‹ Le SulfamidothiazolChapitre 21 sur 30 · ETUDE CLINIQUE · texte numérisé non relu

ETUDE CLINIQUE

Les résultats cliniques de l’emploi du sulfathiazol ne sont pas encore particulièrement nombreux; ce-

pendant, ils sont suffisants pour que l’on puisse:

porter une conclusion définitive quant à l'efficacité du 2090 RP sur certains germes. Nous grouperons ces résultats d’après les germes contre lesquels l’activité du médicament a été essayée. Puis nous exposerons un certain nombre d’observations cliniques que nous avons recueillies et qui constitueront notre contribution personnelle à l’étude clinique du sulfathiazol.

Gonococcies

La thérapeutique sulfamidée antigonococcique a débuté par le 1162 F, qui devait être employé pour les urétrites associées ou non aux grands lavages. Le Dagénan devint ensuite le médicament antigonococcique le plus usité, et l’est encore. Pierre DUREL a montré que le Dagénan permettait le traitement

sans lavages. Avec le sulfathiazol, une période nouvelle s’ouvre, en ce sens que ce médicament apporte une simplification considérable de la thérapeutique, avec des résultats qui n’ont jamais été obtenus jusqu'ici.

Certes, le sulfathiazol est TO bien to-

léré pour que l’on puisse l’utiliser pendant une hui-

taine de jours à des doses supérieures à celles du

Dagénan. Mais le principal intérêt du médicament tient aux résultats obtenus par l’administration

d’une seule dose pendant les 24 premières heures.

Cette méthode est celle que préconisent GATE et CuiLLERET sous le nom de traitement minute de la blennorragie aiguë.

Après avoir employé d’ Ho une dose de 9 grammes répartie en 24 heures, ces auteurs ont observé qu’une dose unique de 5 grammes suffisait. Voici comment ils procèdent.

Le diagnostic étant bien établi, le malade absorbe une dose unique de 5 grammes en une fois.

24 heures après, prélèvement et examen microscopique.

48 heures après, nouveau contrôle microscopique. S'il est négatif, nitratage avec une solution à àl% et épreuve de la bière.

4 jours après cette épreuve, nouveaux examens. S'ils sont négatifs, nouveau nitratage.

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Les résultats obtenus sont les suivants : : A Les phénomènes douloureux cessent dès les pre- #1 mières heures du traitement; | 97 . AT S c “5 L'écoulement se tarit en général 24 heures après ES la prise du médicament ; | .1e

Et surtout les gonocoques disparaissent vers laseptième heure qui suit la prise du médicament. -

Sur les 23 cas présentés par GATÉ et CUILLERET, … à savoir 15 blennorragies masculines et 8 féminines, F. deux échecs sont notés.

Ces résultats se rapprochent de très près de ceux de VON NiEscHER publiés dans la Schweizerischen VE Medizin Wochenschrift du 29 juin 1940, qui enregistre 80 guérisons sur 82 malades, en donnant une “ dose unique de 5 grammes en une seule fois. à

P. DureLz emploie le sulfathiazol dans les urétrites | RS sonococciques aux doses suivantes : |

5 grammes pendant 2 jours; 4 grammes pendant 2 jours; 3 grammes pendant 2 jours.

L’urétrite aiguë récente, les cervico-vaginites aicuës, les ophtalmies à gonocoques, sont les meilleures indications du-traitement par le sulfathiazol.

Le traitement local ne sera mis en œuvre que dans les urétrites à rechute avec petit foyer local, ou dans la blennorragie féminine chronique.

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GSELL, en Suisse, emploie le 3714 Ciba selon le schéma préconisé par DUREL pour le 693 :

3 jours 3 grammes par jour; 2 jours 2 grammes par jour; | 3 jours 1 gramme par jour;

et obtient, du deuxième au quatrième jour du trai-

tement, une cessation généralement brutale de l'écoulement et disparition des gonocoques.

H. GoucEROT et L. GROLLET préconisent un « traitement express » dans lequel ils associent au sulfathiazol 1 gr. 50 d’uroformine et une injection de 4 cc. de propidon. Ils n’ont obtenu que 25 échecs sur 500 blennorragiques traités.

