LE GUA>TD REMÈDE
Voyons les arguments qu'apportent ceux qui prétendent que notre suprême remède est inefficace.
« La morale catholique, dit M. Fonsegrives (i), ne condamne pas la chasteté volontaire des époux, elle ne les oblige pas à avoir un certain nombre d'enfants, les moralistes catholiques n'interdisent pas la prudence conjugale ; pourvu que toutes choses, quand elles se passent, se passent normalement et que le reste du temps l'abstention soit observée, la morale catholique est satisfaite. On peut donc être catholique pratiquant, pieux et fervent même et n'avoir qu'un ou deux enfants. Au moment où il vient de flétrir « le vice honteux et lâche qui supprime la vie », un moment avant de citer le rude Tertullien disant : « Empêcher de naître, c'est tuer à l'avance, car celui-là est homme qui doit le devenir ; tout fruit est dans son germe », le P. Monsabré disait à Notre-Dame : « Encore si ces hommes s'entendaient avec Dieu, s'ils lui demandaient la permission de se montrer prudents et discrets dans l'observation de sa loi ; s'ils payaient cette permission par le généreux sacrifice d'un plaisir ; s'ils ne se refusaient la paternité que pour être chastes, Dieu pourrait être indulgent pour leur faiblesse et entrer dans leurs vues. » On peut donc être catholique et pratiquer le self-restraint de Malthus. »
I,a morale catholique, c'est un fait, n'oblige pas
(i) G. FONSEGRIVES. — Préface du livre de l'abbé Ract, Natalité.
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à avoir un nombre déterminé d'enfants, mais elle oblige, avec une rigueur que beaucoup trouvent excessive, puisqu'elle n'admet aucune exception, à ne pas frustrer l'acte conjugal de sa fin voulue par Dieu. Or quiconque connaît un peu la nature humaine admettra sans difficulté que la seule observation de ce précepte aurait une très grande efficacité pour lutter contre la dépopulation. Car ils sont rares, ceux qui consentent, surtout durant les premières années de leur mariage, à se mettre au régime de la tempérance absolue.
Il est possible que théoriquement la religion, si elle était pratiquée, soit, un remède ; qu'en est-il dans la réalité ? Nous sommes un pays catholique et nous tenons cependant le record de la dépopulation.
Il faut avouer qu'il y a un peu de malhonnêteté à accuser le christianisme d'impuissance, alors qu'on fait tout pour entraver son action. Depuis plus de cent ans, n'a-t-on pas tout employé pour arracher du cœur des Français la vieille religion qui avait fait la force et la grandeur du passé ? Qu'on laisse à l'Eglise son indépendance, qu'on lui laisse la liberté d'enseigner sa doctrine, et quand elle aura formé une nouvelle génération, si elle ne vaut pas mieux que celles qui l'ont précédé, on pourra peut-être parler de faillite et encore. L'homme est libre et la religion respecte sa liberté. Elle aide les bonnes volontés, mais elle ne sauve pas ceux qui obstinément refusent d'être sauvés. Elle ne contraint personne. Elle ne rend pas les hommes vertueux malgré eux. Et puis
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de ce que la religion n'arrête pas infailliblement les passions humaines, est-ce que cela prouve qu'elle ne les arrête jamais ?
Mais enfin, il y a encore en France des milieux où la religion a conservé tout son prestige. Là, au moins nous ne devrions pas constater la baisse de la natalité et cependant, c'est la même décadence qu'ailleurs et quelquefois même plus accentuée. Et triomphalement on oppose le VIIIe arrondissement de Paris, dont la réputation de piété est connue et qui est très peu prolifique, aux quartiers irréligieux de Belleville et de Ménilmontant, où les enfants pullulent.
Comparer ainsi deux quartiers si différents ne prouve rien. Il faudrait faire la comparaison entre des familles ouvrières, bourgeoises, aristocratiques catholiques, avec des familles non-catholiques occupant le même rang social. Puis ce qu'on appelle la piété des paroisses de la Madeleine et de Saint- Augustin n'est-ce pas uniquement pour beaucoup l'assistance à la messe élégante qui classe dans la vieille bourgeoisie ou l'aristocratie ? A regarder ces mondains et ces mondaines descendre avec sveltesse les degrés de la Madeleine on a l'impression pénible que pour tout ce monde la religion n'est qu'une coquetterie de plus, un diamant chrétien serti dans une existence toute païenne.
Allez chercher ailleurs la vraie vie chrétienne. Il ne suffit pas pour être chrétien d'avoir été baptisé, d'avoir fait sa première communion, et même à de rares intervalles de retourner à l'église, il faut vivre
ZjjG LK, suicide d'une rage
de Jésus-Christ, en accepter toute la loi et surtout la mettre en pratique. Et certes il y a encore dans notre pays de France des régions où le christianisme exerce une heureuse influence. Allez dans nos départements du Nord et. du Pas-de-Calais, au sein de la grande industrie et dans les plaines des Flandres. Là, se rencontre la famille féconde, ailleurs que chez le pauvre, ou chez l'ouvrier à qui peu chaud d'avoir des enfants qui n'accroissent guère sa misère, mais dans l'hôtel du riche industriel, en dépit du luxe, dans les fermes et les métairies, en dépit des lois successorales. Allez encore en Bretagne chrétienne, en pays basque, en haute Auvergne, dans l'Est, vous y verrez, dans des familles aussi humbles, plus d'enfants qu'à Belleville et à Ménilmontant, où ils diminuent, en même temps que les enseignements néomalthusiens y trouvent des oreilles plus dociles. Les extrêmes de la richesse et de la pauvreté se rejoignent donc sous la loi morale. Heureux ou disgraciés de la fortune sont féconds, parce qu'ils font passer la loi de Dieu avant tout et parce qu'ils respectent le lit nuptial (1).
Si une religion peut être utile pour la repopulation ce n'est pas le catholicisme mais bien le protestantisme ; les nations protestantes ne sont-elles pas plus fécondes que les nations catholiques ?
Nous pourrions répondre qu'il y a des nations catholiques qui sont aussi prolifiques que les pays
(1) Cf. Ract. — Ncttaiiti.