II
Les droits spéciaux des femmes
Le bien des enfants.
Questions sociales, économiques .
Cour suprême .
Ensemble.
Total des moUons et pétitions présentées par les députés des deux sexes.
Proportionnellement :
par les hommes .
par les femmes.
1 Ensemble
1 par les unes et les autres . .
Les députés ont pris la parole dans les proportions suivantes :
Discours des députés hommes . .
(ensemble)
Discours des députés femmes . .
Pourcentage des députés qui ont discouru :
Sur 82 femmes, 49, soit 60 0/0, ont discouru de 1908 à 1910. Sur 718 hommes, 463, soit 64.5 0/0.
A, ces table-aux, il convient d’ajouter les renseignements suivants sur l’objet des motions présentées par les femmes députées. Ges motions demandent qu’on retarde lage légal du mariage pour la femme ; qu’on modifie le régime des biens dans le mariage ; l’abrogation de la tutelle de l’homme sur la f emme ; la reconnaissance des droits de la mère sur ses enfants ; l’assurance-maternité ; le droit pour les femmes de remplir toutes les fonctions d’Etat ; l’amélioration du sort des enfants illégitimes ; la fondation d’asiles pour les mères et les enfants abandonnés ; l’augmentation des peines contre les séducteurs, la diminution des peines contre l’infanticide ; de meilleures lois concernant les enfants ; la fondation d’écoles ménagères ; l’obligation pour chaque commune d’appointer une sage-femme ; l’abrogation des ordonnances sur les domestiques ; la réforme des prisons ; l’organisation de colonies pénitentiaires, l’intruction des détenus ; des subventions de l’Etat pour différents établissements utiles ; l’abolition de la règlementation de la prostitution ; la répression de la pornographie ; la nomination d’inspectrices d’hygiène ; l’assistance communale par le travail ; bureaux de renseignements sociaux ; nouveau réseau de chemin de fer ; la régularisation de la isituation des juifs ; l’instruction gratuite obligatoire ; la suppression de la vente de l’alcool ; l’organisation d’asiles pour alcooliques ; la création d’une Cour de justice suprême ; la révision et runification du Gode civil, etc...
On ne peut pas mentionner beaucoup de réformes obtenues jusqu’ici en faveur des femmes, malgré la grande activité déployée par les femmes députées. Gomme tous les- efforts de la Représentation nationale ont tendu à garantir l’autonomie de la Finlande, on peut à peine nommer quelques résultats comme étant dûs à l’établissement du suffrage universel ou au vote des femmes. Les 80 députés socialistes, tout en étant le plus fort parti au Landtag n’a pas pu faire aboutir son programme. La pression exercée par le gouvernement russe paralyse tous les efforts. La situation politique des Finlandaises est bien caractérisée par la réponse que fit à leur sujet le sénateur Méchelin au tsar. Le sénateur Méchelin était à la tête du Gouvernement pendant les années difficiles de 1905-1907. Il était partisan résolu du vote des femmes et comme le tsar faisait quelques réticences et exprimait ses doutes au sujet de l’opportunité d’un pareil progrès, le sénateur lui répondit : « L’opinion publique le réclame, et il n’y a pas à craindre que les femmes aient moins que les hommes le sentiment de leur responsabilité ». Gela décida de la victoire et le projet fut soumis aux quatre « Etats » avec l’approbation du tsar.
Le vieux sénateur Mechelin dit encore, au sujet de l’activité féministe des femmes députées : « En général les projets pré-
sentés par les femm-es au Landtag n’ont jamais été repoussés d’avance par les députés hommes, en particulier, ceux qui tendaient à élargir les droits des femmes. Malgré cela ces projets n’ont pas encore abouti. Gela tient aux conditions anormales dans lesquelles la Diète a dû travailler pendant ces dernières années. Depuis 1905, la Diète fut dissoute quatre fois ; c’est pourquoi la représentation nationale n’est pas en état de voter les propositions de loi qui lui sont soumises ; de plus les lois votées par la Diète attendent encore, pour la plupart la sanction du tsar ! Ge n’ast donc pas seulement les réformes concernant les femmes, mais toutes les affaires du pays qui restent en stagnation par suite de l’immixion illégale du Gouvernement russe dans les affaires de Finlande. Gependant onpeut dire que les initiatives prises par les femmes à la Diète ont été de nature à démontrer à l’opinion publique que les femmes plus encore que les hommes comprenaient la nécessité de certaines réformes sociales. De plus, les femmes ont bien montré par leurs votas qu’elles étaient, non pas lesi représentants de leur seul sexe, mais comme les hommes, les défenseurs du bien public ».
