‹ Le sultan, l'islam et les puissancesChapitre 19 sur 71 · Edrisi, trad. Jaubert^ I, p · texte numérisé non relu

Edrisi, trad. Jaubert^ I, p

2. J. Bruce, Voyage en Arabie et en Abyssinie^ p. 40 et suivantes.

dans tous les endroits où il y a des bancs de i touche d'abord sous la proue et s'arrête dans le manière que le navire reste à flot... On se dégage si la quille était droite, le vaisseau s'embarrasort dans les bancs de sable qu'il ne pourrait plus

hardi' veut aller de Yambo, porl de Médine, r, port égyptien, d'où les caravanes gagnent l s'embarque sur l'un de ces bateaux non m 11 sambouk ouvert n. Lentement, à la rame 'oile, ses gens remontent la côte arabique et qu'au Sinaï chercher le point où l'on n'a bandonner aux vents du nord pour redesers la côte africaine :

lotre manière de naviguer : tous les soirs on .ns le port où l'on passait la nuit et on se remettait au point du jour. Si on savait qu'il n'y avait ni lort assez proches pour que l'on pût y arriver coucher du soleil, avec le vent qui régnait, on quelquefois i, un mouillage un peu après midi... lots montraient bien peu de courage. Dès qu'il )n frais, ils serraient les voiles; ta crainte d'un vent leur faisait chercher un refuge dans le imais nous ne parcourions plus de 25 à 30 milles Une grande pièce d'eau de forme carrée était la ird : elle en contenait assez pour la consommation >urs et ne servait qu'à l'équipage : chaque passager outre... Comme il arrive quelquefois que les nt pris par des calmes ou par les vents contraires baie éloignée des puits, l'équipage est exposé à souffrir de la soif.

luickhardt, Voyages en Arabie, II, p. 162, 197.

Longue et pénible, celte navigation traversière n'est pas dangereuse. Elle dut être familière aux plus vieilles humanités. Au xvi* siècle avant notre ère, les inscriptions et dessins pharaoniques de Deir-el-Bahari nous montrent déjà les marins de la reine Haïtshopsitou disposant de pareilles embarcations...

Au nord de la mer Rouge, par Tisthme de Suez, les communications entre l'Arabie et l'Afrique sont plus faciles encore : la vie nomade contourne les golfes du Sinaï et livre le désert africain aux mômes Pasteurs et Pillards que les déserts asiatiques. Au sud de la mer Rouge, l'étranglement de Bab-el-Mandeb et les îlots, qui l'encombrent, forment un autre pont : les plus vieux* documents géographiques de notre antiquité nous montrent déjà les indigènes passant et repassant d'un continent à l'autre, sur des canots de peaux cousues ou sur de simples radeaux. Ces deux rives arabique et africaine ont toujours eu mêmes occupants et mêmes destinées. Au temps des Pharaons, le Pouanit tenait déjà « les deux côtés » ; durant toute l'histoire moderne, l'Afrique fut convertie aux religions monothéistes de l'Arabe, soumise aux conquérants venus de l'Arabie. Les Arabes implantèrent en Abyssinie d'abord leur judaïsme, puis leur christianisme : au bord du continent noir, ces chré* tiens d'Ethiopie sont demeurés des blancs, des Sémites, purs ou métissés. Les Arabes propagèrent ensuite leur Islam à travers la Nigritie entière : jusqu'au Congo, jusqu'au Niger, jusqu'au Sénégal, mis-

Le sultan et l'islam aaire et négrier, l'Arabe fut le maître des corps 9S âmes.

is relations avec l'Afrique iDtroduisirent en Arales millions de captifs nègres, dont les caravanes tenaient la majeure partie vers l'Euphrate : les es noires étaient de tradition dans les monari asiatiques; depuis six ou sept mille ans, qui chiffrer les esclaves, concubines et eunuques, l'Arabe vendit aux marchés et harems de l'Asie rieure? Mais il restait beaucoup de ce « bois ^ne » en Arabie. Les grands et petits princes es estiment encore les soldats nègres, pour leur pline et pour leur férocité '. A la saison chaude, eau fraîche des négresses est, dit-on, un jouet ieux : les Sémites, depuis Salomon, vantent les ; d'Ethiopie : « Nigra sum, sed formosa, quare zit me rtx et inlrodaxii me in cubiculum suum. lis noire, mais je suis belle; c'est pourquoi le roi aimée et m'a introduite dans son harem n , répète re l'Église romaine, d'après ce Cantique que les i attribuaient au plus sage des rois.

