tentures aux plis simulés, des scènes de chevalerie, de combat et de chasse. Les tapisseries ont pris un grand développement et ornent les nefs des églises comme les murs des riches palais. Parmi les plus belles du xiv« s., nous noterons celles à'' Angers, exécutées pour le duc Louis d'Anjou, frère de Charles V, qui avait fait tisser en 1381 les scènes de l'Apocalypse, d'après un volume de la librairie du roi, conservé aujourd'hui à la bibliothèque de Cambrai.
Les manuscrits à miniatures, sous l'influence du duc de Berry, sont de véritables chefs-d'œuvre; la plupart sont exécutés par des artistes franco-flamands influencés par l'art italien.
ViïHAux. — Au commencement du xiii« s., il n'y avait qu'uu atelier dans le Nord de la France, celui de Chartres, et son influence, ainsi que, dans la seconde moitié du xiii^ s., celle des ateliers parisiens, se fait sentir dans tout le Midi de la France, depuis les belles verrières de Bourges (p. 134), jusqu'à Clermont-Ferrand (p. 166). Ces vitraux aux couleurs vives ont surtout leur raison d'être sous les cieux gris du Nord, où le jeu de la lumière dans leurs émaux égaie les intérieurs; dans le Midi, le grand ciel bleu, le soleil doré remplacent les vitraux , qui n'y apparaîtront guère qu'au xiv* s., apportés par les hommes du Nord, et présentant les caractères des vitraux du xiii" siècle. Mais dès le milieu du xii* s., les cisterciens avaient introduit dans leurs églises l'usage des grisailles (Aubaziiie, p. 201); les combinaisons des arabesques grises sur un fond plus foncé étaient d'ailleurs souvent du plus bel effet. Ces grisailles furent copiées un peu partout, et de leur combinaison avec les médaillons de couleur sortirent de magniliques verrières, comme celle de Ste-Radegonde de Poitiers (p. 10).
Orfèvrerie. — • L'orfèvrerie du xin« s. souvent fabriquée ù Limoges (p. 130), qui à côté de l'émaillerie sculptait aussi en ronde bosse, se rattache aux traditions décoratives de l'époque romane, et tels objets, comme les phylactères à' Arnar-la- Poste (Haute-Vienne) et de Châteauponsac (p. 96), sont par leur allure lourde et le détail de leur décoration très semblables à ceux du xii* siècle. On trouve souvent ;i cette époque des châsses représentant en réduction des églises prises quelquefois à des types de la région. Au xiv" s., les bustes-reliquaires en argent et eu or, décorés d'émaux, abondent; ils sont tous exécutés à Limoges. \iémaillerie, presque toujours champlevée, est centralisée dans le Limousin. Au xiii", comme au xii^s., les ateliers de Linu>ges fournisseut la France entière et les pays étrangers; on trouve de leurs productions jusqu'en Arménie; d'ailleurs cet art était très industrialisé, et les artistes, sans chcrdier à créer dc^ nouveaux types, se contentaient de copier
Epoque goth. fiamb. ARTISTIQUE. LV
les aiu'iens modifies. Tantôt les ligures se détachoat éinaillécssurun fond réservé et doré, souvent couvert de guillochage et de riuceaux gravés au burin, coninie pour la châsse d'Ainbazac i,p. 129); tantôt, surtout à partir du milieu du xiii« s., les artistes, pour gagner du temps, émaillent les fonds et réservent les ligures qu'ils burinent ou même qu'ils garnissent de plaques toutes préparées, fondues ou ciselées, le fond étant uni ou rehaussé de bandes à inscriptions orientales déformées ou d'un semis de rosaces. Tels sont les cuffrets-reliquaires du musée de Limoges, de St-Sernin de Toulouse, lesc/ïd^aesde Mozac ip. 164) et de Meilhac(Haute-Viennej, deChaniberet (Corréze) et de Beaulieu {\). 22()l. A partir du milieu du xin« s., mais surtout au xiv*, les émau.v opaques disparaissent peu à peu devant les émaux translucides. Des plaques de métal précieux, où sont réservés les personnages, sont couvertes d'émaux transparents, à travers lesquels on aperi;oit les fonds guillochés et gravés au burin; parfois, les tailles indiquant sur les personnages réservés les détails du corps et de l'habillement sont remplies d'émaux opaques. Dans le courant du xiV s., les artistes, connaissant mieux cette technique, couvriront la plaque entière, préalablement ciselée en relief d'émaux translucides. Les ateliers de Limoges fabriquaient au xiv s. des émaux translucides d'une très grande finesse; ceux qui décorent le chef de St-Martin de Soudeilles, auj. conservé au musée du Louvre, sont peut-être les plus beaux.