Le sénateur Mechelin parle encore du vote des femmes dans ses rapports avec la situation économique de ces dernières. 11 dit : « Jusqu’à ce jour, d’après nos lois, une femme mariée ne peut exercer aucun métier sans l’assentiment de son mari, qui est responsable des dettes possibles. Une femme député a demandé Vémancipation de la femme dans ce domaine. Sauf cette restriction l’égalité économique des deux sexes était presque accomplie avant qu’on accorde aux femmes le droit de vote. Les salaires des femmes n’ont pas été modifiés par l’obtention du droit de vote, parce que cette question des salaires est traitée de gré à gré par les particuliers. Les traitements des institutrices publiques ont été augmentés en 1908, sur la proposition du gouvernement. »
Le sénateur Mechelin ajoute : « qu’à son avis le vote des femmes a contribué ,à rendre la conscience publique plus délicate. »
Malgré les prophéties de malheur, on n’a pas observé que le vote des femmes ait eu le moindre inconvénient pour la vie de famille. A vrai dire on n’en redoutait aucun, il n’était venu à l’esprit de personné, en Finlande, que la femme dût négliger sa maison parce qu’elle votait tous les trois ans et fréquentait à Toccasion les réunions publiques. Au contraire, dès le début de la période électorale la presse fit un pressant appel pour engager les femmes à voter. Il n’est pas question non plus de querelle de famille, résultant du vote des femmes. Pour s’en convaincre, on n’a qu’à voir comment le père, la mère et les enfants majeurs de chaque famille se rendent ensemble au scrutin. Ordinairement l’homme et la femme appartiennent au même parti, mais il y a naturellement des exceptions. Gomme un juriste suédois a pré-
tendu que le grand nombre de députés socialistes finlandais était dû au vote des femmes, le député Arvid Neovius et sa sœur Dagmar Neovius firent une statistique, de laquelle il résulte que là où les femmes forment la grosse majorité des électeurs, le nombre des voix socialistes a plutôt diminué qu’augmenté. Tous les partis conviennent que le vote des femmes a étendu les limites de chaque parti. On. n’a observé aucune conséquence du vote des femmes sur le nombre des naissances. Si ce nombre est en décroissance, il faut en chercher les causes, dans des domaines bien divers, comme dans les pays où les femmes ne votent pas.
Pour finir, sous citerons les jugements de quelques personnalités éminentes de la Finlande. Le professeur Th. Rain qui fut autrefois député de la noblesse, actuellement conseiller d’Etat, vice-recteur de fUnlversité d’Helsingfors écrit le 18 janvier 1913 : « L’accueil que les hommes ont fait à la réclamation du droit de vote par les femmes a épargné à la Finlande, les scènes scandaleuses dont certains pays, comme l’Angleterre, nous offrent le spectacle.
« La collaboration des députés des deux sexes a toujours été courtoise. Les femmes sont peu nombreuses à la Diète, mais quelques-unes d’entre elles ont montré des qualités de premier ordre, aussi bien comme orateur que comme membre des diverses commissions parlementaires. Si le rôle de la moyenne d’entre elles n’a rien de très remarquable, on en peut dire autant de leurs collègues masculins. Elles n’ont pas envenimé les querelles des partis, elles les auraient plutôt adoucies. Sur la question vitale pour la Finlande, à savoir la défense de notre autonomie et de nos droits constitutionnels-, les partis n’ont jamais été divisés. Une des conséquences du vote des femmes est d’avoir rendu ces dernières plus conscientes de leur devoir et plus décidées à le remplir qu’au temps où elles n’avaient pas leurs droits politiques ».
Voici encore la réponse du sénateur Mechelin à la « Social and Political Union » : « Il va de soi que la camaraderie et la bonne entente entre les hommes et les femmes sont plus grandes en Finlande que dans les pays où les unes déplorent d’êtres privées de droits que les autres se réjouissent d’avoir. Pour ce qui est de la vie de famille, elle acquiert en Finlande, grâce au vote des femmes un profond intérêt et une grande harmonie. En cas de conflit d’opinion au sujet de telle ou telle réforme, aucune des deux opinions n’est sacrifiée. Du reste, la vie privée offre depuis longtemps aux époux des divergences d’opinions à solutionner ».