Arabie s'est ainsi peuplée de mulâtres et de quaris. Le Tihamah et l'Oman sont remplis de nègres, populations sédentaires du Yémen , du Hedjaz u Nsdjed sont fortement teintées. Les seuls ades, les Bédouins, ont presque sauvé la pureté !ur race blanche. Longtemps avant l'Islam, il en [ainsi : Antar, le poète et le héros de l'Arabie

^ir l&-dewas A. d'Avril, L'Arabie eu^tuiporaine, p. US.

VERS LA MECQUE ET L'EGYPTE t^5

préislamique, était fils de négresse; mulâtre aussi, le poète guerrier, Téabbata Charran.

Ainsi les deux grandes routes arabes du commerce et de la guerre viennent se couper au puits Zemzem. Là, se réunirent toujours les assemblées des tribus. « Assemblées » à la mode de nos Bretons ; « panégyries » à la mode des anciens Grecs : Delphes, Olympie et Délos nous fourniraient les meilleurs exemples de ces immenses concours de peuples où la religion, le commerce et le plaisir avaient une égale part. Délos surtout, rtle sacrée des Ioniens, Toasis et la fontaine miraculeuses qui, au centre du désert marin de T Archipel, avaient recueilli Latone et son divin fils ; Délos, le carrefour des routes de navigation, Téta pe médiane entre les terres d'Europe et d'Asie, le marché d'esclaves, où, dit-on, cent mille têtes de bétail humain furent vendues en un seul jour : « Débarque, marchand, disait le proverbe, expose, reprends la mer; tout est vendu » ; Délos, Tîle des traitants, des prêtres, des poètes et des athlètes nous rendrait la Mecque primitive, son puits d'Agar et d'Ismaël, son sanctuaire de la Kaabah et sa foire d'Okhad.

Aux temps préislamiques, cette foire s'ouvrait avec une période de mois sacrés, durant lesquels les guerres étaient suspendues, Thomicide interdit : les héros-poètes y venaient étaler leur force et chanter leurs exploits en des « jeux » à la mode hellénique

avant l'Islam, le patriarche Abraham (les anges, dit-on, en avaient été les pretectes) la « Carrée », Kaabah, la « Maison Beit- Allah : sa Pierre Noire, Hadjar al ail l'un de ces bélyles, de ces cailloux loraient les Levantins de l'antiquité. Cette it le sanctuaire fédéral de l'Arabie; à l'inaux alentours, chaque tribu avait dressé de ses dieux : trois cent soixante idoles ues des quatre coins de la péninsule et ;e, de la Chaldée, de la Perse, de l'Inde, j, de la Syrie, de l'Egypte et de la Grèce.

sée des religions arabes, chaque année, les luaient. Quand Mahomet, « purifiant » la rendit au culte du Dieu Seul, il maintint coutumes du pèlerinage. Mais Mahomet enterré dans Yatrib, ville du Prophète, ■Nabi, — nous disons Médine, — ce Saint ïvint un autre objet de dévotion, La seule lays de la Mecque, avec les stations et purificatoires à la Kaabah et aux Lieux [it à mériter le titre de hadji (pèlerin) et lu kadj. Néanmoins la visite de Médine, — !, la Resplendissante, la Bien-Aimée, la — et les prières au Tombeau du Prophète utume et, pour certaines sectes musulique de rigueur.

ivant, Mahomet, qui résidait à Médine, à la Mecque le pèlerinage. Après sa mort, lite devint l'une des charges principales de

ses Vicaires. Le Coran spécifie en quel mois et même en quels jours les cérémonies doivent être accomplies : en "ces jours sacrés, c'est un afflux de nations où, parmi les pieuses gens, il est plus d'un coupeur de bourses; en tout temps, la Mecque et Médine sont assiégées ou menacées par les Bédouins du Nedjed; aussi la police, et la sécurité du hadj nécessitent un déploiement de forces sous la conduite d'un « Chef du Pèlerinage », Emir-el-Hadj .