Epoque gothique flamboyante. — Les caractères propres au Sud-Ouest de la France, qui avaient déjà jjresque disparu au XIV* s., n'existent plus, et l'évolution des beaux-arts est à peu près la même dans toute la France.
Architectlke rei.kjieuse. — Le style flamboyant qui domine au xv« s. et jusqu'au milieu du xvi«, surtout sur les bords de la Loire et dans le Midi, est caractérisé par la complication des nervures des voûtes, qui n'ont guère qu'un rôle décoratif, la présence d'arcs en anse de panier et en accolade et l'enlacement des soufflets et des mouchettes, qui donne au fenestrage l'aspect de flammes, d'où le nom de ce style. Les moulures à profil prismatique pénètrent dans les piles; les chapiteaux sont supprimés, et les piles souvent remplacées par des colonnes isolées à fûts cannelés ou tournés en hélices. De hautes clefs pendantes, richement décorées, se détachent de la voûte. A l'extérieur, les niches et les clochetons très ornés, les hautes fenêtres percées en guise de tympan au-dessus de la porte et encadrées de puissantes voussures, donnent aux fat,'ades un aspect très riche. Les clochers sont surmontés de flèches épaulées à la base par de petits arcs-boutants.
Akchitectitkk civile. — Les maisuvs sont plus gaies, plus éclairées, et plus richement décorées; on en rencontre de très jolies dans beaucoup de villes du Sud-Ouest, à Anyns, par exemple, à
LVI INTRODUCTION Epoque goth. flamb.
Périgueux, à Bourges Vhôtel Jacques-Cœur (p. 137; vers 1450) aux hautes toitures décorées de belles lucarnes et aux grandes baies tantôt en arc brisé et à reniplage flamboyant, tantôt carrées avec des meneaux en croix. Les châteaux et lespalais deviennent plus nombreux, et leurs immenses toitures se hérissent de lucarnes aux gables ajourés, de clochetons et de cheminées décorées; les angles sont flanqués de tourelles, les murs couronnés de mâchicoulis et de créneaux ; ces palais luxueux conservent encore l'aspect féodal. Au point de vue militaire, le développement de l'artillerie dans la deuxième moitié du xv« s. amène la transformation des châteaux: les tours et les murailles s'abaissent et s'épaississent, et l'on ouvre (les bouches à feu au bas des ouvrages. Le château de Bmiagnil (Lot-et-Ciaronne). reconstruit dans la seconde moitié du xv» s. sur des restes antérieurs, est un excellent type de ces châteaux de trausition disposés pour utiliser l'artillerie, mais aussi pour défier l'escalade.
Sculpture. — Elle n'est pas plus caractérisée que l'architecture. Un des plus beaux et des plus typiques exemples de la fin du xv<^ s. nous est fourni par la magnifique décoration du chœur de la cathédrale d^Albi (p. 235): le jubé flamboyant est découpé comme une broderie, la clôture du chœur est ornée de statues de prophètes et d'apôtres, les unes françaises, d'autres franco-flamandes, quelquesunes, véritables portraits d'une intensité de vie étonnante, rapjjellant les Florentins. La sculpture décorative et celle du mobilier des églises s'est fort développée et témoigne d'une richesse d'invention et d'une ampleur de formes remarquables.
Peintures. — Le département de la Haute-Loire possède quelques peintures murales influencées par l'art italien. La cathédrale î'Alhi (p. 235) présente un ensemble d'œuvres intéressantes, les unes, antérieures à 1500 et exécutées suivant les traditions françaises, les autres, postérieures et inspirées ou même traitées par les artistes italiens. Les tapisseries, plus nombreuses au xv« s. qu'à l'époque précédente, sont aussi d'une plus grande richesse d'invention et d'exécution.
Epoque de la Renaissance. — La Renaissance italienne du xv« s. semble n'avoir d'abord pas été très populaire en France, et y avoir été confinée à la cour et dans la noblesse. C'est surtout par les gravures des livres que pénétra l'art italien, les architectes s'en inspirèrent dans la décoration de leurs édifices, et il serait peut-être sorti de cette fusion un style vivant et personnel ; mais les étrangers qui vinrent en France appelés par le roi n'acceptèrent pas ce compromis, et malgré l'indocilité de leurs disciples et la résistance des vieux maîtres, implantèrent un style entièrement neuf; peu à peu, les artistes du moyen âge disparaîtront devant les savants (pii a]ipli(iueront les règles de la symétrie antique.
