‹ Le Suicide d'une raceChapitre 19 sur 37 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Si le premier mot de ce volume sonne comme un glas funèbre, je veux que le dernier soit un cri d'espérance ; qu'il résonne comme l'olifant du preux chevalier, chantant éperduement, en pleine bataille, la victoire prochaine.

J'ai signalé le danger que court notre France bienaimée. Puisse ma voix être entendue de beaucoup, et si j'osais je dirais de tous mes concitoyens, car, au fond du cœur, j'ai cette patriotique ambition.

On m'accusera d'être un prophète de malheur. Non Si je n'avais pas le ferme espoir de voir luire pour mon pays des jours meilleurs, je n'aurais pas eu le courage d'écrire ces pages, parfois si tristes. Quand on n'a pas la conviction d'être utile à un malade, on ne se résigne pas à le faire souffrir ; on le laisse mourir, en essayant d'endormir ses douleurs.

La France, c'est vrai, est malade, mais elle n'est pas condamnée à tout jamais. Comme nous, elle a horreur de la mort, elle veut vivre, et aujourd'hui plus que jamais, elle nous le crie de toutes ses forces :

Donnez-moi des enfants, ou je meurs.

J'ai besoin de bras pour cultiver ma terre si féconde, et j'ai mal quand je sens la sueur de l'étranger tomber dans mes sillons. J'ai besoin d'hommes pour mon industrie autrefois si prospère et j'ai honte quand je me vois fermer les marchés du monde, et quand j'apprends que mes meilleurs produits pour se vendre doivent porter l'estampille de mes rivaux. J'ai besoin de cerveaux pour continuer ma glorieuse mission d'éducatrice de l'humanité et je souffre à la seule pensée d'apprendre qu'on pourra me ravir un jour le premier rang dans les sciences, les lettres et les arts. J'ai besoin de poitrines valeureuses pour défendre mes riches provinces que convoite un barbare et brutal voisin qui demain sera peut-être un envahisseur ; pour porter au loin mon drapeau symbole de justice et de liberté.

O vous qui m'aimez, vous qui avez souvenance de mon glorieux passé, vous qui n'avez pas oublié que je fus la reine des nations, je vous en supplie, donnez-moi des enfants ou je meurs. Entendez la voix des générations disparues. Du fond de leurs tombes que je garde jalousement comme un gage de résurrection, cette légion de saints, de héros, de génies dont je suis si fière, vous crie de sauver leur héritage.

Jeunes gens, pour moi, gardez pur le sang de vos veines, ne le gaspillez pas en de folles orgies. Votre sang, c'est le mien ; il a passé par les veines de vos ancêtres charriant la vertu et l'héroïsme, transmettez-le intact à ceux qui attendent de vous une vie que vous n'avez reçu que comme un prêt.

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