Au temps des premiers Khalifes, qui résidaient encore à Médine, le chemin était court : huit ou dix étapes, quatre cents kilomètres; d'ordinaire le Khalife en personne était Emir-el-Hadj. Mais quand rislam débordant de l'Arabie, le khalifat transporta sa chaire à Damas , puis à Bagdad , puis au Caire , à Stamboul enfin, la protection et la conduite du pèlerinage devinrent l'une des grandes affaires de l'État. Cinquante jours, de Damas ou de Bagdad à la Mecque : quarante-cinq jours du Caire ; quatre-vingts jours au moins de Constantinople.

Les pèlerins aujourd'hui suivent quatre ou cinq routes principales : parti du Caire, le hadj égyptien traverse le Sinaï, puis longe la côte arabique, par Akabah, El-Wedjh et Yambo; parti de Bagdad ou de Bassorah, le hadj irakien et persan traverse le Nedjed ; parti de Sana ou de Marib, le hadj-eUkesbi monte à travers l'Asir; le hadj syrien descend de Damas, à travers la Pétrée et le Hedjaz. C'est sur la piste du hadj syrien, entre Damas et les Villes, qu'Abd-ul- Hamid est en train de poser les rails khalifaux.

KUab Menassik el Hadj, le « Livre des Pratiques lerinage », est l'un des livres turcs qui ont été s populaires dans l'empire ottoman : composé (2 par le pèlerin Mohemmed Edib, il a été copié primé à des milliers d'exemplaires ; les pèlerins Constantinople et les Villes y trouvaient, il y a ans encore, une sorte de guide Joaone ; Bianchi lonné une traduction française dans le second le du Recueil de Voyages et de Mémoires, que lit la Société de Géographie, Prophète ayant prescrit de faire le pèlerinage à ■u à chameau, la route entre Constantinople et cque n'était qu'une piste pour les piétons et ontures : on allait à âne ou à cheval jusqu'à s; on ne prenait communément le chameau delà. Aller et retour, le voyage demandait m deux cent soixante jours, à cause des stapour le repos ou la prière et des cérémonies en ~el-Haram (Terre Sainte). Un long arrêt à s coupait le voyage.

De Constantinople à Damas, le Kiiab Menassik compte trois cent trente-trois heures et demie de marche, trente-sept étapes et six séjours; mais la pluie et la boue obligent souvent à des étapes supplémentaires.

Dans ce premier parcours, Eregli de Karamanie est la station médiane. Jusqu'à Eregli, on traverse le haut plateau d'Anatolie, ses champs ondulés, ses étendues un peu mornes, ses villages hospitaliers et les bonnes villes turques : Isnik auprès du lac, « où l'on pêche de gros poissons que Ton fait sécher et que les voyageurs emportent »; Sôgud, le Saule^ renommée pour ses raisins confits et ses kufier soudjouks (pâte d'amandes et de miel); Eskicheïr, la ville des melons et des eaux thermales — on y règle les âniers et l'on distribue des bakchiches; — Boulavadin, avec son défilé des Cavernes, son grand pont de 540 pas et ses melons délicieux; Akcheïr, ville de jardins, de vignes et d'eaux courantes, avec son iijcomparable promenade du Grand Couvent, ses écluses, ses prairies, ses fleurs blanches qui lui ont valu son nom {Akcheïr, la Ville Blanche) , ses derviches et ses tombeaux de saints; Koniah, la vieille capitale des Turcs, le « Contentement des Désirs », le marché des abricots et des cuirs teints, — on s'y arrête un jour et l'on règle les âniers, en ajoutant des bakchiches.