Céuice, WEILL SPIRE et FALLOT ont publié à la Société Médicale des Hôpitaux 11 cas d’urétrites à gonocoques traitées par le sulfathiazol, à l’exclusion de toute autre thérapeutique. Dans leurs observations, l’écoulement diminue et tarit de la cinquième à la trentième heure qui suit l’absorption du sulfathiazol. Les gonocoques ont disparu en moyenne au bout de onze heures de traitement, Parmi ces malades, certains avaient été traités sans succès par un autre composé sulfamidé. Un seul était blennorragique depuis 48 heures. Les autres l’étaient depuis un temps variant entre 6 et 35 jours.

En Amérique, MAHONNEY, WALCOTT et vAN SLYKE publient les résultats suivants :

Sur 79 cas d’urétrites suivis, 72 succès. Sur 32 malades traités sans succès par d’autres sulfamidés, 29 furent guéris. Le pourcentage de guérison n’a pas été meilleur chez les malades recevant une posologie élevée que chez ceux recevant une posologie normale.

BICKEL signale un cas de rhumatisme gonococcique aigu du genou avec présence de gonocoques dans l’épanchement. La température est tombée à la normale en 48 heures, et la régression de la tuméfaction articulaire, manifeste dès le second jour du traitement, était complète après une semaine, ceci avec un total de 26 grimmes de sulfathiazol.

Par contre, SPINK et HANZEN, essayant le 2090 RP dans un grand nombre d’affections, notent des résultats minimes dans les arthrites gonococciques.

Dans la gonococcie féminine, DUREL a obtenu d’excellents résultats dans son service de Saint- Lazare sur les cervicites purulentes.

En résumé, le sulfathiazol se montre particulièrement actif contre le gonocoque. Les doses supérieures à celles du Dagénan que l’on peut donner, permettent d’obtenir les résultats plus rapides avec moins de danger de complications.

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En cas d’absorption de fortes doses, tous les auteurs recommandent de donner aux malades des boissons abondantes. Le rôle joué par les boissons abondantes semble aux auteurs américains très important, puisqu'ils les recommandent très spécialement, même quand la dose du médicament n’atteint que 2 grammes par jour.

Colibacillose

S’il est un germe qui jusqu'ici échappait à l’action thérapeutique médicamenteuse, c’est bien le colibacille. Non pas que les sulfamides n’aient eu que des échecs vis-à-vis de ce germe. KENNY, JOHNSTON et HoELLER, LoNc et Briss, COKKINS, WEINGARTEN, MyrTiz, J. Brocn, LEREBOULLET, PALAZZOL ont utilisé divers sulfamides et obtenu des succès certains. Mais les résultats obtenus ont été par trop inconstants. Sans pouvoir expliquer l’activiké du 2090 RP sur le colibacille en particulier, GOURNAY et M" Mozrror ont souligné la constance des résultats obtenus avec ce produit. Ils ont présenté 8 observations particulièrement éloquentes à la Société Médicale dés Hôpitaux. Il s’agit de malades particulièrement suivis, qui n’ont jamais présenté de récidives. Les doses employées ont été relativement faibles, puisque le total n’a jamais dépassé 12 gram-

mes en 3 ou 4 jours. Dans une seule observation, 8 jours furent nécessaires pour obtenir la disparition du colibacille dans les urines.

SPINCK et HANZEN signalent sans préciser des résultats favorables obtenus dans 13 cas sur 20 dans des infections urinaires à streptocoques hémolytiques, à staphylo, à protéus et à colibacille.

GSELL a vu dans les infections urinaires à colibacille, non seulement une disparition rapide de la fièvre dans les pyélites, mais a pu également faire disparaître les bactéries de l’urine en l’espace d’une à deux semaines dans des cas de coliuries persistantes, où des désinfectants usuels avaient échoué. Cet auteur fait remarquer que l’action optima, contrairement à ce qui se passe dans l’ensemble des infections aiguës, ne paraît pas être atteinte par une thérapeutique à hautes doses de courte durée, maïs plutôt en maintenant dans l’urine de façon continue, pendant un temps suffisant, une concentration pas très élevée. C’est ainsi qu’il a pu guérir une cystite à colibacille en une à deux semaines, en maintenant continuellement une concentration urinaire de seulement 50 à 150 milligrammes pour 100.

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CÉLICE, L. GOUGEROT et P. CHASTAUD ont présenté à la Société Médicale des Hôpitaux une série d'observations d’affections à colibacille rapidement

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guéries par l’ingestion de petites doses de sulfathiazol (2 à 3 grammes par jour).

