‹ Le Suicide d'une raceChapitre 16 sur 37 · LE OU AND REMÈDE /J2I · texte numérisé non relu

LE OU AND REMÈDE /J2I

son cœur ne consent pas à mêler dans leurs veines à la pureté du sang ingénu l'alliance d'un sang mercenaire ; si sa vie s'épuise de tout ce qu'elle donne d'elle-même, elle trouve que ses épuisements seront trop heureux s'ils deviennent la vie, la force et la beauté de ses enfants. Mais ce qu'elle aspire avec le plus d'ambition, ce qu'elle entreprend et poursuit avec le plus de dévouement, c'est après avoir mis dans la chair d'un enfant sa substance et son lait, de mettre son âme dans son âme et son cœur dans son cœur par le travail de l'éducation. Elever un enfant, le façonner, le sculpter à force de soins et de fatigues à la plus grande ressemblance du Christ, quelle vocation pour la mère chrétienne, et pour l'accomplir quel héroïsme de dévouement !

Elle dit alors adieu aux spectacles et aux fêtes, son spectacle c'est de regarder ses enfants, son plaisir c'est de les embrasser ; sa fête c'est d'assister à leur bonheur et sa joie de se donner à eux. Que le monde la laisse et qu'il ne lui dérobe rien des moments que son amour doit tout entier à ces chers petits êtres. Elle ne veut pas livrer au plaisir les heures du sacrifice : trop heureuse de former de tous ses dévouements les enfants que la Providence a fait tomber dans son sein comme le plus beau présent de son amour (i). »

Ainsi la mère chrétienne s'élève par le sacrifice

(i) P. FéUX. S. J. Conférences de N.-D., 1860, p. 316 et suivantes.

à la hauteur et même au-dessus des plus austères devoirs.

I,a religion, affirme-t-on bruyamment dans certains milieux, est impuissante devant le fléau de la dépopulation.

Nous pourrions répondre simplement que certains adversaires du catholicisme lui adressent des critiques diamétralement opposées.

« Cette funeste et regrettable impulsion, dit Joseph Garnier, a été donnée et continue à être donnée à l'accroissement de la population par la presque totalité des écrivains catholiques, par les casuistes et au moyen de la confession (i). »

« Il est temps que la vieille doctrine de l'Eglise, qui place 1^ créature humaine entre les souffrances de la chasteté absolue et celles de la fécondité sans limites,... il est temps que cette doctrine tyrannique et cruelle aille rejoindre, au chaos des choses mortes, toutes les idées de contrainte et de servitude qu'a balayées le souffle de révolte (2). »

Guyau, dans l'Irréligion de l'avenir, constatait que la religion était une source de confiance en Dieu, et, par là, de confiance dans la vie, qu'elle était en même temps un frein moral ; il cherchait quel succédané on pourrait donner à la religion pour sauver la fécondité de la race, et il espérait trouver dans la science ce succédané nécessaire.

(1) Joseph Garnier. — Du Principe de la population, p. 494.

(2) Nelly Roussel. — Régénération, janvier 1903.

Page 1