Koniah retient quelques-uns des pèlerins qui ne se sont mis en route que pour venir à son couvent des derviches mevlevt et au Saint Sépulcre, Turbe-ech- Cherifi de leur fondateur Mewiana Mohammed Dje-

LE SULTAN ET L'iSLAU

din. Le cheikh de ces derviches est respecté le autant que le Khalife par l'Islam de Rouet d'Anatolie :

int une légende, que semblent avoir adoptée es voyageurs européens, le sultan de Constantin op le lit investi du pouvoir suprême, en sa double qualité ireur des Ottomans et de Khalife de tous les musuliju'après avoir été reconnu et consacré par le cheikh iah, qui serait lui-mÈme le véritable sultan, héritier djoucides et lieutenant du Prophète '.

hs Koniah , le Kilab Menasstk vante encore m Kerde BeU, qui n'a pas d'eau douce, mais es habitants font grand accueil aux pèlerins ; [arabounar, la Source noire, aux eaux pures, laussons de laine renommés; Eregli enfin, où connaît quatre-vingt-dix espèces de poires » et î territoire appartient aux Deux Villes Saintes. |u'à Eregli, quelques mauvais pas, mais aucun r sérieux : avant Eskicheïr, il a fallu gravir les

du plateau anatolien par les gorges difficiles fké ; le moatessarif de Kodja-Iii doit, à cause rigands , accompagner la caravane jusqu'à ïr; puis, sur le plateau encombré de lacs qui

débordent et tantôt assèchent, les boues sau- 3 rendent la marche un peu fatigante; ailleurs it les sables : « On assure qu'autrefois la plaine niah n'était autre que la mer elle-même; lors Londalions, elle est entièrement submergée ».

«1 Guinet, Tarqaie d'Asie, I, p. i25.

Mais rhospitalité turque accueille partout les pèlerins, et la piété des Sultans ou de leurs vizirs a jalonné la route de fontaines, de caravansérails, de bains, de fondations charitables. La sécurité est presque parfaite : on n'a guère à se défendre que contre la rapacité des loueurs de bêtes.

Après Eregli — où Ton paie les âniers sans être tenu à un bakchiche, — on quitte la terre vraiment turque : on entre dans la montagne, le Taurus, qui sépare TAnatolie des peuples syriens. L'empire du Sultan a franchi cette montagne ; mais elle reste toujours une frontière de races et de langues. Les pèlerins y trouvent encore de bons villageois, qui leur apportent des pains légers et du beurre frais ; Tair est excellent, les sources abondantes, les caravansérails assez nombreux, mais quels chemins ! L'un s'appelle le Karga-kesmez^ l'Inaccessible aux Corneilles; l'autre, ïll-ielmez, l'Impraticable aux Chiens.

En bas du Taurus, on tombe dans la plaine marécageuse qui borde la mer de Chypre, dans la Cilicie Plane des Anciens, dans le pays à moitié syrien d'Adana. Ici commencent la langue arabe et les modes de vie, d'habitation et de cultures que l'on verra jusqu'à Damas * : des marais fleuris ; de grands fleuves lents et boueux, alternant avec des monts

1. Les conquêtes arabes s'arrêtèrent au pied du Taurus, qui devint la séparation entre musulmans et chrétiens, d*où son nom de Djiaour-Dagh (Le Mont des Giaours); Cf. Aboul-Feda, trad. Guyard, III, p. 26.

abrupts et des « badiés » brûlantes; des ponts aigus à double pente, aux arches étroites et multiples; des citadelles, ceintes de tours et auréolées de créneaux; de belles villes aux populations industrieuses, parmi les récoltes et les fruits; quelques steppes désertiques et des tribus nomades de Turcomans, de Kurdes et de Bédouins. De pont en pont, de ville en ville, de défilé en défilé, la caravane contourne les golfes, à bonne distance de la mer, que les pirates écument. Adana, fondée par le khalife Haroun-ar-Rachid, « a de grands moulins, mais Tair est si pesant que les citadins doivent passer Tété dans les ïaïlahs (huttes) de la montagne »; son pont, « d'une construction merveilleuse et fort long », est célébré par tous les géographes arabes. Puis Missis et son Djebel-en- Nour (Mont de la Lumière), «où Ton trouve de belles hyacinthes, diverses autres sortes de fleurs et de la mandragore de la plus belle espèce », mais aussi des serpents et des Turcomans, — le lieu est dangereux ; — puis la forêt mal famée de Timour-Kapou, puis, sur le golfe d'Alexandrette, Païas, « qui abonde en oranges, citrons, grenades, raisins et autres fruits, mais dont Pair est très pesant ».