Nous avons nous-même recueilli dans le service de la maternité de l'Hôpital de Montfermeil plusieurs cas de pyélonéphrites à colibacille (observations n° 3, n° 4, n° 5). |

Etant donné les résultats obtenus jusqu'ici par tous les autres agents thérapeutiques, il est incontestable que le sulfathiazol trouve dans le traitement des colibacilloses un de ses plus beaux succès.

Méningococcies

GSELL fait justement remarquer que, dans l’appréciation de l’activité d’un médicarnent sur la méningite cérébro-spinale épidémique, il faut être particulièrement prudent. Cette maladie, en effet, est plus que toute autre sujette à voir son cours se modifier d’une façon inattendue. L'ensemble des observations de méningites traitées par le sulfathiazol publiées jusqu’à ce jour, montre une telle concordance dans les résultats que l’efficacité de ce sulfamide semble s'imposer. |

GSELL cite 7 méningites (2 adultes et 5 enfants) qui ont guéri. Il n’a employé de sérum que dans un seul cas. Les méningocoques ont disparu du L. C. R. en deux à six jours.

GourNaY et M Morrror ont publié deux cas de méningite particulièrement graves.

Dans le premier, s’il s’agit d’un malade de 48 ans, éthylique en mauvais état général, et dont la guérison biologique fut obtenue en 36 heures.

Dans le second, le malade, âgé de 50 ans, atteint d’une forme comateuse, ne toléra pas pendant douze heures l’administration orale du médicament. Par la voie intra-musculaire d’abord, puis orale ensuite, on obtint en 48 heures la disparition complète des méningocoques du L. C. R., et rapidement ensuite la guérison clinique. |

La faible concentration à laquelle le produit fut retrouvé dans le L. C. R. a fait conclure à ces auteurs que le sulfathiazol présente une activité particulièrement grande.

CÉLICE, GRENIER et FALLOT ont constaté l’efficacité de ce médicament au cours d’une méningococcémie, de deux méningites cérébro-spinales et d’une septicémie ayant l’allure d’une méningococcémie, mais dont la nature bactériologique n’a pas pu être déterminée. Voici leurs observations :

Al. (Pierre), vingt-cinq ans, entre le 23 mai, pour fèvre et céphalée, ayant commencé brutalement. Il présente une nodosité violacée sur la cuisse droite. Le 24, la tem-

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pérature est à 37° le matin, 38°4 le soir; des arthralgies des genoux, des tibio-tarsiennes et des doigts se manifestent. Une hémoculture est faite, qui montrera, trois jours après, la présence de diplocoques Gram négatif, dont l'identification (faite par le médecin commandant Labougle, que nous tenons à remercier ici) sur milieux sucrés et par agglutination, révélera, 1e 31 mai, la nature de méningocoques C.

Le 25, l’éruption se généralise, prédominant aux membres inférieurs (très nombreuses nodosités violacées très douloureuses, petites taches purpuriques isolées, petits éléments papulovésiculeux et taches érythémateuses à bords déchiquetés). La température, de 38° le matin, atteint 39°4 le soir; de la splénomégalie est notée. Le 26, un examen de sang montre : 5.200.000 globules rouges, 12.000 globules blancs; polynucléaires neutrophiles, 96 p. 100; monocytes, 3; lymphocyte, 1; 150.000 plaquettes; temps de saignement, quatre minutes trente secondes; temps de coagulation, sept minutes; signe du lacet négatif. Les urines ne contiennent ni sucre ni albumine. Persuadés qu’il s’agit d’une méningococcémie, nous mettons le malade au traitement par le 2090 R.P., à raison de 6 grammes par vingt-quatre heures.

La température atteint 39°6, le 26 au soir; le traitement est commencé le 26, à 18 heures : 1 gramme à 18 heures, 1 à 19 heures, puis 0 gr. 50 toutes les trois heures. Le lendemain matin 27, la température est tombée en quatorze heures à 36°7, après l’ingestion de 4 gr. de médicament; elle se maintient depuis définitivement entre-36° et 37°. En même temps, les douleurs articulaires s’amendent, les éléments cutanés se flétrissent et les nodosités deviennent moins saillantes.

Le 28, l’atténuation des phénomènes arthralgiques et cutanés continue, Le 29, il n’y a plus de douleurs, l’éruption disparaît de plus en plus, un examen montre :

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. 4.650.000 globules rouges, 7.000 globules blancs; polynu-

cléaires neutrophiles, 71 p. 100; éosinophiles, 4; monocytes, 11; lymphocytes, 14.