t:^>i>nue i(c i„ liamtss. AKTibTlULK. J.VJl
Arciutkcturk religieusk. — C'est dans les monuments religieux que le style gotliique persiste le plus longtemps. On conserve la carcasse gothique, avec la voûte d'ogives et les arcs-boutants, mais on multiplie les nervures des vofites au point de donner à certaines l'aspect lie plafonds à caissons; l'arc en plein cintre remplace l'arc brisé; le pilastre décoré d'arabesques, la colonne. Sur la façade, les superpositions des ordres et les portiques à l'antique forment la principale décoration. Le clocher est couronné par un dôme surmonté d'un lanternon. C'est surtout dans le Nord de la France que se trouvent les églises construites ou restaurées dans le nouveau style; cependant, nous pourrions en citer un certain nombre en Anjou et en Poitou, comme le grand cloître de Fontevranlt (p. 25), d'un très beau caractère, la lanterne élevée entre les deux flèches de la cathédrale d'Angers, l'église de Brissac (p. 28), la grande chapelle du croisillon nord de Sf-Pirrre de Sauniur (p. 24), où l'on voit des morceau.\ de style Henri II, lourd à force d'être recherché, à côté de parties datant de François I*', la chapelle du château de Thijuars (p. 34), la collégiale d'Oiron (p. 82), d'une ornementation extrêmement riche. Dans l'Aunis et la Saintonge, nous n'aurons guère à signaler que l'église de Lonzac (Charente-Inférieure), construite par des artistes des bords de la Loire, et dans la Vienne, la façade de l'église désaffectée de Lvudnn (p. 81).
Architecture civile. — Si les monuments religieux de la Renaissance ne sont pas très nombreux, par contre les maisons et les châteaux abondent, et tout le monde connaît ces magnifiques constructions de la Touraine. de l'Angoumois et de la Ga.scogne, d'inspiration gothique, par leurs hautes toitures bordées de créneaux et ornées de lucarnes, de clochetons et de belles cheminées, la disposition de leurs façades, décorées de balcons en encorbellement et de tourelles renfermant des escaliers à vis. mais dont le détail de l'ornementation, les profils, les pilastres, les frises décorées d'arabesques, sont inspirés de l'art italien. L'influence de ces magnifiques châteaux iV Azay-le-Rideau (p. 79), de Chenonceaux (p. 87). de Bhm (p. 4) et de Chambord se fait sentir dans l'Anjou, le Poitou, l'Angoumois et jusque dans le Midi: à Angers Vhôtel de Pincé. au.ssi remarquable par ses dispositions d'ensemble que par la belle exécution du détail; dans le Poitou, le château de Javarzay (Deux -Sèvres), intéressant spécimen de l'époque de transition, celui d'Oiron ip. 82), celui de la Roche - du - Maine (Vienne), où a été reproduite en partie la façade du château de Blois; plus au S., le château de la Rochefoucauld (p. 98), dont la façade se dresse superbe entre de hautes tours d'angle du xv* s., et dont la cour entourée à chaque étage d'une galerie à arcades est d'un grand effet décoratif. Dans le Bas-Poitou, l'Angoumois et la vSaintonge, la Renaissance ne s'implantera que très tard et souvent par des mains étrangères, et l'architecture de la seconde moitié du
LVlll INTRODUCTION Epoque
XVI* s. y a produit un assez grand nombre de maisons d'aspect souvent assez lourd, par l'abus même de la richesse de la décoration. Dans le Midi, nous citerons les beaux hôtels de Toulouse (p. 297), les maisons de Riom (p. 162) et de Montferrand (p. 171), le château à'Assiei- (p. 230), dont la façade est ornée de terres cuites de l'école de Girolamo della Robbia, et celui de Montai (p. 220).
Sculpture. — La sculpture de la Renaissance, dont les architectes font -un si grand emploi dans la décoration des palais et même des maisons, a produit, à côté des monuments funéraires, souvent encore disposés, comme à Oiron (p. 82) et à Thouars (p. 34:), suivant les formules du moj'en âge, et des statues de Vierg^e et de saints, toute une série de Mises au tombeau, composées de plusieurs personnages, généralement en pierre peinte; les principales sont celles de Monestiés (p. 338), de la cathédrale de Narhonne (p. 320) et de l'église de Moissac (p. 248), toutes du début du xvi« siècle.
Peinture. — Les peintures murales du xvi* s., particulièrement abondantes dans la Haute-Loire, sont une nouvelle preuve de la lutte des deux écoles: d'un côté, l'école française de Clouet, de l'autre, l'école italienne de Fontainebleau.