Au delà du golfe d'Alexandrette, on entre dans la Syrie véritable en franchissant le Djebel-Alma au défilé de Beïlan : Amanus et Portes Syriennes, disaient les Anciens. Juchée dans le col, Beïlan, ville considérable, air pur, eaux très douces, fruits et kufter-soudjoukSy mais chemins difficiles et dangereux.

En bas de TAmanus, les marais du bas Oronte conduisent à Antakié (Antioche), et à ses ponts fameux, sur le fleuve Rebelle que les moulins ont dompté : — « Antakieh fut fondée, du temps d'Alexandre le Grand, par ordre du prince Antakious qui, tout à fait privé durant les nuits de la jouissance du sommeil, apprit des docteurs que le climat de ce pays disposait à dormir... Jésus y monta au ciel; on s'arrête un jour et Ton paie les âniers. »

On remonte la vallée de FOronte, du fleuve Rebelle : Chegour est entourée de grenadiers et de nénuphars, fruits excellents, poisson en abondance; Hamah, ville magnifique, pays admirable, a des abricots excellents, des fabriques de toile, des machines hydrauliques, mais un air pesant, — « les pèlerins s'arrêtent un jour, paient les muletiers (bakchiche) et achètent le vêtement rituel pour entrer à la Mecque, Vihram »; Homs, lieu de bénédiction, Tune des cités du paradis, possède un Coran écrit de la main d'Omar : « Si Ton retire ce livre de l'endroit où il est déposé, il tombe une pluie aussi abondante que les eaux du déluge » ; il n'y a ni scorpions ni serpents dans ce lieu béni, où Ton voit les tombeaux de trente prophètes, d'un khalife et d'une épouse de Mahomet. Il faut ensuite franchir l'Anti-Liban. On prend un avant-goût du désert en traversant Nebkh et son territoire desséché, que ravagent les Bédouins. Mais deux étapes conduisent bientôt à Damas, Odeur du Paradis.

Depuis le Taurus jusqu'à Damas, les fièvres et les

S guettent le hadj. Le Sultan et ses officiers ai la route de châteaux et de dervendjis (gar- ;s dervends, des déBlés) ; le pacha de Damas ies régiments au-devant de la caravane; mais lans et Bédouins, qui laissent passer le gros erins, se rattrapent sur les traînards et les K chaque pont, en outre, il y a des leveura s ou de péages : ils ne devraient taxer que chands ; mais tout pèlerin emmène quelques trafique un peu pour rattraper les frais du ; à chaque pont, fouilles, discussions, bakchi- Damas fait oublier toutes ces misères; après lie un peu sèche et nue, quelles merveilles offre !, la terre de Cham, aux yeux du voyageur !

rre de Cham — dit le Kitab — est le pays des ts, le centre de réunion des êtres les plus purs, la :S contrées, le lieu de toute concentration et de eloppement... ; là reposent ies cendres des saints iies, Abraham, Isaac et Jacob (que Le salut soit avec es biens de ce monde, au dire d'Abdullah-Amrou- Lssa, se divisent en dix portions : neuf se trouvent t, et la dixième est le partage du reste de la terre.

le climat est beau et tempéré, la plupart des ■s sont sains et vigoureux.

ys est remarquable surtout par l'abondance de sa ion, l'excellence de ses comestibles, l'agrément de tations et la beauté de ses produits industriels.

partout, la terre est bien cultivée; sa fei-tilité est elle produit, sur certains points, jusqu'à cent pour

champs, les vertes prairies, les pâturages y sont mbreux que renommés. Dieu a émaillé les plaines lontagnes des fleurs les plus variées, hyacinthes, s, tulipes et basilics. Les fruits y sont également

en abondance, particulièrement les abricots-pêches, les pommes, les poires, les cerises, les pistaches de Syrie et de Roum, les bananes, les canne*s à sucre, les figues, les coings, les pêches, les grenades, les fruits du myrte, les noix, les amandes, les mûres, les olives, les oranges, les citrons, les melons et les pastèques. Toutes ces productions s'y trouvent sans interruption pendant toute l'année.