Le sénateur Mechelin répond d’un mot à la question suivante. Le pays estime-t-il plus ou moins les femmes depuis qu’elles prennent part à la vie politique ? : « Notre estime pour les dépu-
ÉüttifiSiaKittÉfiHü
tés qu’ils soient hommes ou femmes, dépend de la manière dont iis remplissent leur devoir à la Diète ».
A la question : Les femmes députées se sont-elles distinguées à la Diète ? Ont-elles amélioré le « ton » des discussions politiques ? ou au contraire ? le même sénateur répond : « C’est dans les Commissions que se découvrent surtout la capacité et les connaissances des députés. Plusieurs femmes ont fait partie des Commissions où l’on traite de questions sociales et de questions d’éducation. J’ai moi-même présidé la Commission des llnances. La seule femme qui en faisait partie en était un des membres les plus actifs. Il peut arriver que l’une ou l’autre députée socialiste s’exprime avec trop de violence au cours des débats politiques. Mais, en tout cas, leurs collègues masculins les dépassent de beaucoup sous ce rapport î Le ton général des discussions a-t-il été modifié par les femmes ? Il est bien difficile de répondre précisément à cette question. S'il l'a été, c'est en tout cas en mieux ».
Mr E. G. Sioan, professeur au lycée de William-Strand écrit : « Autant que j’en puis juger, l’expérience que nous avons faite du vote des femmes prouve avec netteté que toutes les calamités dont on nous menaçait à son sujet ne sont que des imaginations chimériques produites par les préjugés. Si un général devant livrer bataille laissait dormir à la maison la m.oitié de son armée, on le traiterait non seulement d’insensé, mais de criminel. De même, quand il s’agit de l’existence de la patrie et de la civilisation, il serait criminel de ne faire appel qu’à la moitié des citoyens. Cette participation de tous les citoyens au travail social est surtout nécessaire dans un petit pays. Ce n’est donc pas seulement parce que les femmes le réclament, ni parce que la justice exige qu’on leur reconnaisse les mêmes droits qu’aux hommes, qu’on doit leur donner le droit de vote, c’est par sagesse, par souci patriotique, et pour le bien du pays tout entier. Et nous avons vu, clair comme le jour, qu’il n’y a nulle surprise fâcheuse à craindre de cette réforme. Au contraire, la femme s’est montrée pleinement consciente de la gravité de la situation, et dans son activité politique elle s’est montrée pleine de dignité et de mesure. Elles on pris part au vote en aus^i grand nombre que les hommes et ont choisi les candidats qui s’imposaient, dans chaque circonstance, pour le plus grand bien du pays.
« On peut prévoir que si, chez nous, la vie politique n’est pas complètement étouffée pour un temps, le progrès général de la culture aura pour conséquence l’élection à la Diète d’un plus grand nombre de femmes députées.
« Les candidates qui ont été élues jusqu’ici se sont montrées les égales des hommes sous tous les rapports. En ce qui
concerne les questions « humanitaires », qu’il s’agisse de prendre l’initiative d’un projet de loi, ou de le discuter, les députées ont prouvé que leur présence aux sessions était absolument nécessaire.
« Pour me résumer, voici mon opinion, fondée sur le sentiment de la justice, le patriotisnae, et l’expérience : « Nous pouvons et nous devons être reconnaissants des présages favorables qui nous permettent d’espérer que sous peu l’état des choses sera tel que nous pourrons réaliser enfin une réforme électorale grâce à laquelle tous les citoyens de notre pays, qu’ils soient riches ou pauvres, hommes ou f emmes auront les mêmes responsabilités, les mêmes droits, les mêmes devoirs.
« Lorsque, avant les premières élections à la nouvelle Chambre des Députés, je parcourus tout le pays en qualité de conférencier du parti constitutionnel finnois, je fus, dès les premières réunions, agréablement surpris par le grand nombre des auditrices et par le sérieux dont faisaient preuve les chefs des organisations féministes. Il en fut de même partout ou j’allai.
« Quand je pense à cela, après de longues années, mes yeux deviennent humides. Le sentiment joyeux et les pensées me remplissant le cœur étaient : « Voici devant moi tout le peuple finnois ». Et je considérais comme mon premier droit et mon premier devoir d’exprimer ces pensées et ma satisfaction à mon auditoire féminin, en l’engageant à prouver par sa participation active aux élections que les femmes étaient dignes de leur nouveau droit. C’est ce qui arriva, et ce qui a toujours eu lieu depuis et c’est ainsi qu’il en sera à l’avenir, je l’espère, pour la joie et la prospérité de la patrie ».