A la tin du xv* s., Vémaillerie de Limoges (v. p. 130) se modifie, les émaux peints se substituent aux autres, et les artistes se mettent à copier les maîtres italiens; tandis que Nardon Pénicaud et Jean I" Pénicaud suivaient encore les doctrines françaises. Jean II Pénicaud s'inspire uniquement de l'art italien. Parmi les plus fameux artistes qui se distinguèrent dans la peinture des émaux, nous signalerons le grand portraitiste Léonard Limousin et des familles entières, les Pénicaud, les Reymond, les Courteys, les Laudin, qui exercèrent du xvi« au xvm« siècle. Sous Louis XIV, Fetitot se destingua dans l'art des portraits éniaillés.
Epoque moderne. — L'évolution des beaux-arts est à peu près la même pour toute la France, sans caractère spécial à la région qui nous intéresse.
Architecture religieuse. — Nous avons vu que l'influence des architectes du moyen âge persista longtemps dans le xvi« s., n'abandonnant guère au goût nouveau que la décoration. Au xvii*' s.. l'ordre des jésuites, tout puissant, impose partout le style dit «jésuite», destiné plutôt à satisfaire la raison qu'à frapper l'imagination. Au xviii'' s., les églises se font plus coquettes, la décoration y est raffinée, et l'ensemble manque de force; la décadence est rapide, et dès la seconde moitié du xviii*" s. apparaît la réaction inspirée de l'étude des monuments antiques. Tandis que la Renaissance n'avait fait qu'emprunter h l'antiquité sa décoration, on se met à copier les monuments anciens, les temples à plan rectangulaire, à péristyle et colonnades. Mais voici que le romantisme ressuscite le gothique: on restaure les édifices gothiques, puis on
moilerne. AKTlSTlUl'E. I.IX
les pjistirhf. tt remonfaiit encore plus haut, on imite les éi;lises romanes et inênie les premières basiliques eh rétiennes.
AKr>HTE«TrKK CIVILE. — Sa marche est à peu près la même que celle de l'arehiteeture relijjieuse. Aux excès d'oniem entât ion de la tin du \\i<- s. succède une période de technique plus simple, où l'on supprime les moulures et ornements superflus, et qui remplit le xvn'' s. (château de Calonyes dans l'Agenais) et une grande partie du xviii". Le style du xviii« s., avec son cortège de guirlandes, de festons et de coquilles n'exerce guère sou influence que sur de petites constructions de plaisance et sur les intérieurs. La réaction inspirée de l'antique apparaît au milieu du xviii« s., et ce nouveau style deviendra le style empire. Avec le romantisme, on revient à l'étude du moyen âge; on ne se contente pas de restaurer les monuments en ruines, on construit dans ce style des éditices entiers; d'ailleurs le développement de l'emploi du fer dans la construction s'accommode tout particulièrement à ce style où les lignes verticales dominent, où l'ossature apparaît tout entière et où les vides l'emportent sur les pleins. A côté de ce genre de construction s'est constituée depuis la tin du Second Empire une autre école s'inspirant de l'architecture italienne du xvi® s. et des éléments décoratifs pris à l'antiquité, sans cependant en copier servilement les monuments. Mais à quelque période qu'ils appartiennent, les monuments de la région qui nous intéresse n'ont pas de caractères originaux. La ville de BordeaiKV, par exemple, riche et florissante, se transforme au xvin® s. sous la direction de ses gouverneurs; des palais maguitiques, un théâtre, chef-d'œuvre du genre, des avenues nouvelles, tout un quartier d'hôtels et de maisons modiflent son aspect, mais il ne faut chercher dans toutes ces constructions aucun caractère local; les architectes des palais. Gabriel et l'ictor L<mis viennent de Paris; les autres les imitent, et c'est le goût de Paris et de Versailles que l'on retrouve à Bordeaux (v. p. IO81.
StTLPTiRE ET PEiNTfRE. — CoHinie l'architccture, et en même temps qu'elle, ces arts évoluent suivant le goût de l'époque. Mais là encore, c'est Paris qui domine, et les maîtres les plus importants nés dans le Sud-Ouest de la France n'ont pas créé d'écoles locales. Ils sont généralement venus se faire connaître à Paris: néanmoins, ils sont d'ordinaire représentés dans leur pays, soit que l'Etat se soit rendu acquéreur de quelques-unes de leurs œuvres pour le musée de leur ville natale, soit qu'eux-mêmes aient constitué dans leur pays des musées comprenant, en outre des peintures ou sculptures empruntées à leurs collections, des spécimens de leur production: tels sont le musée Inyres à Montauban (p. 2.51», le musée David à Angers, le musée Boimat à Bayonne (p. 274i et le musée Deiiys-Pnerh à Kodcz ip. 'A'i\l\. l^a ville la plus riche en célébrités artistiques est sans contredit Toulouse; elle a donné naissance, aux xvn* et xvin* s., aux de Troy, Nicolas le père, et ses