On séjourne longuement à Damas : les tombes de cinq cents prophètes, vingt couvents de derviches, une foule de mosquées^ de séminaires, de cloîtres, de lieux de retraites, d'hôpitaux et de bains publics (le nombre de ceux-ci excède deux cents), la basilique de Saint-Jean devenue la grande mosquée, les tours, les sept portes et les sept rivières, les fontaines et les jets d'eau, les minarets et leur armée de muezzins (la grande mosquée en a soixantequinze; douze chantent à la fois sur les trois minarets), les khans et les caravansérails, le soukh des étoffes, le soukh des orfèvres, le soukh des pierres à fusil, le soukh des selles, dix autres bazars et marchés, elles jardins de palmes et les cafés sous les platanes, quelles occasions de promenade, de plaisirs, de bonnes affaires et de méditations pieuses ! La ghoutah (campagne) de Damas est Tun des quatre motannazah (lieux de délices) du monde musulman : les trois autres sont la vallée de Bawan dans le Fars, le canal d'OboUah près de Bassorah, et la Sogdiane de Samarcande; mais la ghoutah de Damas est toujours citée la première.

Le pèlerin fait ici provisions de chameaux ou

, de lentes, de selles, d'outrés et de vivres; il ire aussi provisipn de forces et, de résignation. Damas, les souffrances vont commencer, et les ; de mort, les maladies, la soif, les mauvaises 1res, les guet-apens du désert : c'est fini des irs syriennes et de la paix turque ; on entre en édouin.

Damas aux Deux Villes, le hadj ne saurait nter la route directe par l'intérieur de l'Arabie : teaux pierreux du désert syrien, — les kam~ de la Badiet-ech-Cham, — puis les sables : du Nefoud déroulent sur près de mille kiloleur surface rugueuse ou mouvante, leur semis loux tranchants et leurs entonnoirs de dunes, aes files de chameaux s'en vont pourtant en ligne soit vers le Nedjed, de Damas à Haïl, Ts le Hedjaz, de Damas à Teïma : une suite ts saumàtres, espacés de plusieurs journées, sre ces très petites caravanes; la seule oasis jouf peut leur offrir une station de ravitaille- A la limite de la pierraille et des sables, juste lieu de ces déserts qui couvrent tout le nord rabie, à cinq cents kilomètres de Damas et à cents de Haïl, à six cents kilomètres de l'Euet à cinq cents du golfe d'Akabah, El-Djouf, isement des routes, est le centre et le refuge is tribus bédouines, \esAhl-el-Chemal, « Nations

du Nord », qui errent, transhument, pillent et tourbillonnent de la mer Rouge à la Mésopotamie, du Nedjed au Liban.

Les grandes caravanes n*ont jamais affronté ces solitudes et ces pillards : le commerce et le pèlerinage les ont toujours contournés, en empruntant la route côtière, qui, depuis Damas jusqu'aux Villes, suit la falaise du rivage arabique. Car le rivage arabique commence véritablement à Damas : le plateau d'Arabie tombe abrupt, non seulement sur la mer Rouge, mais encore sur le « Gouffre », — Ghaur^ disent les Arabes, — qui, par la mer Morte et le Jourdain, prolonge le golfe du Sinaï jusqu'au pied du Liban. C'est miracle que ce Ghaur entier ne soit pas un golfe marin : au sud, dans la partie asséchée qui s'appelle Ouadi-el-Arabah, le fond est supérieur au niveau de nos mers ; mais le reste est de beaucoup au-dessous : la surface de la mer Morte est de 400 mètres inférieure, celle du lac de Génésareth, de 200 mètres.

