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LE SUICIDE NATIONAL II

règne de Louis XIV, on constata également un grand fléchissement de la population.

Un trait caractéristique distingue ces époques de la nôtre. Autrefois la dépopulation était accidentelle, elle tenait à des causes brutales : la famine, la guerre, le brigandage, les épidémies. Dès que ces causes disparaissaient, le pays se repeuplait rapidement. La race n'en était que mieux épurée, plus vigoureuse, plus intelligente et plus énergique. La volonté de vivre n'était pas atteinte.

Aujourd'hui notre dépopulation n'est pas due à des causes extérieures mais à une maladie sociale qui fait chaque jour plus de ravages.

Rien n'est éloquent comme des chiffres. Ils nous obligent à constater que la baisse constante de notre natalité ne date pas d'hier mais qu'elle remonte à 1770.

Il y avait en France par 10.000 habitants : de 1770 à 1780 380 naissances.

Nous avons deux autres moyens, également sug-

gestifs, pour constater l'état alarmant de notre natalité.

Le premier, c'est le nombre d'enfants par ménage. En 1800 la moyenne était de 4,24 enfants par ménage

Le second, c'est le chiffre total annuel des naissances, comprenant par conséquent les naissances d'enfants légitimes et illégitimes.

Prenons comme point de départ l'année 1800. La France comptait alors 26 millions d'habitants.

naissances

En 1800 on compte

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En 1890 on compte 838.000 naissances.

A cette dernière date, la France comptait 39.252.245 habitants.

Est-ce que ces fléchissements de notre population ne sont pas attribuables à l'énorme consommation d'hommes jeunes et vigoureux faite par la Révolution, l'Empire, puis la dernière guerre et la Commune, ou encore à des causes purement physiques ?

Voyons : En 1805, on compte 900.000 nouveaunés. Les guerres d'Espagne, la disette abaissent, en 1812, la natalité à 883.000. L'année 1814 présente un chiffre anormal de naissances, 994.000. Beaucoup de jeunes gens pour échapper à la conscription se sont mariés en 1813. Avec la paix et la prospérité matérielle de la Restauration et du règne de Louis- Philippe, la courbe des naissances oscille — à part 1818 — entre 990.000 et 935.000.

Les années de disette de 1846-1847, le choléra, la guerre de Crimée font tomber la natalité en 1847 et 1855. Un relèvement se produit, nous atteignons le maximum de naissances en 1859. Ce chiffre de 1. 017. 000, saluons-le, nous ne le reverrons plus. Le nombre des naissances se maintient tant bien que mal, jusqu'en 1870, grâce à l'annexion à la France de la Savoie et du Comté de Nice.

Naturellement, 1870 et 1871 se soldent par une forte diminution de natalité. La cession de l'Alsace et de la Lorraine à l'Allemagne nous a coûtéi.597.228

habitants (i), auxquels il faut ajouter les morts de ces deux terribles années, plus de 300.000. Les années qui suivent la guerre accusent un relèvement de natalité. Les vides se comblent aux foyers déserts.

De 1876 à 1886, le chiffre de la natalité se meut entre 966.000 et un peu plus de 900.000. « C'était, dit M. P. Leroy-Beaulieu, un déclin, notable même, par comparaison aux chiffres du milieu du second Empire, et tout en tenant compte des provinces perdues, néanmoins, la mortalité s'étant réduite, il y avait encore un excédent annuel des naissances sur les décès, variant entre 50.000 et 130.000.

Déjà, cependant, le péril apparaissait, tant dans la décroissance presque continue du chiffre des naissances que dans l'amoindrissement presque constant de l'excédent de la natalité sur la mortalité. Le mal ne cessa pas de s'aggraver depuis lors ; non seulement le chiffre de 1 million de naissances du second Empire était définitivement perdu, mais celui de 900.000 l'était à son tour, et l'année 1900, qui terminait le XIXe siècle, ne comptait plus que 827.000 naissances.

Depuis le début du XXe siècle, les progrès du mal ont été beaucoup plus rapides. Le chiffre de 800.000 naissances, à son tour, a été perdu à partir de 1907, et en 1909, on n'en compte plus que 769.000. Ainsi, le chiffre annuel des naissances a fléchi de plus de

(1) Selon d'autres auteurs nous aurions perdu 1.964. 143 habitants.

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230.000, soit 23 %, depuis le milieu du second Empire et de 70.000 environ depuis 1890.

Si l'on prend cette année 1890, qui est si peu distante de nous, comme point de départ, on compte six années où le chiffre des naissances en France a été inférieur à celui des décès ; et l'on peut dire, sans aucun risque de se tromper, que bientôt l'excédent des décès sur les naissances deviendra en France un fait constant (1).

L,e mouvement de déclin de la natalité n'est, en effet, certainement pas à son terme. De même que nous avons perdu plus de 230.000 naissances annuellement depuis le milieu du second Empire et 70.000 naissances depuis 1890, on peut être assuré que le chiffre des naissances, si l'on ne prend pas des moyens énergiques pour enrayer le mal, fléchira encore de 100.000 avant un quart de siècle ; et le fléchissement ne s'arrêtera pas ; il sera plutôt progressif et aura une force accélérée. »

Ce qui rend le mal plus grave, c'est qu'il atteint progressivement toute la France.

naissances 923.000

(1) Années

présentant des

exe

décès

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En 1885, les départements du Nord, du Pas-de- Calais, de la Seine-Inférieure, des Côtes-du-Nord, du Finistère, du Morbihan, des Alpes-Maritimes, des Bouches-du-Rhône, des Pyrénées-Orientales, de l'Aveyron, de la Lozère, de l'Ardèche, de la Dordogne, de la Haute- Vienne, de la Corse, avaient de 27 à 33 naissances par 1.000 habitants. En 1905, il ne nous en reste plus que trois : le Finistère, le Morbihan et le Pas-de-Calais.

En 1885, il n'y avait qu'un seul département ayant moins de 16 naissances par 1.000 habitants, le Gers. En 1905, il y en a 12, l'Orne, la Côte-d'Or, l'Yonne, la Nièvre, la Gironde, le Lot-et-Garonne, le Gers, les Hautes-Pyrénées, l'Ariège, la Haute- Garonne, le Tarn-et-Garonne, le Lot.

En 1901, il y avait 33 départements où les cercueils étaient plus nombreux que les berceaux. En 1905, ces départements tombeaux s'élèvent à 44. Et aujourd'hui 1911, combien? On dit soixante.

Voilà la situation. On peut prévoir la date où notre pays disparaîtra du rang des nations. Une demi-douzaine de générations, et notre nation aura cessé d'exister, en tant que population de souche française. « Considérons, en effet, 10 ménages pris au hasard : 5 désirent n'avoir qu'un seul enfant et 5 ne veulent en avoir que 2 ; quelques-uns sans doute peuvent se tromper et, par erreur, excéder ce nombre ; mais cela est compensé par les ménages qui, volontairement ou non, n'ont aucun enfant. Voilà donc 10 ménages, qui, si leurs vœux sont

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