‹ Le sultan, l'islam et les puissancesChapitre 14 sur 71 · Geograph Grxd MinoreSy I, p · texte numérisé non relu

Geograph Grxd MinoreSy I, p

De Suez jusqu'à Tile du Volcan (dans les parages de notre île actuelle de Kamaran), deux mille kilomètres de haute mer, quinze ou vingt jours de navigation quand les vents étaient le plus favorables : on comprend que cette route maritime n'ait jamais attiré en foule les voiliers de l'antiquité. Aux temps modernes et jusqu'à nous, ces eaux restèrent encore désertes, même quand la conquête turque les eut annexées à l'empire méditerranéen du Sultan. Niebubr écrivait à la fin du xvm'' siècle :

L'autorité du Sultan n*est pas beaucoup respectée dans le golfe d'Arabie. Cependant si le commerce des Turcs va mal en cette contrée, ils doivent s'en prendre plutôt à leur ignorance qu'aux procédés des Arabes. On ne voit point de pirates dans ces parages ou du moins n'attaquent-ils que de petits navires : les grands bâtiments des Turcs n'ont rien à craindre.

Gomme la côte d'Arabie est bordée d'écueils de corail et que les bâtiments rangent toujours les côtes, il n'y a pas de voyage au monde qui se fasse avec plus de danger que celui des vaisseaux du Caire. Le trajet par le milieu du golfe ne serait sans doute pas périlleux...

Gomme le vent y souffle régulièrement, pendant six mois, du nord et, pendant les six autres, du sud, un marinier habile d'Europe pourrait aisément aller de Suez aux Indes et y retourner en moins d'une année. Mais les Turcs sont trop ignorants de la navigation. Pendant toute une année, les vaisseaux du Caire ne font qu'un seul voyage de Suez à Djedda, pour y charger le café apporté par les Arabes de l'Yémen, les toiles, les épiceries, l'encens, etc., qu'y transportent les Indiens et les Anglais de Surat, de Madras et de Bengale. Us partent de Suez dans la saison où le vent est au nord et arrivent à Djedda en dix*sept ou vingt jours, après avoir jeté l'ancre chaque

soir; pour revenir, il leur faut au moins deux mois, et ils

ne vont pas de nuit; le reste de Tannée, ces vaisseaux sont |

à Suez ou à Djedda *.

Depuis longtemps Portugais, puis Anglais, naviguant par la route du Cap dans les mers de l'Inde, ! avaient pris l'habitude de fréquenter les ports du \ Yémen et même de remonter jusqu'à Djeddah; mais les Arabes étaient étonnés que l'on arrivât d'Europe i par la route de Suez : « L'émir de Loheia avait beaucoup fréquenté à Moka des Européens; mais il n'avait jamais ouï dire qu'aucun Européen fûl venu au Yémen par le golfe Arabique ^ ».

C'est donc par voie de terre seulement que, des marchés yéménites aux bazars syriens, se faisait presque tout le commerce : l'Arabie en avait le monopole.

Cette Arabie est un plateau massif, qui tombe abruptement dans les mers. Entre le pied des monts et les eaux dé la mer Rouge, s'allongent les terres chaudes du Pays Côtier, — comme disait notre marin grec : ce Pays Marin, ce Tihamah, comme disent encore les Arabes offre, tout le long du rivage, une piste unie, sans autres obstacles que quelques oueds et quelques buttes médiocres, mais sous un soleil de feu, sans bonnes sources, sans frais reposoirs, sans brises nocturnes, sans autres pluies que des trombes

Page 1