Ce Gouffre a toujours servi de frontière aux Arabes ; sur la falaise qui le borde au levant, le plateau de Moab, de Galaad et de Bashan a toujours été une « marche », que les cultivateurs de la Syrie et de la Palestine disputent aux Bédouins, la civilisation sédentaire à l'anarchie nomade*. Avant l'Islam, la civilisation l'emportant avait converti ces pasteurs à la vie urbaine, puis annexé cette Arabie Auguste et

1. A. Forder, Ventures among the Arabs of Moab^ etc., New- York, 1906.

; Palestine Salutaire à l'empire de Borne et de înce. Mais la vague de l'Islam renversa ferlées et villes, recouvrit les sillons et rejeta jusqu'au ur, parfois jusqu'à la Méditerranée la frontière t vie bédouine.

amas est ainsi devenue et, depuis onze siècles, elle ■estée la porte — on pourrait presque dire : le port le l'Arabie vers l'occident. Son bazar est le terus de la route des Aromates qui, après avoir yé la mer Rouge sur la falaise du Hedjaz, se le pour côtoyer le Ghaur sur la falaise de Moab. Marnas au Yémen, toute cette route côtière appart au Sultan. En fait, elle est sous la coupe des 3uins. Niebuhr écrivait, il y a cent quarante ans :

Sultan de CoDstantinople prétend à la souveraineté îlte grande province; mais on s'y embarrasse peu de rétentions, le Schérif de la Mecque y étant considéré, qu'il soit vassal du Sultan, et le reste étant sous la iction de Scheikhs indépendants. Voici proprement uoi consiste le pouvoir du Sultan dans le Hedjaz :

En ce qu'il peut, par le moyen de son pacha, qui uit la caravane de Syrie, déposer le Schérif pendant lu de jours que les pèlerins s'arrêtent k la Mecque et omettre un autre de la même famille; En ce qu'il entretient dans la ville de Djeddah un a à trois queues qui, malgré sa suite nombreuse,

ni aller à son gouvernement ni en revenir sans être la grande caravane;

En ce qu'une partie de la garnison, qui est à tcque, h Mêdine et à Yambo, est composée de soldats

En ce que les Turcs ont, pour la sûreté de leurs cara- ;, des garnisons dans diverses petites citadelles,

bâties près des puits sur le chemin [du pèlerinage], mais on n'entend pas qu*elles ayent aucun pouvoir dans les Tilles et villages des entrons.

Les Arabes pourroient donc bientôt chasser les Turcs du Hedjazy si Tamitié du Sultan né leur étoit avantageuse. Mais, par une suite de leur superstitieuse croyance, les Turcs envoyent chaque année des sommes si considérables à la Mecque que presque tous les habitants de cette ville et tous les descendants de Mahomet en Hedjaz en tirent un certain revenu, en qualité de Kaddam el-Kaaba, serviteurs de la Kaaba^ titre qui leur appartient parce qu'ils demeurent en Terre Sainte, et non parce que Ton exige d'eux quelque service auprès de la Kaaba.

Outre cela, il vient annuellement aux frais du Sultan quatre à cinq vaisseaux chargés de blé, de riz et d*autres provisions, de Suez et Kosseir à Yambo et Djedda, qui sont destinés pour la Mecque et Médine. Les Arabes errants eux-mêmes tirent de grands profits des Turcs, car bien que les caravanes soient accompagnées par un pacha de Syrie et par un bey d'Egypte, qui ont beaucoup de soldats avec eux, il faut néanmoins qu'elles fassent à ces Arabes de grands présents pour passer sur leurs terres sans péril*.

Au cours du xix® siècle, les relations de Constanliûople avec TArabie n'ont pas changé. Dans les Villes Saintes, après l'expulsion des Wahabites, le Sultan a renforcé ses garnisons; son pacha, installé à Thaïf , a réduit presque à rien l'autorité du Chérif. Mais les cadeaux et redevances du Khalife aux Sanctuaires, aux gens de religion, aux tribus de la route et au peuple des Villes, restent le véritable lien qui rattache le Hedjaz à l'empire turc, et l'envoi annuel

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