Par prudence, la médication a été continuée, malgré

la chute rapide de la température et l’apyrexie, deux

jours encore à 6 grammes, puis en diminuant la dose de 1 gramme par jour pendant cinq jours jusqu’au 2 juin. Les urines sont restées normales sans cristallisation du 2090 R.P. pendant la durée du traitement, la diurèse fut maintenue abondante par des boissons alcalines; la crise polyurique vraie eut lieu Gaq jours après le début du traitement.

Fe | OBSERVATION I. :

Gu.., quarante ans, entre le 26 juin au troisième jour d’une infection caractérisée par de la fièvre, de la céphalée, des vomissements; de l'agitation motrice, de la raideur de la nuque avec rétention @’urines. La ponction lombaire ramène un liquide purulent contenant de nom-

breux méningocoques. Aucune thérapeutique intrarachi-

dienne n’est pratiquée. Des boissons abondantes, des injections de sérum glucosé et chloruré accompagnent l’ingestion de comprimés de sulfamidothiazol qui est donné à raison de 10 grammes le premier jour, 8 grammes les deux jours suivants, 6 grammes deux jours ensuite. La température est à 37°, le cinquième jour; les signes méningés ont disparu le quatrième jour du traitement qui est continué éncore par 4 grammes pendant deux jours et 2 grammes les deux derniers jours. Dès le deuxième jour, le liquide céphalo-rachidien était stérile,

LR trente-cinq ans, entre le 9 juin pour méningite cérébro-spinale avec coma, troubles des sphincters, qui sera bactériologiquement confirmée par la ponction lombaire. Aucune ihérapeutique intrarachidienne n’est faite. Un traitement identique à celui du malade précédent est mis en œuvre. Le deuxième jour, le liquide céphalorachidien ne contient pas de microbe, la température est à 37° le quatrième jour.

Nad.….., vingt-cinq ans, entre le 2 mai pour une septicémie caractérisée par une température à grandes oscillations de 37°2 à 40°, céphalée, douleurs généralisées sans phénomènes d’arthrite nets, légère splénomégalie et éruption consistant en plaques d’allure urticarienne durant plusieurs jours et en papules dissäminées sur tout le corps. L’hémoculture sur bouillon simple est négative. La température continue ses oscillations. Le malade est mis le même jour que Al. (obs. I) au même traitement et aux mêmes doses. Dès le lendemain de la première ingestion de 2090 R.P., aussi brutalement que pour Al, la température est à 37° et y reste. Il faut noter cependant l'apparition d’une petite réaction urticarienne ‘sans fièvre au bout de quarante-huit heures, maïs la guérison se maintient. La crise polyurique a lieu le cinquième jour du traitement.

Car, quarante ans, médecin, est soigné dans le service pour une infection typhique à fièvre entre 39°5 et 40°, pour laquelle les hémocultures et les sérodiagnostics aux

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Eberth paratyphiques A et B se montrent à plusieurs reprises négatifs; la constipation, les sueurs, l’apparition d’éruption disséminée sur les membres et le tronc, le délire accentué, la splénomégalie, la réaction de Weil- Félix d’abord positive au 1/80, puis au 1/400, les antécédents (débarquement récent en France en provenance d’une région infestée), la concomitance et la similitude de l'infection constatée chez un sujet provenant de la même unité (chez lequel la réaction de Weil-Félix a été positive au 1/600, et dont la maladie s’est terminée par la mort), font porter le diagnostic de-typhus exanthématique. Le taux d’urée sanguine est à 0 gr. 40. Nous donnons du 2090 R.P. aux doses quotidiennes successives de 10 grammes, 8 grammes, 6 grammes, 5 grammes et 4 grammes pendant quatre jours. Le taux d’urée monte jusqu’à 0 gr. 55; mais la température baisse progressivement et atteint 37° le dernier jour du traitement, alors que tous les signes d'infection, d’éruption et de délire ont disparu.

En Suisse, MAIER CONRAD et W. PULVER signalent des résultats satisfaisants. Les méningocoques ont disparu en 3 à 7 jours du L. C. R. PULVER, qui a traité 23 méningites par le sulfathiazol, pense que la dose de 12 à 20 grammes donnée dans un délai de 4 à 7 jours représente le minimum de l’action efficace, et qu’en cas de complications intercurrentes il ne faut pas hésiter à augmenter les prises.

L'observation n° 7 est celle d’une méningite cérébro-spinale que nous avons recueillie dans le service du Docteur Gournay, à l'Hôpital de Montfermeil.

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