LE GRAND REMÈDE
devoir, par suite des passions, est si dur, que nous avons besoin d'une aide spéciale si nous voulons rester fidèles. Le Christianisme là encore ne nous fait pas défaut. Il met à notre disposition la grâce de Dieu. Grâces des sacrements de pénitence et d'eucharistie qui permettent au jeune homme de rester vertueux malgré les séductions de toutes natures et de se préparer sérieusement au mariage. Grâce du sacrement de mariage qui affermit le lien conjugal, le saisit, le transfigure et en resserre si bien les nœuds qu'on ne peut plus ni le détendre ni le rompre, qui sanctifie ceux qui s'épousent, et descend en eux jusqu'aux sources de la vie. Elle fait chercher dans l'apaisement des sens, le grand honneur de participer à l'action créatrice de Dieu et de donner la vie. Cette destinée future entrevue, ce commerce familier avec Dieu développent dans les âmes l'amour divin ; et cet amour qui embrasse tout autre amour réagit directement contre l'égoïsme, une des causes les plus actives de notre faible natalité. « Ecole d'effort et d'abnégation, le Christianisme lient l'homme en devoir d'accomplir tous les sacrifices qui lui sont demandés au nom d'un amour plus généreux que l'amour-propre. C'est pourquoi, de même que sur les champs de bataille les meilleurs soldats sont les chrétiens, qui ne craignent pas la mort, parce qu'ils savent ne pas perdre la vie ; en temps de paix, les meilleurs citoyens et les plus fidèles à accomplir les devoirs de la paternité sont les croyants, parce qu'ils ont la conviction de transmettre à leurs
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enfants la double vie du temps et de l'éternité. » Dans la création d'une famille nombreuse, la plus grande part du sacrifice revient à la mère, aussi, plus encore que le père elle a besoin d'être initiée dès son jeune âge aux secrets du sacrifice. C'est le Christianisme qui lui enseignera la grande religion du dévouement.
« Lorsque la jeune chrétienne que Dieu n'a pas prédestinée à l'héroïsme de la virginité, regarde l'avenir en cherchant sa vocation ; lorsque son imagination, précipitant les jours et devinant la Providence, lui montre dans un temps plus ou moins proche, comme centre de sa vie terrestre, un mariage couvert de la bénédiction de l'Eglise et de Dieu ; sti cette enfant dans son cœur d'ange fait des rêves — et où est la jeune fille qui n'en fait à dix-huit ans ? — règle générale, ce sont des rêves de dévouement. A travers les ombres heureuses qui voilent encore à son âme une part de ses austères devoirs, elle voit briller comme un astre d'espérance la gloire de la maternité ; elle aura un mari aimé en Jésus-Christ et pour toujours ; elle verra de petits enfants la reconnaître à son sourire ; elle les entendra répondre à sa voix et l'appeler de son nom ; elle sera heureuse de leur faire une joie de toutes ses souffrances, un bonheur de tous ses sacrifices !
Lorsque le Sacrement sera venu mettre à sa vocation le sceau de Dieu par la main de l'Eglise, et que les rêves de l'enfant vont devenir bientôt les réalités de la mère ; lorsque les jours en se hâtant lui ont
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amené sa destinée, et que déjà la grande heure de sa maternité est proche ; oh ! combien de fois, en mettant sur son cœur dans le mystère de la Communion l'Agneau du sacrifice, elle a cru sentir le fruit de ses entrailles tressaillir au contact du Christ, et s'est écriée comme Elisabeth dans un enivrement sacré : Exultavit infans in utero ? Ht savez-vous quels sont alors les songes dorés, les délicieux pressentiments, les sublimes pensées de cette femme transfigurée par le Christ ? Elle se dit : Voici venir l'heure du sacrifice ; encore quelques jours, et ma vie va devenir un dévouement qui ne finira plus : ce petit être que je sens vivre dans mes entrailles et reposer près de mon cœur, comme je le comblerai, non seulement de mes tendresses, mais de mes larmes ; non seulement de mes caresses, mais de mes sacrifices ?
Qu'ils sont saints et purs les rêves de la femme chrétienne à la veille de sa maternité première ! Rêves charmants, peints d'avance dans son imagination, et qui demeurent peints dans sa mémoire quand ils sont devenus des réalités plus charmantes encore ! Ce qu'alors cette mère selon le cœur du Christ trouve de courage, de force et d'abnégation, dans cette religion qui a pris possession d'elle ; ce que son Dieu lui met au cœur chaque jour, surtout à l'heure mystérieuse de la communion, ce qu'elle puise à son autel d'intarissables dévouements pour l'accomplissement de ses devoirs, ce que du fond de ces sacrifices elle fait jaillir de joie et pour elle
et pour tous ; il faudrait, pour le comprendre et le dire, avoir la voix d'un ange et le cœur d'une mère !
L'égoïsme fait déchoir la femme mondaine de tout l'honneur, de toute la dignité et de. toute la joie des vraies mères, le sacrifice élève la femme chrétienne à toute la hauteur de ses fonctions, et lui prodigue toutes les joies qui naissent pour elle de leur parfait accomplissement.
La femme mondaine a peur de souffrir : elle fuit les enfantements douloureux ; la femme chrétienne ne se croira jamais trop mère : et jamais elle ne pensera avoir assez souffert pour le bonheur de ses enfants. Elle estime que dix ou douze enfants sont à peine assez pour l'honneur et la joie de leur maternité : fille d'F,ve prévaricatrice, mais instruite aux leçons du Christ réparateur, elle accepte sans murmure la loi proclamée sur notre berceau ; à force de courage pour braver la mort et de dévouement pour donner la vie, elle répond par tous ses enfantements à tous les appels de Dieu. Si parfois en regardant l'avenir elle s'émeut sur le sort de ses enfants et sent à cause d'eux une crainte l'envahir, elle élève à Dieu son regard et son cœur ; elle se souvient qu'il y a au ciel une Providence qui n'oublie pas même les petits oiseaux ; et elle se dit confiante et tranquille : « Dieu me les a donnés ; Dieu les bénira. »
Courageuse et dévouée pour donner la vie, elle l'est encore plus pour la nourrir et l'élever. Jusqu'à constatation d'un danger certain, elle garde cette ambition naturelle à toute mère : nourrir ses enfants ;